Nordsjaelland, vraiment le droit de rêver ?

« Lutter pour un meilleur développement des talents« , c’est ce qu’affirme le club du Nordsjaelland FC, antre des Tigres de feu. Comment compte-t-il y arriver ? Grâce à une sur-importance des jeunes en son sein, couplé à un système de formation extrêmement poussé, combinant les meilleures pousses danoises comme ghanéennes. Pourtant, il y a seize ans, Nordsjaelland ne formait quasiment pas de joueur, ne possédait pas même pas d’académie. Depuis, Right To Dream et Tom Vernon sont entrés dans la danse. Le FCN, c’est l’histoire d’un club qui a décidé de ne pas faire comme les autres.

“We are not normal. But I really like not being normal.”
Flemming Pedersen, entraîneur du Nordsjaelland FC

La première chose que vous devez surement vous demander, et à raison, c’est qu’est-ce que Nordsjaelland, où ça se trouve ? Le Football Club Nordsjaelland est basé à Farum, dans la région de Zealand (et non pas Nordjyalland comme son nom pourrait l’indiquer), au nord-ouest de la capitale Copenhague. Le club de la ville, le Farum BK, déjà né d’une fusion quelques années plus tôt entre deux entités du coin, devient le FC Nordsjaelland. Le FCN suit d’ailleurs un tenace anglicisme de l’époque au Danemark, comme en attestent les FC Kobevahn ou FC Midtjylland. À partir de cette date, les Tigres vont toujours viser le haut du panier danois, avant de finalement toucher du doigt le Graal en 2012. Avec Kasper Hjulmand à sa tête, Nordsjaelland remporte le premier et seul championnat de son histoire (double vainqueur de la coupe du Danemark en 2010 et 2011), synonyme de participation à la Ligue des Champions. Les rouge et jaune sortiront dès la phase de poule, après avoir affronté la Juventus de Turin, Chelsea et le Shakhtar Donetsk.

Trois ans plus tard, le club va prendre le virage le plus important de son histoire. Pour une petite quinzaine de millions d’euros, Tom Vernon, ancien scout de Manchester, créateur de Right To Dream, arrache Nordsjaelland de ses anciens dirigeants. C’est peut-être le seul cas où une académie de football a acquis un club plutôt que l’inverse. Le club est passé d’une organisation ultra locale, composée majoritairement de joueurs danois expérimentés en Superligaen à une toile d’araignée mi-ghanéenne, mi-danoise, et une troisième nationalité va bientôt s’y greffer…

Parce que les connexions étrangères ne suffisaient pas, il a aussi fallu se concentrer sur les alentours de Farum, de là est venue l’idée du Fodbold Samarbejde Nordsjælland, soit une politique de détection dans la région du North Zealand. Une soixantaine de clubs amateurs du coin ont rejoint ce projet, qui organise plusieurs rencontres entre entraineurs ainsi que des tournois tout au long de l’année afin de, peut-être, décrocher une place au sein de l’académie du FCN. Les heureux élus seront intégrés aux « Specifiktræningen » en plus de participer aux entraînements de leur club. Ce surplus doit être considéré comme un complément à l’entraînement dans le club d’origine du joueur et donc comme une occasion supplémentaire de s’améliorer dans un environnement sûr. On le sait, le but du FCN est de donner le plus de chances possible aux jeunes en Superligaen. Cet objectif sera plus facile à atteindre si les meilleurs talents reçoivent une bonne formation dès leur plus jeune âge. Suivant les catégories d’âge, ces « Specifiktræningen » se concentrent plus ou moins sur certaines phases de jeu ou composantes intellectuelles. Ces entraînements sont corrélés avec le travail fourni au sein de l’académie et du XI sénior afin de garder un fil conducteur avec ces équipes « Specifik ». Voici les 12 axes de cette formation :

