Mais d’où viennent les maillots thirds et pourquoi sont-ils si décalés ?

« Les couleurs peuvent en fait donner un avantage psychologique aux joueurs. L’idée est de créer un dynamisme sur le terrain inédit et qui offre in fine un avantage compétitif. » Ces mots, qui peuvent paraître surprenants au premier abord, sont ceux de Stuart McArthur, Directeur principal du design chez Nike. Issue d’une interview accordée en 2014 au site SoccerBible, cette réponse vient justifier les nouveaux troisièmes maillots de la marque à la virgule. Pour autant, ceux-ci sont fréquemment décriés par les fans, qui n’apprécient pas de voir les couleurs historiques de leur club ainsi dénaturées par un équipementier. Alors, quelle est la réalité des fameux maillots thirds, qui déchirent tant les passions ? L’intérêt de ces tenues est-il sportif, commercial ou les deux ? 

La réponse à cette question se trouve dans l’histoire de ces maillots, mais également dans leur rapport à l’économie du ballon rond. Cette article visera donc, modestement, à poser une réalité sur ces maillots, en cherchant à mettre en avant les différents points de vues de chacun, vendeur et acheteur. 

L’origine des maillots thirds.

Dans la langue de Shakespeare, les troisièmes maillots sont appelés « international kit », ou « ensemble international » en bon français. Cette étymologie renvoie au fait que, au commencement du football moderne, ces troisièmes maillots étaient ceux que les clubs utilisaient lors des coupes d’Europe, pour marquer une différence entre les compétitions nationales et internationales. Mais au-delà de cette simple question logistique, ce maillot supplémentaire a rapidement été vu comme un terrain à explorer pour les équipementiers, et une source de revenus supplémentaires. Un terrain a explorer d’abord, parce que contrairement aux maillots domiciles, dont les couleurs historiques sont intouchables, et aux maillots extérieurs, historiquement « négatif » des maillots domiciles, les troisièmes maillots n’ont pas d’ancrage particulier dans l’esprit populaire et sont facilement modulables. Il est ainsi possible pour l’équipementier de mettre en oeuvre des couleurs inédites dans le monde du football. 

Cette liberté artistique contribue à faire rentrer plus d’argent dans la caisse. En mettant en place de nouvelles couleurs, les fans étaient surpris de voir le blason de leur club de toujours associés à d’autres teintes que les sempiternelles bleus de Chelsea, rouge de Milan, blanc de Marseille etc… Ce qui, forcément, incite à la vente. Ces maillots permettent de se démarquer, dans un stade ou tout le monde est habillé de la même façon. Ils ont donc rapidement constitué un avantage économique pour les clubs qui en possédaient, et faisant jalouser les autres clubs. Ces derniers ont décidé de sauter le pas et de commander cette 3e série de maillot, sans pour autant se qualifier pour les compétitions européennes.

Ces maillots, d’origine purement sportive, se sont donc très vite vus dénaturés de leur fonction initiale. En passant ainsi de maillot honorifique des clubs à tête d’affiche des équipementiers, ils sont les plus touchés par l’évolution commerciale que prend le football depuis des années. Dans une interview accordée à Fausse Touche, l’équipementier Kappa nous précise les objectifs de ces maillots. Pour eux, le timing est très important car, en sortant ce dernier maillot 1 ou 2 mois après les deux principaux, il permet de relancer les ventes. Ce phénomène est d’autant plus accentué si le club est dans une bonne dynamique, avec des supporters heureux et motivés. Le buzz dépend donc en réalité plus des performances du club que de la qualité intrinsèque de la tunique.

Les raisons de ce changement de nature.

On l’a donc bien compris, les équipementiers se sont fait un plaisir de sauter sur ces maillots, véritables pages blanches dans la longue lignée des maillots de foot. Très vite, ces pages blanches se sont vues bariolées de toutes les couleurs, la plupart du temps très fluo. Mais si les motivations économiques et commerciales peuvent paraître évidentes, les équipementiers ne mettent pas cet argument en avant, préférant donner une raison plus sportive à l’existence de ces maillots flashy. Ces maillots ont de plus en plus vocation à être portés en dehors des stades, dans la rue comme vêtements de mode. C’est probablement cet effet que PUMA, nous y reviendrons, a recherché avec sa nouvelle collection, en allant jusque cacher les blasons des clubs.

