Au FC Midtjylland, le classement ment toujours

« Méfiez-vous de vos yeux ». Voici le leitmotiv de la direction de Midtjylland. À l’instar de son voisin et cousin, le FC Nordsjaelland, ce club danois casse les codes. Que cela soit par sa vision parfois effrayante du football ou ses méthodes de travail, les récents vice-champions de Superligaen détonnent. Dans un pays où l’innovation est (une) constante, ce petit club toujours pas trentenaire ne fait pas figure d’exception, et depuis quelques années, s’installe doucement tout en haut d’un football danois qui tente de sortir d’une spirale jadis peu positive. Plus encore, Midtjylland est devenu l’une des têtes d’affiche du football nordique. Focus sur des Loups pas comme les autres, avant-gardiste de la révolution analytique du football.

Le FC Midtjylland, ou plus littéralement le “Le Football Club du Centre Jutland”, produit de la fusion du « Herning Fremad » et de l’ « Ikast FS » en 1999 (cette union comprendra aussi les clubs de tennis, badminton et handball), est un étrange club basé à Herning, bourgade de 90 000 habitants perdue au beau milieu du Jutland (nom donné à la péninsule formant la partie continentale du Danemark), au nord ouest du pays. Une région surnommée « La Plaine » où le hockey sur glace est roi, à l’instar des régions forestières finlandaises (sauf qu’au Jutland, on ne fait pas Rallye). Supporters et chaleur totalement absents de par son placement sur le planisphère, pas l’endroit idéal pour voir naître une ambitieuse structure footballistique. Pourtant, c’est dans cet environnement hostile que va sortir de terre le club des « Loups » (surnom dû à la présence de ce mammifère sur les terres du Jutland il y a de cela deux siècles) au nom mi-danois, mi-britannique, phénomène populaire au Danemark il y a une vingtaine d’années. Initialement intégré à la seconde division danoise l’année de sa création, Midtjylland obtiendra son ticket pour la Superligaen dès l’année suivante.

MCH Arena - Info-stades
La MCH Arena, antre du FC Midtjylland (©Info-stades)

Durant ses quinze premières années d’existence, le FC Midtjylland sera un club moyen, au mieux ponctuellement prétendant au podium de première division danoise, montrant parfois le bout de son nez en Europa League. En 2004, il instaurera « l’Akademi » (mais on y reviendra plus tard), première réelle académie de football à la structure claire et définie au pays de Martin Braithwaite. Ce projet sera accompagné de partenariats, notamment en Afrique, avec le club nigérian du FC Ebedei, dont , entre autres, Oluwafemi Ajilore, Sekou Oliseh, Frank Onyeka -actuel joueur des Bees- ou encore Sylvester Igboun sortiront, avant d’être vendus par Midtjylland vers la Russie, les Pays-Bas ou…Brentford. Ce centre de formation novateur rafle tous les jeunes talents de la région et d’ailleurs, se plaçant très vite comme une référence danoise. Mais c’est en 2014 que le destin de ce club frigorifique va changer, grâce à la rencontre entre deux hommes : Rasmus Ankersen et Matthew Benham. Ce dernier est en 2014 le propriétaire du Brentford FC, -fraichement promu en Premier League, vainqueur de son premier match dans l’élite depuis 74 ans-, diplômé en physique, mais surtout parieur professionnel, notamment détenteur de Smartodds et Matchbook, deux entreprises analytiques spécialisées dans les datas sportives. Leur but ? Etre plus malin que les bookmakers traditionnels pour pouvoir faire plus d’argent dans le secteur des paris footballistiques. Benham est devenu richissime en utilisant des modèles mathématiques pour prédire les résultats du football avec l’aide de ses bookmakers 2.0. À noter qu’il pense pouvoir réitérer cela sur le marché des transferts ainsi qu’au niveau du jeu produit sur le rectangle vert grâce à son modèle. Ankersen est lui en écrivain, auteur de « The Gold Mine Effect » -un essai sur l’ascension sociale et économique à travers ce que peut nous apprendre la réussite des athlètes-, né dans le coin, ancien joueur du FCM dans ses tendres années. Les deux hommes se rencontrent un peu par hasard avant de s’allier puis s’attaquer à un club en proie à d’immenses difficultés financières, qu’ils rachètent pour la modique somme de 8.5 millions d’euros. De là, tout va changer à Midtjylland, de la stratégie de recrutement aux entrainements, en passant par la philosophie de jeu. Les Loups seront d’ailleurs champions dès la première saison de Benham à la présidence.

