L’homme le plus serein de France se nomme William Saliba

Il a peut être (enfin) lancé sa carrière. Prêté sans option d’achat à l’Olympique de Marseille cette saison, William Saliba réalise un début de saison des plus étonnant dans les défense à trois de Jorge Sampaoli. De quoi questionner un avenir qui n’était plus si éclairé ne serait-ce qu’il y a quelques mois.

Le jeune défenseur central tire son épingle du jeu dans le système olympien.

Le meilleur joueur français né à Bondy n’évolue finalement peut être pas dans la capitale, mais bien quelques centaines de kilomètres plus au sud. Une trajectoire à l’allure des montagnes qui semble enfin vouloir se linéariser : après quelques années au FC Montfermeil (il a d’abord évolué à Bondy étant plus jeune, notamment sous les ordre de Wilfried Mbappé), l’ex-attaquant de pointe et milieu offensif ira, dès ses quinze ans, parfaire sa formation du côté des verts de l’AS Saint Etienne. L’ASSE a la formation dans le sang, et cela s’est senti. Il va découvrir un jeune garçon plein de talents. Antonio Ricardi, son éducateur à Bondy, le disait déjà à France Bleu en avril 2019. «William était en avance morphologiquement. Il jouait milieu défensif car il arrivait à faire des différences, un peu pataud, mais il faisait déjà des choses intéressantes vu sa taille. »

Repéré par Ludovic Paradinas, en charge de la région parisienne, Saliba va intégrer les U17 stéphanois dirigés par Razik Nedder. Cette saison-là, ils termineront premiers de leur poule, sans oublier deux victoires face à leurs ennemis rhodanien. Déjà indiscutable dans la défense, il jouera 26 matchs cette saison, 34 la suivante. Un joueur à « forte personnalité », un « leader » capable de « de détendre les autres joueurs ».

Il fera ses débuts professionnels face à Toulouse le 25 septembre 2018. À partir de là, à 17 ans, chacune de ses apparitions en Ligue 1 impressionne les supporters, les observateurs. « Il était calme, il était mature. Et techniquement, il était bon. Il anticipait les mouvements de l’adversaire, il lisait le jeu. Il ne paniquait jamais » selon Abdelaziz Kaddour, un ancien éducateur de l’espoir français.

Quand il pouvait jouer, Saliba a continué à exceller, notamment lors de la saison de son prêt automatique vers Saint-Etienne. Les Verts ont gagné 41 % de leurs confrontations avec Saliba sur le terrain cette saison-là, 28 % sans. Durant la campagne de championnat, il a concédé la bagatelle de deux fautes…Il était presque effrayant de se dire que ce bonhomme avait 18 ans. Aujourd’hui, il est même encore étrange de se dire qu’il n’a que 20 ans au vu de sa justesse. Il était d’ailleurs difficile de le voir rester plus longtemps à Sainté…

À l’instar d’un autre phénomène en la personne de Wesley Fofana, Saliba va faire les emplettes de son club formateur, direction la Perfide Albion en juillet 2020. Mais après des débuts fulgurants dans le Forez, le jeune défenseur central français va connaître un réel coup d’arrêt chez les Gunners. Sous les ordres de Mikel Arteta, Saliba disputera la bagatelle de…zéro match toutes compétitions confondues. Il ne sera même pas inscrit en coupe d’Europe du fait « du trop grand nombre de défenseurs centraux ».

« Le coach [Mikel Arteta] m’a jugé sur deux matches et demi (ndlr : en amical). J’aurais préféré qu’il me fasse encore jouer pour que je prenne le rythme, mais non, il m’a dit que je n’étais pas prêt. J’aurais souhaité qu’il me donne une chance. »

William Saliba

Cette idylle sera stoppée nette six mois plus tard, avec un prêt, le premier, vers le GYM. Malgré les affirmations d’Arteta selon lesquelles il allait enfin avoir sa chance sous le maillot d’Arsenal à la suite de ce prêt, l’arrivée de Ben White en provenance de Brighton pour 50 millions de livres, combinée à son manque d’expérience, signifiait que les opportunités avaient disparues pour William Saliba. C’est là que le président de l’Olympique de Marseille, Pablo Longoria saute sur l’occasion. L’international espoir sort de six mois convaincants sur la côte d’Azur, et lui souhaite combler les attentes de son entraineur qui tient absolument à renforcer une défense centrale qui s’est parfois montrée très friable la saison dernière…