  • Coordination/Motricité
  • Jeu de tête
  • Déplacements sans ballon
  • Finition devant le but
  • 1v1 offensif/défensif
  • Coups de pied arrêtés
  • Première touche au sol/aérienne
  • Jeu de passes court/long
  • Agilité
  • Prendre la bonne décision sous pression adverse
  • Orientation du corps
  • Jeu dans les petits espaces

En outre, des entraîneurs de gardiens, des entraîneurs spécialisés « finition » et des préparateurs physiques sont affectés de manière permanente. Ce Fodbold Samarbejde Nordsjælland est aussi accompagné de formations « Coach FCN » destinées aux éducateurs des clubs partenaires. Elles proposent une approche en fonction de l’âge, de la théorie ainsi que des exercices concrets sur des thèmes spécifiques que les entraîneurs peuvent ramener chez eux dans leurs clubs afin de l’intégrer à leur formation. Nordsjaelland est par la suite devenu le premier club de football professionnel à rejoindre le mouvement « Common Goal », lancé par Juan Mata en 2017. Annoncé dans The Player’s Tribune par le champion du monde espagnol, cette initiative consiste à verser 1% de salaire son salaire à une association. À l’instar de Mats Hummels, Alex Morgan ou Julian Nagelsmann, sur les terrains synthétiques de Farum, cela s’est démocratisé.

Après avoir fait le tour de la page Wikipédia du club, une seule question se pose : qu’est-ce qui le rend si différent ? Le but du club est très simple : placer les jeunes au centre de tout. « Notre ADN », selon Jan Laursen, le président des rouge et jaune. 20 ans et 20 jours, c’est la moyenne d’âge du groupe professionnel. Le capitaine, Magnus Kofod Andersen, est le joueur le plus capé du club. Il a 22 ans. À l’aide de l’académie Right To Dream, Nordsjaelland possède un unique objectif, former ou post-former des jeunes danois ou ghanéens, les faire progresser en Superligaen danoise avant de les propulser à l’étranger contre un beau billet. Les joueurs sont lâchés dès qu’un club supérieur à Nordsjaelland est intéressé à l’idée de les intégrer au sein de son groupe afin de ne pas stopper leur courbe de progression. L’enjeu est double, sportif, mais surtout financier pour le club. Chaque année, 6.5 millions d’euros sont réinjectés dans le fonctionnement des différents centres reliés au club. Le XI sénior dot être composé dans le meilleur des cas de 11 joueurs du cru, que cela soit depuis le centre situé à Farum ou encore grâce à sa collaboration avec RtD. Attardons-nous d’ailleurs sur cette escapade ghanéenne.

L’académie RTD, c’est une branche importante de la vision de Tom Vernon, le magnat de ce projet. Située à Accra, capitale du pays, cette école de foot accompagne des enfants de leurs 9 à 18 ans. Lancé en 1999, l’objectif numéro un de ce projet était de donner davantage et de meilleures chances aux jeunes ghanéens rêvant de carrières footballistiques professionnelles à l’image de Majeed Waris. Cette académie organise 75 tournois de détection par an, où 25 000 jeunes ghanéens ou d’ailleurs concourront pour les…18 places annuelles disponibles. Plus d’une centaine de jeunes y est actuellement domicilée, accompagnée par 60 membres du staff technique. La plupart des élèves y arrivent avec un niveau d’éducation très bas, voire nul, l’objectif est donc de former un homme avant un footballeur.

« Nous avons vu de nombreux clubs européens venir en Afrique, acheter des clubs et mettre en œuvre une philosophie européenne. Tout le monde se tourne vers l’Europe pour savoir comment gérer une académie. Ce que nous voulons faire, c’est vraiment l’inverse et exporter le meilleur de la culture ghanéenne, plutôt que de toujours venir en Afrique pour enseigner. Il y a tellement de choses à apprendre ici. »
Tom Vernon

Côté football, on joue en 4-3-3, et uniquement en 4-3-3. Le seuil technique requis est élevé pour pouvoir intégrer l’académie. Ce qui compte en premier lieu, c’est l’intelligence de jeu ainsi que sa compréhension. À l’âge où ces enfants sont détectés, soit avant 10 ans, l’aspect physique est loin d’être primordial, puisque les développements physiologiques ne sont que très peu prévisibles. Les rares joueurs passant le cut se verront octroyer un premier bail de cinq ans, le cursus RtD est lui prévu pour une durée de 8 ans si tout se passe comme prévu.

