Les Rouges et Noir veulent sortir de l’ombre

Il y a un peu plus de trois ans le Stade Rennais Foot Club a réussi à vaincre le signe indien et inscrire une nouvelle ligne à son palmarès en remportant la Coupe de France face au PSG. Ce succès attendu depuis de 48 longues années par les pensionnaires du Roazhon Park est également un juste retour pour la famille Pinault, qui a réalisé de nombreux investissements depuis leur arrivée à la tête du club en 1998. Jusqu’alors le rectangle vert était le dernier terrain qui ne souriait pas aux magnats de l’industrie du luxe…

Galvanisés par cette victoire prestigieuse et de l’engouement populaire, les propriétaires rennais souhaitent donc passer la vitesse supérieure et installer durablement Rennes comme une place forte du football français. La phase aller de cette nouvelle saison est encourageante et doit conforter les dirigeants dans leurs ambitions. Mais quelles sont les raisons de la belle dynamique initiée depuis plusieurs mois ainsi que les écueils à éviter pour ne pas décevoir comme trop souvent par le passé ?

Un top management renouvelé.

Après le succès historique du 27 avril, la suite a été plus que mouvementée, notamment à cause de diverses tensions au sein du club. Les relations n’étaient pas des plus aplanies entre l’entraîneur Julien Stéphan et l’homme à tout faire, le directeur sportif Olivier Létang. Point d’orgue de ce remake d’House of Cards à la sauce bretonne : l’éviction de l’ancien dirigeant parisien en mars 2020. Pour le remplacer, la famille Pinault mise sur Nicolas Holveck. Bien connu des fins connaisseurs du football hexagonal, le spinalien a fait ses armes à Nancy pendant près de 20 ans avant de continuer son petit bonhomme de chemin à Monaco où il endossera le costume de directeur général adjoint. Sur le Rocher il aura en charge les négociations de recrutement et le développement du centre de formation de la Turbie et de son club satellite belge, Cercle Bruges. Très peu connu du grand public, les compétences acquises concordent parfaitement avec les ambitions et ressources du club : renforcer l’effectif professionnel pour a minima maintenir son rang et se qualifier à une coupe d’Europe tout en valorisant ses actifs.

Les débuts de Nicolas Holveck n’ont pas été des plus tranquilles, loin s’en faut. En moins d’un an il a dû faire face à une pandémie et à la démission de Julien Stéphan quelques jours avant son arrivée. Entre temps, et après seulement deux mois de travail, il réalise son premier gros coup en débauchant Florian Maurice, que l’on pensait faire partie des meubles de l’Olympique Lyonnais. Après avoir passé près de onze ans dans son club formateur, l’ancien attaquant international français, las de voir son investissement non reconnu à sa juste valeur dans son club de cœur, décide de relever le défi breton et devient Directeur Technique des rouges et noirs.

Après la démission de Stéphan, Florian Maurice ne se précipite pas pour désigner son successeur et privilégie la solution interne en la personne de Philippe Bizeul afin d’assurer l’intérim jusqu’à la découverte de l’heureux élu. L’arrivée de ce dernier est officialisée le 4 mars dernier et le nouvel entraineur n’est pas un inconnu de notre championnat, ni de son nouveau supérieur hiérarchique. Bruno Génésio, très longtemps décrié pour sa production footballistique malgré un effectif lyonnais bourré de qualités, revient en France après 18 mois passés en Chine pour prouver à ses détracteurs que ses exploits en Ligue des Champions ne doivent rien au hasard. Une fois la colonne vertébrale du club stabilisée, le trio peu s’atteler à la composition de son effectif, comptant sur une parfaite entente entre les bureaux et le terrain.

Une phase aller encourageante.

Les ressources importantes de l’actionnariat rennais permettent au club breton d’amortir les secousses de grande ampleur des séismes MédiaPro et de la Covid, contrairement à l’immense majorité des autres clubs hexagonaux.

Afin de renforcer son effectif, « Flo Maurice » décide d’activer deux leviers qui ont fait leurs preuves dans son dernier ancien club :
D’une part capitaliser sur les ressources endogènes en s’appuyant sur son centre de formation qui a été élu (encore une fois) parmi l’un des 4 meilleurs de l’hexagone. Les nouvelles pépites rennaises se nomment Omari, Truffert ou encore Assignon (liste non exhaustive). D’autre part il peut miser sur son œil aiguisé et trouver des ressources exogènes : savant mélange entre des jeunes joueurs à fort potentiel (Kamaldeen Sulemana, Lovro Majer) et des profils plus aguerris qui ont fait leurs preuves en Ligue 1 (Gaëtan Laborde, Baptiste Santamaria ou encore Binger Meling débarqué du relégué nîmois).