« On a eu la chance de le faire venir en prêt, ça n’a pas été simple. C’est un futur grand du football français. »

Jorge Sampaoli

Du haut de ses 20 ans, titulaire lors de 10 des 11 matchs disputés par l’OM en Ligue 1 cette saison, il est devenu l’un des hommes clés de Jorge Sampaoli. En tout cas, il est certainement devenu la clé de voûte de la charnière centrale. Il est d’ailleurs le joueur de l’OM le plus utilisé cette saison TCC (1170 minutes jouées) devant Luan Peres et Matteo Guendouzi.

Solide dans les duels, haut dessus techniquement, le joueur d’1m93 brille. « Saliba a toutes les qualités pour jouer dans l’axe ou sur le côté. Il a une grande confiance en lui. C’est vraiment un joueur talentueux défensivement, pas seulement au marquage mais aussi dans le jeu avec le ballonIl s’est très bien adapté au système à trois défenseurs et nous aide beaucoup dans la sortie du ballon et à la relance » selon Jorge Sampaoli. Et si l’OM marque moins dernièrement (notamment à causes de problèmes structurels lors des phases de relances, les offensifs ne sont plus trouvés dans des conditions aussi favorables qu’en début de saison), les Olympiens n’ont encaissé que deux buts sur les quatre matches disputés depuis la trêve internationale. Depuis le début de saison, l’OM est assez peu mis en difficulté défensivement, mais elle encaissait énormément de buts sur les rares situations défavorables. Ce constat s’est grandement liquéfié avec l’installation de Pau Lopez dans les cages olympiennes. Avec William Saliba, Leonardo Balerdi (puis Duje Ćaleta-Car) et Luan Peres, Sampaoli a trouvé trois (4) joueurs théoriquement capables de créer de grosses différences bas sur le terrain, qui n’hésitent pas à se projeter vers l’avant en attaquant les espaces vides et à casser les lignes adverses par la passe.

Ce qui frappe en premier chez William Saliba, c’est son aisance, son calme, son sang-froid. Sous pression, il n’hésite pas à dribbler son vis-à-vis, en l’attendant volontairement avant d’enchaîner avec un crochet extérieur ou intérieur. Cela donne souvent des sueurs froides aux supporters marseillais, mais c’est très régulièrement soigné. Saliba fait parti des tous meilleurs défenseurs de Ligue 1 en ce qui concerne le nombre de dribles tentés et réussis. Dans ce domaine, il se place 7ème de l’effectif (à 81% de réussite). En comparaison, ses deux compères de la défense centrale, Luan Peres et Leonardo Balerdi, se placent 12 et 13èmes de ce classement.

« Par rapport à ses débuts à Saint Etienne, je le trouve plus rassurant, plus confiant, sûr de sa force. La timidité ne transparaissait pas trop à Sainté. Mais là, on sent un patron. Quand il joue, on voit un leader qui prend de grosses initiatives, dans un contexte favorable avec Sampaoli. On l’a vu dédoubler côté droit contre Montpellier, Nice…il est quasiment dans la surface adverse, la méthode de son coach lui permet ça. »

Antonio Riccardi,

Son jeu de passe n’est pas en reste non plus. Sa facilité à jouer long, bien que cela ne soit probablement pas son point fort, lui qui excelle avec ses passes claquées au sol pour trouver des joueurs entre les lignes, colle parfaitement aux préceptes du jeu phocéenien. Saliba est le 3ème joueur de Ligue 1 réussissant le plus de passe vers le dernier tiers adverse, ainsi que le 8ème grattant le plus de mètres par la passe (étant défenseur central avec le jeu constamment face à lui, les chiffres sont un petit peu déformés par rapport à des joueurs plus haut placés) tout en étant le joueur de l’OM ayant le plus tenté de passes longues (125 après le déplacement à Nice), à égalité avec son numéro 10, Dimitri Payet. Sampaoli a besoin de ces renversements et les encourage. Avec des extérieurs collés à la ligne et très hauts sur le terrain (Under ou Lirola à droite, Konrad ou Henrique à l’opposée), le coach argentin doit impérativement disposer de centraux capables de changer le jeu quand son équipe fixe l’adversaire sur un côté, afin d’envoyer un de ces excentrés au duel via un renversement. Des situations très souvent retrouvées en début de saison, notamment grâce aux percussions de Konrad de la Fuente et Cengiz Under.