Mais au-delà du footballeur, Tom Vernon veut surtout instruire et former de futurs modèles au sein de son école ghanéenne. « La population de l’Afrique augmente massivement« , explique-t-il. « D’ici 2050, il y aura 2,2 milliards d’Africains. Un milliard d’entre eux auront moins de 25 ans. C’est une situation potentielle de poudrière et nous devons fournir des modèles positifs que le continent pourra suivre et auxquels il pourra aspirer.« 

Depuis, les équipes jeunes de l’Academy ont attiré l’attention du plus grand monde en remportant plusieurs tournois parfois intercontinentaux (comme la Gothia Cup U17 en Suède, la SuperCupNI en Irlande du Nord ou encore la Nike Premier Cup et la Milk Cup, comprenant une série de 42 matchs sans défaites pour ses U15 et U18 en 2015), ce que Tom Vernon n’a pas réussi à reproduire au Danemark. C’est d’ailleurs ce que mettait en avant Mikkel Damsgaard quand il était encore à Nordsjaelland, les équipes dont il faisait partie étaient toujours « très fortes », mais « ne gagnaient jamais rien ». Les titres en eux même ne sont pas le moteur de tout cet engrenage, comme le confie son fondateur : « L’objectif et l’identité sont au cœur de ce que nous faisons. Nous savons que c’est l’environnement dans lequel les gens veulent travailler et qu’il attirera des personnes de plus en plus compétentes. À mesure que cela se produit, notre culture et notre environnement se renforcent. Et, par conséquent, nous sommes sûrs que nous gagnerons plus de trophées. Mais nous ne ferons jamais marche arrière et ne fixerons pas cela comme priorité« . Pas sûr que cela plaise à l’actuel joueur de la Sampdoria de Gênes.

Pour les enfants issus de la RtD Academy, Nordsjaelland est la porte d’entrée vers l’Europe, vers une carrière professionnelle florissante. Avant le rachat du club danois, la seule issue trouvée par Tom Vernon était de prêter ses protégés sur le vieux continent pour qu’ils fassent leurs preuves, avant peut-être d’être définitivement installés là-bas. Dans cette optique, Accra avait notamment noué des liens et partenariats avec Manchester City, voisin de l’ancien employeur de Vernon. Cet accord permettait aux Cityzens d’acquérir les meilleurs talents de l’académie à des prix attractifs. Mais ces aventures tournent souvent très mal, à l’image Bismark Adjei-Boateng (actuellement à Cluj). Souvent prêtés très tôt, et peinant à s’intégrer à un environnement anglais radicalement différent de ce qu’ils ont connu à Accra jusque là, la grande majorité des joueurs de la RtD ne réussissent pas outre-Manche. Finalement, le projet sera stoppé net, et Farum remplacera Manchester en tant que tremplin vers les cinq grands championnats européens.

Au final, plus de 140 garçons et filles avaient été diplômés de l’académie Right To Dream au Ghana début 2021. Certains d’entre eux ont atteint le monde professionnel, d’autres ont pu accéder à des universités américaines afin de continuer leurs études. Par ailleurs, les liens avec le Ghana ont d’ailleurs permis à Michael Essien de devenir entraineur adjoint de Flemming Pedersen, actuel entraineur de l’équipe première de l’équipe danoise.

