« On est là pour faire grandir les jeunes » : rencontre avec Rémi Garranger, sélectionneur de l’équipe de France cécifoot espoir.

Rémi prépare l’avenir du cécifoot. Il est à la charge de l’équipe de France espoir, la « relève ». Qui mieux que la jeunesse peut préparer l’avenir ? Car au-delà de l’aspect sportif, ce sont aussi des hommes qui sont formés. Ils sont accompagnés et trouvent dans la pratique un deuxième « chez-soi ». C’est dans cet environnement que sont formés les « portes-étendards » de demain.

Pour commencer, je vais vous laisser vous présenter.

Je suis Rémi Garranger, entraîneur de l’équipe de cécifoot de Schiltigheim, et sélectionneur de l’équipe de France espoirs (U23). Je travaille également dans le staff de l’équipe de France en tant qu’analyste vidéo depuis septembre dernier. J’ai commencé le cécifoot il y a 7 ans, en créant avec un ami le club de Schiltigheim et j’ai pris goût à cette discipline. Je suis issu d’une formation STAPS, où j’ai obtenu un Master en activité physique adaptée, et l’une de mes missions de mon stage de ma deuxième année de Master, à la Ligue de Football d’Alsace, c’était de construire la première équipe de cécifoot d’Alsace et du Grand-Est.

En quoi consiste le projet espoirs dont vous êtes en charge depuis 2019 ?

Ce projet espoirs, ou relève, a pour objectif d’améliorer le niveau des jeunes en France. D’autre part, en termes de performance, c’est de pouvoir tirer deux ou trois joueurs à potentiel fort pour pouvoir ensuite créer une passerelle et les envoyer sur le chemin de la sélection A. On est dans un objectif d’apprentissage, pour que les jeunes ne passent pas du club à la sélection et le niveau international directement.

Sur le plan des résultats, est-ce que les performances sont satisfaisantes ?

C’est difficile d’avoir des éléments de comparaison avec d’autres sélections espoirs. Il doit y avoir 4 ou 5 pays qui ont des sélections espoirs, et elles sont créées en tant qu’équipe “réserves”. Il y a le Brésil, et l’Argentine, mais il est compliqué de jouer des matchs contre eux. En 2018 et 2019, ils avaient tenté de créer des Championnats du Monde U23, mais ce n’avait pas fonctionné car il n’y avait pas assez d’équipes. On joue généralement des matchs amicaux contre des clubs, ou des sélections séniors.

L’inexistence de sélections espoirs complique-t-elle votre travail ?

C’est différent car on joue contre des personnes qui ont une expérience différente de par leur âge, et aussi un physique différent. Mais c’est un apprentissage différent de ce qu’il peut exister traditionnellement. Je ne le vois pas comme une difficulté. Maintenant, si demain on me propose des Championnats du Monde U23, j’y vais tout de suite. En termes de motivation, se mesurer à des jeunes de son âge, c’est différent.

Quel est le travail que vous entreprenez avec les joueurs durant les rassemblements ?

Il faut savoir qu’on a quatre stages et une ou deux compétitions de référence qu’on répartit sur l’année. C’est peu mais c’est lié aux moyens qu’on a à disposition. On crée un groupe en sélectionnant les meilleurs jeunes évoluant en France, et on met en place un style de jeu similaire à l’Équipe de France pour pas qu’ils soient perdus derrière et qu’ils acquièrent des automatismes. On est davantage dans un esprit d’apprentissage. Gagner un match 1-0 contre une nation quelconque, ce n’est pas le principal à mes yeux. Ce que je veux, c’est voir une progression de mes joueurs entre le début et la fin des stages ou d’un match. Il n’y a pas de notion de résultat. On ne peut pas se dire : “on va à un tournoi, c’est pour finir premier”. Je veux qu’on aille pour que les joueurs progressent dans des dimensions qu’on a établies, liées à des éléments sur lesquels on a axé la progression. Le résultat vient dans un second temps.

De ce que vous me dites, vous n’êtes pas qu’un simple sélectionneur, mais vous êtes également un formateur.