Stuart McArthur expliquant le pourquoi du comment devant le maillot rouge du PSG, entre autre

Revenons à Stuart McArthur. Quand il affirme que ces maillots sont là pour donner un avantage psychologique aux joueurs, on peut avoir l’impression d’être pris pour un lapin de 6 semaines. Cette impression à beau être légitime, il se trouve que le discours du chef de design de Nike n’est pas fondé sur du vent. La Chromatothérapie est une médecine alternative qui consiste à plonger les patients souffrants de troubles du comportement dans des endroits exclusivement peints d’une certaine couleur dans le but de stimuler leur cerveau et de les calmer. Cette médecine « alternative et complémentaire » selon les termes de l’Ordre des Médecins, est fortement critiquée par ces derniers qui ne voient pas de preuves concrètes de l’efficacité de cette méthode. De plus, cette méthode est souvent utilisée par des charlatans en quête de revenus plus que de bien-être du patient. C’est ce qui a poussé l’organe de surveillance des dérives sectaires MIVILUDES à s’opposer a son utilisation en France.

Pour conclure sur cette partie, on retiendra que derrière la justification pseudo-scientifique de McArthur se cache en réalité une pratique assez obscure et peu recommandable, a l’image de ses maillots finalement.

Quel avenir pour ces maillots.

On l’a compris, les maillots third sont désormais sur le devant de la scène des maillots de foot, et ils le seront probablement pour longtemps encore. Si certains clubs tentent d’organiser la résistance, les équipementiers se sentent aujourd’hui pousser des ailes. Pour preuve, la dernière trouvaille de l’équipementier allemand PUMA. En charge de la réalisation des troisièmes maillots d’une dizaine de clubs cette saison, le résultat est pour le moins surprenant… ou déconcertant, en fonction du point de vue. PUMA décide de totalement « réinventer » le maillot, en supprimant le blason des clubs pour mettre leur nom en lettres capitales au milieu du vêtement, avec le logo de la marque juste au-dessus. Certains auront la chance de voir leur blason en surbrillance un peu partout, quand d’autres le verront tout simplement disparaître. Ce maillot, plus proche du t-shirt d’entraînement que du maillot de foot à proprement parler, sème la discorde chez les fans, qui ne reconnaissent plus leur club dans cette tunique. 

La collection PUMA, qui laisse songeur….

Les maillots third, partis pour rester, prennent une dimension de plus en plus marketing et symbolique. Le Paris Saint-Germain est un très bon exemple de cette nouvelle tendance. 

En 2016, le club de la capitale prend une nouvelle dimension en signant le brésilien Neymar en provenance du FC Barcelone. Étonnement, c’est cette même année que le club choisi, en accord avec Nike, de sortir un troisième maillot entièrement jaune, pour « rendre hommage aux joueurs brésiliens qui ont fait la gloire du club », selon les mots du service presse du club. Hasard ou coup de comm’ bien orchestré ? Libre à vous de trancher.                                                                                                  

Le jaune n’est donc pas une couleur historique du PSG, pas plus que le pourpre. C’est pourtant bien cette couleur que l’on retrouvera sur le troisième maillot du club parisien pour la saison 2020-2021, maillot non plus produit directement par Nike mais par Jordan Brand. Mélangée au blanc, cette couleur étonnante fait bien sûr penser au drapeau du Qatar, état du Golf propriétaire du Paris Saint-Germain. Le club, à notre connaissance, ne donnera jamais d’explications précises sur ce choix. 

En conclusion, la machine marketing que représentent les maillots third a encore de beaux jours devant elle. Avec un vrai sens logique au départ, les fans se sont vus dépossédés des maillots par les équipementiers, qui poussent la commercialisation au-delà des simples limites du foot.

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