La nouvelle aventure de Johan Djourou, "doyen" du FC Nordsjælland
Johan Djourou a aussi fait une pige à Nordsjaelland pour encadrer la jeunesse des Tigres. Il est ici accompagne par Kamaldeen Sulemana à sa droite ainsi que Martin Frese et Mohammed Diomande à sa gauche.

Un centre fait pour grandir

Comme à Accra, les enfants entrent à l’académie à l’âge de 10/11 ans. Là, la vision du football de Nordsjaelland se met déjà en place. Il ne faut pas simplement former des joueurs, il faut qu’ils adhèrent, collent à « notre football ». Pour cela, chaque membre reçoit sa « base footballistique » qui lui permettra ensuite d’avoir les capacités techniques, cognitives, intellectuelles sur lesquelles développer sa créativité. Cette intelligence la est particulièrement mise à l’épreuve. Dès le plus jeune âge, les membres de l’école de Farum doivent faire le bon choix, avec ou sans ballon. Les résolutions de problèmes sont légion, tous comme les situations de prises de décision sous pression. Avant de le jouer, l’idée est de comprendre le jeu. C’est toujours dans cette optique la que les enfants reçoivent plusieurs heures de cours théoriques : à 15h, après un cours de mathématiques, direction la salle 303 pour comprendre le jeu de position sur un tableau blanc. Évidemment, l’ensemble de ces programmes diffère selon la catégorie des joueurs en question. Il n’y a pas la même charge mentale et cognitive pour des enfants de 10 ans que des adolescents de 16 ans. Le désir du FC Nordsjælland est de créer des footballeurs dynamiques qui peuvent se débrouiller en 1v1 avec des compétences clairement établies.

Alors, comment détermine-t-on ces programmes et exercices ? En réalité, les entraineurs et éducateurs ont le plaisir -en tout cas on l’espère- de jouir d’une grande liberté de créativité. La ligne directrice, notamment en ce qui concerne des qualités techniques ou des compétences tactiques à acquérir est décidée plus haut dans l’organigramme, mais au-delà de ça, c’est carte blanche. De ce qu’on peut en lire, les joueurs dont les plus jeunes ont leur mot à dire sur la teneur de ces séances après coup, en tout cas le micro leur est tendu pour s’exprimer. Nordsjaelland lui tire le bénéfice de ses éducateurs à la tête de plus en plus amochée à force de se la creuser, puisqu’il récupère chaque recoin des séances et en compile le maximum. Tous ces exercices sont filmés grâce à la plateforme Hudl.

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Le schéma est exactement le même à quelques milliers de kilomètres de là au Ghana, ce qui permet, une fois réunifiés au sein des équipes professionnelles de Nordsjaelland, d’avoir des joueurs aux caractéristiques techniques relativement similaires. On le verra, l’effectif est très souvent chamboulé, mais cette connaissance des profils facilite la mise en place d’un plan de jeu clair sur la durée.

Le fil rouge cette formation est basé sur la possession de balle, un football technique et attrayant, transmis depuis les plus petites catégories jusqu’aux équipes de Superligaen. Pour maintenir ce fil conducteur, le club s’efforce également de toujours avoir et développer les meilleurs entraîneurs et managers du pays, garantissant ainsi une philosophie de développement des talents et de jeu rationalisée dans tout le club. En théorie seulement, on sait très bien que quand arrivent les actes, il y a tellement de facteurs qui entrent en jeu qu’il est forcément difficile, voire impossible de tenir ces promesses. Pour tenter de les respecter au maximum, les éducateurs et membres de staff sont triés sur le volet. Si les entretiens sont concluants, que le compte LinkedIn convient au board du club, les potentiels néo-éducateurs sont intégrés à la méthodologie de travail pendant 6 mois maximum en tant que bénévoles. Après ces 6 mois, le bénévolat peut se transformer en contrat de travail professionnel, couplé à l’intégration ponctuelle au staff.