S’il brille par la passe, William se démarque aussi par ses prises d’initiatives balle au pied. Outre sa qualité de drible susmentionnée, le neo ex-Gunner est le 6ème joueur de la « Ligue des Talents » à gagner le plus de mètres par la course (progessive runs), le second dans l’effectif ciel et blanc derrière Luan Peres (respectivement à 2.3 et 2.22km). Cette facilité se démarque par une capacité à animer parfois seul son côté. Exclusivement aligné axe droit cette saison alors qu’il avait exclusivement évolué dans une défense à quatre depuis el début de sa carrière, Saliba couvre une surface de jeu impressionnante. Dans un style similaire au lensois Jonathan Gradit (heatmap n°2), lui aussi dans une défense à trois, Saliba fait le voyage entre sa surface et le dernier tiers adverse. Il lui arrive de dédoubler comme lors des déplacements à Montepllier et Nice, mais aussi de servir ses coéquipiers, après un dribble ayant éliminé la première pression ou non. Contrairement à Gradit, on voit que Saliba est davantage utilisé et touché lors des phases de relances courtes. C’est précisément la que ses qualités de dribbles sous pression et son jeu de passes peuvent s’exprimer au mieux.

La relance passée, il peut être touché plus haut sur le terrain. Il fait d’ailleurs partie du Top 3% des centraux du championnat qui tirent et touchent le plus de ballons dans la surface adverse. Mais malgré un grand nombre d’occasions franches pour son poste, il n’a toujours pas inscrit le moindre but sous le maillot olympien. Ouf, on lui a enfin trouvé un axe de progression.

Heatmap de William Saliba cette saison
Heatmap de Jonathan Gradit cette saison

Sur le plan défensif, Saliba est un mélange d’anticipation, de positionnement souvent impeccable est de vitesse. Jean-Luc Vannuchi, son ancien sélectionneur U19, expliquait au Telegraph Sport que Saliba lui rappelait à la fois Raphaël Varane et Virgil van Dijk. « Un mélange des deux styles. Avec Varane à cause de sa vitesse et de sa puissance, et avec Van Dijk, ce sont les interceptions, le positionnement sur le terrain qui sont similaires« . Il n’a pas de problème pour défendre en mouvement, vers l’avant comme vers l’arrière. Deux statistiques en particulier démontrent ces facilités. Ses interceptions généralement amenées par un grand sens de l’anticipation et de couverture de passes (2.34/90min), mais aussi et surtout ses pressions défensives. Il en réalise 10.18 par match, et est celui qui en réussit le plus à l’OM, et de loin. 49% de ses pressions se terminent par une récupération olympienne dans les cinq secondes qui suivent, loin devant Leonardo Balerdi et Duje Ćaleta-Car, respectivement à 39 et 38% de réussite dans ce domaine. À l’échelle du championnat, il se classe troisième derrière le stéphanois Harold Moukoudi et le grenat Dylan Bronn. Un autre point notable dans le cadre de ces pressions, ce sont leur propreté : Saliba est souvent peu fautif dans ce genre de circonstances, ne commettant que 0.55 fautes/90minutes, ce qui le place parmi les meilleurs dans ce secteur.

