Entretien avec la préfecture de police de Paris : quelle est la place des supporters ?

Les récents débordements et les mesures de police qui en découlent reposent la question de la façon dont les groupes de supporters sont gérés en France. Entre liberté des supporters et maintien de l’ordre public, les préfectures jouent un numéro d’équilibriste souvent mal compris ou perçu négativement. C’est ce que nous explique Antoine MORDACQ, commissaire divisionnaire à la préfecture de police de Paris et ancien directeur de la Direction Nationales de Lutte contre le Hooliganisme (DNLH). 

Comment encadrer concrètement un match de football ? 

Cela dépend beaucoup de la configuration du stade dont il est question. Ce qui s’est passé ce weekend à Marseille par exemple (accrochages avec les supporters du PAOK) , n’aurait pas pu se produire au Parc des princes. En règle générale, la sécurité à l’intérieur d’un stade est assurée par le club en question, qui fait intervenir une société privée. Les forces de l’ordre ont pour mission de maintenir l’ordre public à l’exterieur du stade, et d’encadrer les groupes de supporters sur la route qui les mène jusqu’au match. Il est possible que les forces de l’ordre soient contraintes de rentrer à l’intérieur de l’enceinte, en cas de débordement important. Dans ce cas, le club fait une réquisition pour demander à la police d’entrer. Il peut arriver que ce soit le préfet lui même qui décide d’intervenir, mais c’est extrêmement rare. 

En cas de pareil débordement, quelle est la réaction de la préfecture en interne ? 

Les préfectures ont depuis janvier 2022 un format de cellule de crise imposé par le ministère de l’intérieur. Cette cellule est composée du préfet ou de son représentant, de l’arbitre de la rencontre et de représentants des deux clubs concernés, mais pas les présidents. Elle a vocation à résoudre les situations de crise en 30 minutes. Avant le mois de janvier, ces cellules existaient déjà, mais leur formation était libre et surtout il n’y avait pas de durée prévue. Dans la plupart des cas, leur formation était similaire et le gouvernement n’a fait qu’avaliser un format déjà existant. 

Puisque nous parlons du ministère de l’intérieur, comment ce dernier pilote-t-il les actions des préfectures ?

Le gouvernement et les préfectures sont naturellement en coopération constante. Il y a d’abord, comme nous l’avons évoqué, le format des cellules de crise, qui a été gravé dans le marbre par une directive du ministère de l’intérieur. Ensuite, il faut distinguer les fonctions de ces deux organes de l’Etat. Dans le cadre des déplacements de supporters, les préfectures ont vocation a encadrer ces déplacements. Ainsi, les arrêtés pris dans ce sens sont chargés de faire respecter le maintien de l’ordre public tout en permettant l’exercice du supporterisme. C’est par exemple le cas des arrêtés interdisant le port de maillots de l’équipe visiteuse lors de la réception d’une équipe rivale, bien que cette mesure ne soit pas trop appliquée à Paris. Cette mesure vise à protéger les supporters visiteurs, qui ne se rendent ainsi par reconnaissables et évitent d’être pris à partie. Lorsque la situation présente un risque trop important, il n’est pas de la compétence d’une préfecture d’interdir purement et simplement un déplacement. C’est le ministre de l’intérieur lui-même qui édicte un arrêté d’interdiction, qui empêchera tout déplacement de supporters. 

Et la place des supporters dans tout ça ? 

Les préfectures discutent principalement avec les clubs et n’ont pas d’échange direct avec les groupes de supporters. C’est plutôt les renseignements territoriaux qui discutent avec eux au sujet de la sécurité. La DNLH fonctionnait aussi comme ça et c’est probablement toujours le cas (Antoine MORDACQ a quitté la DNLH il y a 2 ans). Il est préférable de passer par les clubs pour deux raisons. La première est juridique, les clubs étant responsables de leurs supporters et de leurs agissements, il est normal que ce soit eux qui s’exprime sur la façon dont va se dérouler un déplacement ou une réception. La deuxième est plus politique. Il existe de nombreux clubs ou les supporters sont en conflit avec la direction, comme à Nantes par exemple, et ou il sera donc impossible d’obtenir un consensus de la part du club et des supporters. 

Voilà ce qu’il en est de la coopération au niveau national. Et au sujet de la coopération internationale ? 

En matière de coopération internationale, les clubs se parlent beaucoup. C’est le format des matchs de coupe d’Europe qui veut ça. En effet, le format aller-retour incite les deux clubs à échanger en matière de sécurité pour assurer la sécurité de leurs supporters à domicile et pendant le déplacement. Pour ce qui est des autorités publiques, il existe également une grande coopération. L’Union Européenne prévoit un point de référence dans chaque pays chargé d’être le guichet unique en matière de renseignements sur les supporters. Ce Point National Information Football (PNIF) est chargé de communiquer à son homologue étranger toutes les spécificités de ses supporters locaux, et d’indiquer les mesures qui seraient les plus efficaces. En France, ce rôle est assuré par la DNLH. Ce sytème est exclusivement européen mais est étendu à l’ensemble des pays en cas de coupe du monde par exemple. La coopération internationale prévoit également l’envoi de « spotters », qui connaissent parfaitement leurs supporters et sont capables de les reconnaitre dans un contexte étranger. 

Un grand merci à Antoine MORDACQ pour le temps passé lors de cet entretien. 

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