L’objectif de ces formateurs est en premier de construire et de formater des footballeurs portés sur l’attaque : dès les plus petites catégories, le plan de jeu doit tourner autour de l’attaque. Le mot d’ordre, c’est de savoir comment attaquer, savoir dans quelles zones se projeter, créer des supériorités numériques et positionnelles, quand le faire. C’est une tendance que l’on retrouve d’ailleurs au sein de l’équipe première, et ses lacunes se font ressentir de l’autre côté du terrain. L’accent est aussi mis sur le développement du caractère, avec un programme conçu pour éduquer les joueurs sur l’importance « de donner en retour et de trouver un but au-delà du rôle de joueur de football ». Il y a des échanges culturels tout au long du cursus de formation au sein de l’école de foot, avec de jeunes joueurs du Danemark qui visitent le Ghana et vice-versa. Cela permet entre autres aux enfants de la Right To Dream Academy d’avoir une vision de ce qui pourrait être leur futur chez-soi.

La montée en pro 

« La question était de savoir s’il fallait se concentrer davantage sur les jeunes ou mettre plus d’argent pour acheter des joueurs. Nous avons essayé de faire les deux, mais nous avons ensuite décidé qu’il était préférable pour nous de développer nos propres joueurs. Depuis lors, la stratégie à long terme a consisté à former autant de joueurs que possible« . Ceci étant dit, une fois formé et post-formé, il faut bien que les joueurs passent le cap professionnel à un moment ou un autre. Actuellement, cela semble plutôt réussi, puisque l’équipe première est composée à 80 % de diplômés de ses académies autochtones et ghanéennes. Pourtant, cette montée en pro est souvent complexe à gérer pour les joueurs. Ils n’ont pas de temps d’apprentissage, souvent lancés très tôt dans le grand bain, avec un temps de jeu conséquent. Il n’y a pas non plus de joueur expérimenté vers qui se tourner pour apprendre, puisque le club n’en possède pas ou presque. Il faut donc se débrouiller plus ou moins seul, avec la confiance et la bienveillance du coach.

« Ils doivent apprendre sur le tas« , explique Pedersen. « Lorsque nous leur donnons leur première expérience du football senior, ils sont confrontés à des défis qu’ils n’ont jamais rencontrés auparavant. Nous savons que des erreurs vont se produire et que nous allons perdre beaucoup de points à cause d’erreurs stupides. Mais nous savons aussi que leur potentiel est tellement plus grand que celui de n’importe quel joueur de 27 ans que nous pourrions signer. Avec notre argent, nous ne pourrions pas obtenir un joueur de 27 ans meilleur qu’eux. Le potentiel est beaucoup, beaucoup plus élevé avec les jeunes joueurs. Malgré cela, il est facile d’imaginer certaines frustrations. La plupart des entraîneurs aiment développer les joueurs, mais ils aiment tous gagner. »

Une méthode instable sportivement ?

Mohammed Kudus, Mikkel Damsgaard, Kamaldeen Sulemana, Emre Mor, Marcus Ingvarsten, Jores Okore, Andreas Skov Olsen, Emiliano Marcondes, tant de noms de jeunes joueurs passés par les Tigres finalement vendus au bout de quelques matchs professionnels. Et cette tendance ne va pas s’arrêter de si tôt, surtout si les promesses entrevues chez Andreas Schjelderup, Adam Nagalo, Leo Walta ou encore Mohamed Diomande se confirment. Le premier cité est probablement le plus talentueux des quatre cités, surement le joueur le plus prometteur des Tigres. Jeune milieu offensif norvégien de 17 ans ayant déjà visité les installations de Liverpool, l’Ajax Amsterdam, Tottenham, le Bayern Munich ou encore la Juventus de Turin, Schjelderup est déjà une pièce maitresse du XI de Flemming Pedersen. Venu de Bodo/Glimt au même titre que Patrick Berg récemment transféré à Lens, le norvégien est devenu professionnel à 16 ans. Régulièrement titulaire en Superligaen, on parle déjà de lui comme d’un joueur qui finira par battre le record de Sulemana en tant que vente la plus élevée de l’histoire du championnat danois. Après avoir marqué huit buts en 11 matchs pour les U19 de Nordsjaelland au cours de ses six premiers mois au club, Schjelderup a fait ses débuts en équipe première en février 2021, avant de devenir le plus jeune buteur du club en championnat et, à l’époque, le quatrième plus jeune de l’histoire de la Superligaen, à 16 ans et 271 jours. Comparé à Eden Hazard et Jack Grealish par ses différents coachs et éducateurs, Andreas Schjelderup est davantage vu comme un ex-joueur de Nordsjaelland par son capitaine Kian Hansen : « Andreas est une nouvelle édition de Mikkel Damsgaard, même s’il n’est qu’un adolescent. Je pense que ça veut tout dire« .