Le jeu de Sampaoli, l’amène souvent à gérer les couvertures dans son dos. La Ligue 1 est grandement composée d’équipes favorisant les transitions offensives, et le bloc haut phocéen laisse fréquemment de grandes distances entre sa ligne défensive et Pau Lopez, ce qui laisse de grands espaces à couvrir. Malgré ses immenses cannes, il possède une pointe de vitesse impressionnante pour son gabarit, lui permettant de défendre sur ce genre de situations. S’il peut être battu sur les premiers mètres, dès que les distances s’allongent, il prendra souvent le dessus. Une illustration ? Son intervention d’une très grande propreté en toute fin de match face à Kylian Mbappé contre le PSG (0-0), vous l’avez forcément

Sa grande faiblesse notable à l’heure actuelle se situe dans les airs. Depuis le début de la saison, il ne remporte que 52% de ses duels aériens, soit moins que Denis Bouanga ou Lucas Paqueta, malgré quelques centimètres en plus. Son jeu de tête, notamment sur coups de pied arrêtés défensifs, n’est pas toujours d’une grande propreté non plus, et c’est d’ailleurs la première fois de sa carrière qu’il est à tel point en dessous de ses standards. Il ne faut pas oublier qu’il a seulement 20 ans, et cela peut paraître parfois assez lunaire avec ce qu’il démontre chaque semaine. Il est normal qu’il ait encore des défauts, le temps sera la pour les gommer.

De quoi viser plus haut ?

Avec de telles prestations, William Saliba devrait vraisembablement postuler à une place en Équipe de France dans un futur proche. D’autant plus que les cadres et habitués des Bleus dans ce secteur patinent, comme Varane, Kimpembe, Zouma ou encore Lenglet. Si d’autres jeunes pousses mettent le nez à la porte (Dayot Upamecano, Jules Koundé, Ibrahima Konaté, Wesley Fofana), le récent passage en 3-5-2 effectué par Didier Deschamps paraît favorable à Saliba. Son concurrent naturel au poste axial droit semble être Jules Koundé, trimballé entre un rôle de piston et d’excentré depuis son intégration. La route semble donc toute tracée, à Saliba de continuer à nous éblouir pour espérer voir son nom être appelé par « DD ».

En attendant les Bleus, la fin de saison avec l’OM va se profiler, avant un très probable retour du côté de l’Emirates Stadium. C’est en tout cas ce que sous entend le coach des Gunners, Mikel Arteta. « On est en contact permanent avec lui. Edu (ndlr : le directeur sportif) et Ben Knapper (le responsable des prêts) étaient au match contre le PSG pour l’observer et garder le contactIl continue de faire ce qu’il doit faire, c’est-à-dire jouer beaucoup de matchs et être bon. Il y a de la place pour lui chez nous. Tout dépendra de l’avenir d’autres joueurs mais ce n’est pas une conversation à avoir maintenant. C’est une décision que nous prendrons cet été. »

Même si tout semble aller mieux ces dernières semaines à Arsenal, l’acquisition d’un joueur du calibre de Saliba ne serait pas de refus. Arteta aurait un merveilleux casse-tête au retour de Saliba à la fin de son prêt. Il ne faut pas oublier que des joueurs comme Sokratis Papastathopoulos et Mustafi étaient titulaires à Arsenal il y a encore deux ans, alors avoir trois jeunes talents à cette position ressemble à un véritable miracle.

Le staff d’Arsenal compte actuellement Ben White, Gabriel Magalhaes, Pablo Mari et Rob Holding dans son secteur défensif. On peut légitimement penser que Saliba ait au moins le niveau pour détourner les deux derniers cités. L’option d’une défense à trois, incorporant White et Gabriel -les deux hommes forts actuels de la défense rouge et blanche- en plus de Saliba, pourrait être explorée, bien que cette saison Arteta ait opté exclusivement pour une défense à quatre. Il ne fait aucun doute que lorsque Saliba reviendra, s’il revient, il faudra lui donner une chance de faire ses preuves. L’ancien Gunner et marseillais Samir Nasri a d’ailleurs déclaré qu’il « ne voit aucune raison pour laquelle Saliba ne devrait pas faire partie de l’équipe première d’Arsenal. »

Après des débuts tonitruants mais accidentés que cela soit sur le plan sportif comme personnel, la carrière de William Saliba semble, à 20 ans, avoir pris le bon chemin. Elle pourrait bien aller haut, si haut que côtoyer les étoiles ne lui semblerait pas impossible, car nous sommes bien la face à l’un des plus gros phénomènes français à son poste.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.