J’essaye d’avoir cette approche de formateur, d’éducateur, de par le projet. On est là pour faire grandir les jeunes pour qu’un ou deux par an sortent du lot et aillent en équipe de France. Concrètement, on est dans l’apprentissage et le perfectionnement.

Quand on connaît le faible nombre de clubs présents en France, et présents un peu partout dans le pays, est-ce que c’est compliqué de détecter les jeunes ?

Détecter les jeunes, c’est assez facile. Le cécifoot est un petit milieu, où tout le monde se connaît. En général, si un nouveau joueur arrive sur le palier, on le sait très rapidement. Je passe par les entraîneurs et les clubs, qui les voient tous les jours. On a des phases de championnat, de Coupe de France, et j’essaye de me déplacer au maximum en fonction des possibilités financières que l’on a, et ce n’est pas mon métier à plein temps. Évidemment, je ne peux pas sélectionner un joueur que je n’ai pas vu.

A LIRE – Entrez dans la peau d’un joueur de cécifoot.

Quel est votre avis sur la formation au niveau des clubs ? En quoi votre projet au niveau de la Fédération apporte une plus value ?

Le cécifoot existe depuis quelques années, avec des clubs phares comme Saint-Mandé, et des personnes en place comme le directeur sportif et le sélectionneur de l’équipe de France, qui travaillent sur cette dynamique de formation des entraîneurs. Quand on a débuté en 2019, j’avais mes compétences en club, et j’ai appris un peu sur le tard. Ce n’est pas feuille blanche, mais il y a des infos qu’il faut aller chercher. Je n’ai pas de fiche de route, et c’est ce qui est intéressant aussi. On est là pour créer des choses et se creuser la tête. Il faut aller chercher des informations, des méthodes d’entraînement, il faut être curieux et se baser sur ce qu’il se fait dans d’autres sports, comme je le fais. On réfléchit à comment convertir cela à la pratique du cécifoot, et qu’est ce qu’on peut garder et nous sembler cohérent.

Avez-vous des exemples précis de ce type de transposition ?

Sur le plan tactique, pas mal de choses viennent du handball. Cela est dû au fait que le terrain ait les dimensions d’un terrain de handball. Il y a également le futsal, sur tout l’aspect technique, les déplacements dans certaines zones ainsi que les permutations. Concernant la technique, il n’y a pas de différence avec le football. C’est davantage comment on va l’apprendre. Il faut partir du principe que le joueur en face de nous est non-voyant. Il suffit pas de dire : ‘tu ouvres ton pied et tu fais ta passe’. Il y a de la description à faire, en utilisant bien l’ouïe. Ensuite, avec le toucher et les sensations, on va par exemple toucher le plat du pied pour lui montrer ce que c’est. C’est là où il faut se creuser la tête et trouver comment changer pour transmettre l’information.

Comment vous voyez l’équipe espoirs dans 3 ou 4 ans ? Est-ce que vous pensez que son apport sera significatif pour l’équipe de France A ?

Je pense que l’équipe de France espoirs va avoir un impact pour les jeux paralympiques de 2024 sur un joueur, où potentiellement on aura l’arrivée d’un joueur, qui sera peut-être intégré avant Paris. On travaille aussi avec Charly Simo (le DS) sur des académies pour des enfants âgés de 8 à 17 ans, de manière à avoir cette préformation avant les espoirs et qu’il y ait un vivier pour les clubs. Le problème aujourd’hui, c’est que l’on a pas assez de jeunes, donc il faut partir de la base. On aura certainement moins de monde qu’au football voyant, mais il faut au moins qu’on mette des choses en place plus bas pour travailler sur les aspects techniques, des éléments d’apprentissage très tôt pour pouvoir progresser sur d’autres éléments dès 19 ou 20 ans. Disons que les fruits de ce travail viendront après Paris 2024, aux alentours de 2025 ou 2026. Les espoirs qui sont en place aujourd’hui prendront le relais après Paris 2024. Ce travail a débuté en 2019, je pense que l’on aura des résultats au bout de 6 ans et, je l’espère, de très bon résultats avant 10 ans.

Merci à Rémi Garranger pour le temps accordé lors de cet entretien.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.