Quoi qu’il advienne, Schjelderup, Nagalo ou encore Villadsen ne devraient pas faire de vieux os à Farum. Ce manque de continuité a forcément un immense désavantage pour Nordsjaelland. S’il est financièrement très intéressant, sportivement, ce n’est pas la même mayonnaise. L’effectif est très souvent renouvelé en fin de saison, ce qui ne facilite pas le travail tactique du staff, qui doit reprendre son processus d’assimilation une fois tous les ans. Les joueurs les plus talentueux et impactant sont eux aussi perdus : on l’a vu cette saison, les hommes de Flemming Pedersen n’ont jamais réussi à remplacer l’impact statistique de Kamaldeen Sulemana. On le sait, faire sortir des individualités fortes n’est pas une mince affaire. Simon Bullock, directeur du média Nordsjaelland360, allait aussi dans ce sens dans l’entretien qu’il nous a accordé : « Si le FCN gardait ces joueurs pour une saison de plus, il aurait probablement de meilleures chances de gagner quoique ce soit, mais en faisant cela, il bloquerait la route d’autres jeunes talents, c’est donc un peu une arme à double tranchant. ».

Ventes NORDSJAELLAND V2

Nordsjaelland est donc pris à son propre jeu. Le club souhaite performer au plus haut niveau possible, mais son fonctionnement le limite structurellement. En sortir, cela veut dire viser les sommets sportivement, mais cela veut aussi dire renier ses principes de formation, ses liens avec son, ses écoles de football. Cela peut paraître facile, mais ça ne l’est pas. Beaucoup de jeunes ont la chance de se développer dans ce modèle parce que les joueurs changent tout le temps. Vous devez presque tout recommencer, encore et encore. Pour autant, le board du club ne regrette pas ses choix, comme l’affirme Flemming Pedersen : « Nous pensons à tous les joueurs qui sont partis et nous disons : ‘Wow, quelle équipe cela aurait été’. Pourquoi devrions-nous garder un joueur alors qu’il est prêt pour l’étape suivante ? En danois, on dit qu’on pleure d’un œil et qu’on sourit de l’autre, car c’est très motivant pour nous. » « Il s’agit de trouver le meilleur équilibre. Nous ne savons pas si nous obtiendrions plus de points en gardant les joueurs plus longtemps. Peut-être qu’un jour nous testerons cette idée, mais nous aurions beaucoup de joueurs d’académie qui diraient : « Oh, vous avez dit que j’aurais une chance. Vous n’avez pas dit que je devais attendre quatre ans pour devenir un joueur de l’équipe première ».