Après autant de mouvements à l’intersaison, on pouvait s’attendre à ce que les débuts bretons de « Pep » se montrent parfois laborieux, et c’est bien ce qu’il s’est produit. Mais malgré un début plus que poussif le board a gardé le cap et a fermé les yeux sur une anormale 16ème place à l’issue de la 6ème journée du championnat. Le réveil face au promu auvergnat, qui était alors l’une des belles surprises du début de saison a lancé celle des rennais. Les victoires honorifiques face au PSG et l’OL viennent ponctuer une impressionnante série d’invincibilité (13 matches consécutifs toutes compétitions confondues). Sur cette phase aller les rouges et noirs n’ont perdu que face à l’OM, Nice et Monaco, tous concurrents directs dans la course aux places européennes.
Sur la scène européenne, les hommes de Bruno Génésio ont réussi à se qualifier directement pour les 8ème de finale l’UEFA Conférence League et sortant au passage un Tottenham plus que malade, rien que ça. Beaucoup tentent de minimiser au mieux cette performance ou railler cette compétition, mais quand on connait les performances françaises (en omettant logiquement celles du Paris Saint-Germain) ces dernières années et le palmarès français quand il s’agit de quitter ses frontières, il y a plutôt de quoi sourire. Ne serait-ce que pour notre coefficient UEFA qui en avait bien besoin…

Ré-enclencher la spirale positive.

Avant la trêve, les rennais sont restés sur deux revers face à Nice à domicile et à Monaco. Autant dire que la trêve tombait à pic pour le club breton. Après les fêtes, les rennais se sont rendus à Nancy pour les 16èmes de finale de la Coupe de France, compétition érigée en objectif par la famille Pinault qui souhaite revoir le Stade de France aux couleurs du SRFC. Malheureusement pour les têtes pensantes et financières ainsi que tous les aficionados du club, ils ne regoûteront pas à l’enceinte parisienne cette année. A l’issue d’une séance de penalty qui vaut son pesant de cacahuètes, les pensionnaires de Ligue 1 sortent par la toute petite porte par la lanterne rouge de la Ligue 2…Benjamin Bourigeaud et ses coéquipiers n’avaient vraisemblablement pas encore eu le temps de digérer les copieux repas ingurgités pendant les vacances. On a connu mieux comme reprise.

A chaque mal un bien et on peut penser que ce revers permettra d’une part de remobiliser ce groupe et d’apporter un peu d’oxygène au calendrier surchargé des équipes engagées sur tous les fronts. Sans lui manquer de respect ou le sous-estimer, l’effectif breton ne semble pas encore suffisamment consistant et armé pour être performant de manière régulière sur tous les tableaux. De surcroît, les Rennais seront privés de leurs internationaux africains qui seront au Cameroun pour la CAN 2022. Le secteur défensif sera particulièrement touché avec les absences d’Alfred Gomis (Sénégal), Nayef Aguerd (Maroc) et Hamari Traoré (Mali) : trois titulaires indiscutables, Bruno Génésio va devoir donc trouver des solutions pour garder son assise défensive, imperméable depuis le début de saison.

Dans les buts deux options s’offrent à l’ancien technicien de Décines : offrir les premières minutes au jeune espoir turque recruté cet été Dogan Alemdar ou miser sur la carte expérience et revoir Romain Salin d’entre les morts.
Dans l’axe ce sera l’occasion de redonner du temps de jeu et remettre en confiance par la même occasion Loïc Badé, dont les dirigeants ont consenti un gros effort pour le faire venir du RC Lens, après une excellente première saison en Ligue 1 dans le Nord. Les belles promesses vues à l’année dernière ne se sont pas évaporées avec la centaine de kilomètres réalisés vers le sud-ouest, à lui de saisir sa chance et donner des mots de tête à Génésio au retour d’Aguerd de la CAN. Pour suppléer l’absence du capitaine malien, la carte jeune devrait de nouveau être de sortie et Julien Assignon aura une belle opportunité à saisir. L’absence du feu follet ghanéen Kamaldeen Sulemana sera quant à elle compensée par un autre retour d’un impact player : si son genou droit le laisse exprimer son explosivité et sa percussion, Jérémy Doku pourra être considéré comme une recrue.

Pour la reprise en championnat, un déplacement périlleux à Lens est au programme. L’occasion de distancer une formation artésienne qui s’est écroulée sur les dernières journées et qui aura à cœur de revenir à une unité de leurs visiteurs. La pression sur Bruno Génésio et ses hommes sera forte, charge à eux de se (re)mobiliser pour être performants et se montrer à la hauteur des ambitions de leurs actionnaires et de leur board. En effet, trop souvent par le passé, l’inconstance les pénalisaient. Quelques renforts pour densifier l’effectif afin de maintenir l’ensemble des joueurs sous pression et générer une émulation, ne seraient surement pas de trop. Une chose est sûre, les rennais seront à suivre de près et il faudra compter sur eux jusqu’à l’ultime journée dans la course à la qualification européenne.

Rafik – @RafikFik1


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