En gardant cela à l’esprit, il n’est peut-être pas surprenant que Nordsjaelland n’ait pas montré le bout de son nez au sein du duo de tête de la Superligaen depuis la saison 2012-2013. Est-ce important ? « Gagner des trophées sera toujours important », insiste Pedersen, « mais nous devons le faire de cette manière. Nous ne savons pas combien d’années nous devrons attendre, mais nous savons que nous nous améliorons. Il s’agit d’un développement à long terme – du club, de l’organisation, de nos différentes équipes et de tous nos joueurs. Certaines personnes ne comprennent pas cela, mais c’est pourquoi nous pouvons sourire même lorsque nous ne gagnons pas. » La chance de Nordsjaelland, c’est qu’il n’y aura personne pour se plaindre ou presque. Du fait de la petitesse de sa ville natale et de son histoire, le FCN possède la fanbase la plus faible de la première division danoise. Si l’ambiance au Right To Dream Park ne sera jamais incandescente, cela permet au moins de travailler en toute tranquillité. Ou presque. 

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La tranquillité, ce n’est pas vraiment ce qui peut caractériser la saison 2021/2022 de Nordsjaelland. Après la perte de Kamaldeen Sulemana cet été notamment, l’équipe première est en très grande souffrance cette saison. À mi-parcours, les Tigres sont classés 10e/12 en Superligaen, pour un bilan 4 victoires, 4 nuls et 9 défaites. Ce qui détonne le plus vis-à-vis des saisons précédentes, c’est la qualité et la performance dans les deux surfaces. Les rouge et jaune font preuve d’un manque de maturité (normal me direz-vous) dans ces deux zones du terrain assez anormal pour le niveau professionnel. Après un début de saison extrêmement réussi (4 victoires lors des 6 premiers matchs), la plus jeune équipe d’Europe a totalement sombré, enchainant 11 rencontres sans connaitre une seule fois le succès, soit depuis fin août (!). Cela ne vous surprendra pas, Nordsjaelland est l’une des pires défenses du championnat, mais aussi l’une des pires attaques, ce qui n’était jamais le cas ne serait-ce que l’année dernière. La faute peut être, et on y revient, à la parte de Kamaldeen Sulemana. Le Ghanéen, c’est 10 buts la saison dernière lors de la seule Superligaen. Cet apport statistique n’a pu être remplacé par un autre joueur de l’effectif, comme Sulemana avait pu le faire après le départ de Mohammed Kudus vers l’Ajax d’Amsterdam. On vous le disait, la continuité tactique au sein de Nordsjaelland pouvait limiter la casse après un renouvellement presque total de l’effectif. Mais pour que cette continuité fonctionne au niveau sportif, il faut se doter chaque année de joueurs capables de répéter les mêmes niveaux de performance chaque saison. Avec des effectifs aussi jeunes, sans expériences professionnelles ou presque, il est très difficile de prendre cet engagement pour acquis, et Flemming Pedersen est en train de s’en rendre compte cette saison. 

Avant d’aller plus loin dans l’analyse, il faut faire un point sur ce qu’est la Superligaen. Le fonctionnement du championnat danois est radicalement différent de ce que l’on peut connaître à l’ouest de l’Europe. La Superligaen en elle-même est composée de 22 matchs disputés entre les 12 équipes de première division (actuellement, nous en avons disputé 17). À l’issue de cette phase de saison régulière, le championnat est scindé en deux groupes. Les six premières équipes sont qualifiées pour le « playoff round », les six autres pour le « relegation round ». Ces deux rounds vont se dérouler sous la forme d’un championnat à six, sur 32 matchs. Les différents classements détermineront le champion, les qualifiés pour les joutes européennes, mais aussi les relégués, et c’est la que le bât blesse pour Nordsjaelland. À cinq matchs de la fin de la saison régulière, les Tigres accusent 9 points de retard sur Silkeborg, dernier qualifié pour le « playoff round ». Ils disputeront donc très probablement le « relegation round », pour la première fois sous l’ère Right To Dream. Tom Vernon n’a jamais connu la peur de descendre avec Nordsjaelland. Une relégation en deuxième division, et c’est tout un système qui s’écroule. Du fait du manque d’exposition, les joueurs issus de l’Academy seront forcément moins vus à l’échelle européenne, moins bankable, moins attractifs. Cela se répercutera forcément sur les prix de départs, probablement eux-mêmes moins nombreux, et donc au bout de chaine, sur les allocations versées aux écoles Right To Dream.

Pour éviter ce grand effondrement, Nordsjaelland a lancé les grandes manœuvres lors du mercato d’hiver. Erik Marxen (Randers), Mads Bidstrup (Brentford) et Andreas Hansen (Aalborg), tous trois davantage expérimentés, sont venus renforcer un groupe qui semble bien trop friable pour affronter ces 32 matchs couperet seul.

Avec des cadres en dessous de leur rendement habituel (Christensen, Kofod, Diomande), faire face aux équipes les plus rudes de la ligue physiquement (OB, SønderjyskE) sans renforts majeurs semblait aventurier. Tant pis pour la moyenne d’âge du XI de départ, il faut avant tout se sauver sur les six prochains mois. Il va falloir parfaitement négocier cette fin de saison, la survie du train de vie Right To Dream en dépend.  

Expansion en vue

Après quelques lignes quelque peu négatives, place à un petit peu d’optimisme. Depuis quatre ans maintenant, le club a ouvert sa première section féminine, presque épiphénomène dans le trou glacial qu’est le Danemark. Si les pays du nord de l’Europe sont connus et reconnus pour leur ouverture sociale, le football féminin n’a lui pas eu droit à cette chance. Mais Nordsjaelland à tout de même tenu à faire un premier pas. Et si les retombées économiques d’une revente d’une footballeuse professionnelle sont bien moins intéressantes que leurs homologues masculins, les jeunes féminines du club ont tout de même droit aux mêmes droits, méthodes et complexes d’entraînement. Mais ce n’est pas tout, le groupe « explore activement » les opportunités avec des clubs du « Big 5 » européen en vue d’un partenariat, comme Midtjylland peut le faire avec Brentford. Et il y a encore autre chose : l’Égypte. Après le Ghana, Right To Dream, récemment été rachetée par le consortium Mansour va s’expandre au nord-est du continent africain.

Tom Vernon admet lui-même qu’il n’est pas sûr de l’ampleur que prendra Right To Dream : « Il ne s’agit pas d’un modèle de charité. Il y a beaucoup de jeunes hommes et femmes talentueux en Afrique, au Danemark, en Égypte. Il s’agit simplement de créer des opportunités pour eux, que ce soit dans le domaine de l’éducation ou du sport. C’est un projet à long terme. Quel que soit le rendement de cette entreprise, elle restera et se développera. C’est la formule. Si c’est motivé par une motivation commerciale classique, c’est voué à l’échec.« 

Début 2021, l’entrée en action du groupe Mansour (équivalente à 100 millions d’euros) laissait présager un intérêt vers un club de Premier League ou de Championship. « Nous pensons que le système de formation au Royaume-Uni a encore beaucoup de questions à se poser et que nous avons certaines des réponses en termes d’engagements à long terme, de parcours et de niveau que l’on essaye d’atteindre avec chacun de nos joueurs« , a déclaré Vernon. Ce projet est actuellement en stand-by, contrairement à l’école du Caire, mais ce club anglais aurait forcément été accompagné d’une académie RtD sous-jacente. Le projet ne demande qu’à se développer…

 

En misant beaucoup plus sur ses jeunes, Nordsjaelland souhaite donner à tous le « droit de rêver », en tout cas en théorie, même s’il y aura des enfants laissés sur le côté en cours de route comme dans tout club. Attention tout de même, rester en première division danoise est une nécessité économique afin de poursuivre ce modèle. La saison actuelle est en train de la montrer, il va falloir se battre sur le terrain pour garder ce droit dans les années à venir.

« C’est comme avoir un restaurant. Vous ne pouvez pas décider de ce que font les autres restaurants. Vous devez simplement préparer le meilleur repas possible avec les ingrédients dont vous disposez. Il s’agit de trouver un sens à ce que nous faisons. »
Jan Laursen

 

 

 

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