Des statistiques et encore des statistiques.

L’innovation est essentielle quand l’on a pas l’argent pour concurrencer les mastodontes européens, la réflexion doit donc être poussée au maximum, telle est la vision du FC Midtjylland. Le club d’Evander, de Pione Sisto, Jonas Lossl ou encore de Simon Kjaer va donc voir son mode de vie être radicalement bouleversé. Un fonctionnement flambant neuf qui lui permettra d’être de nouveau sacré en 2017-2018 et 2019-2020, soit trois fois en sept saisons (vice champion en 2018-2019 et 2020-2021), en plus de proposer de belles épopées en Youth League, avec des joueurs uniquement venus du comté ou presque. Au niveau européen, le club fera ses débuts dans la plus prestigieuse des compétitions européennes lors de la saison 2018-2019, après avoir atteint les 8èmes de finale en Europa League en 2016, éditions lors de laquelle ils auront battu Manchester United 2-1 à la maison lors de ces mêmes huitièmes, avant finalement de se faire sortir par les Red Devils au théâtre des rêves.

Pourtant, le club a un budget annuel tournant autour des sept millions d’euros (au sein d’un championnat où les transferts n’excèdent jamais quatre millions), alors comment est-il possible pour ce club de bourg d’aller titiller les deux grands danois, Bronby et Copenhague, habitués aux joutes européennes, et même parfois quelques gros clubs étrangers ? Imaginez un monde où les statistiques ont un rôle prépondérant dans chaque prise de décision : « Les données sont moins imparfaites que les yeux humains et la capacité humaine à faire des jugements. Nous ne pouvons pas dépenser plus que nos concurrents. Nous devons donc être plus malins qu’eux [les clubs plus riches]. Et nous pensons qu’une analyse minutieuse des données sur les championnats, les équipes et les joueurs peut nous donner un avantage », selon Rasmus Ankersen, depuis devenu président du club.

« Matthew Benham est le facteur x. Son argent est très important. Mais son utilisation des statistiques et des mathématiques est la chose supplémentaire qui nous donne l’avantage. C’est comme Moneyball ».

Erik Sviatchenko, défenseur évoluant à Midtjylland depuis 2009

Principe numéro un : ne faites jamais confiance à vos yeux. Vos cinq sens, c’est bien, les chiffres, c’est mieux. Les statistiques et la data ont déjà une place prépondérante dans le football du XXIème siècle, mais la différence avec le club d’Herning, c’est qu’ici, leur utilisation n’est pas complémentaire. Les statistiques, souvent avancées, sont le principal outil de décision de Rasmus Ankersen et son staff, c’est le MoneyBall, procédé fortement médiatisé au tournant de la dernière décennie grâce au « Stratège » (en version française), film de Bennett Miller. Le principe de base de Midtjylland, c’est de ne jamais utiliser le simple classement du championnat pour évaluer les performances. Tout est basé sur les résultats apportés par les entreprises analytiques de Benham. Ce modèle permet de suivre un cap malgré le classement ou, à l’inverse, de faire des changements, même si en apparence tout va bien. Selon Midtjylland, le football est régi par les émotions et non par l’intelligence humaine. C’est un raisonnement extrêmement cynique il est vrai, et pour contrer ce phénomène, les Loups ne croient ou presque que les datas, qui permettent elles d’évacuer les décisions irrationnelles, émotionnelles. Pas de grinta, uniquement du pragmatisme, de l’intelligence. Pour Midtjylland, cela donne un avantage sur des clubs plus riches, plus dépensiers, mais moins éclairés.

« Dans le football, les histoires que nous nous racontons sont souvent fausses. Regardez ce qui se passe lorsqu’une équipe traverse une mauvaise série de résultats. Les fans et les médias cherchent à tout prix une raison pour l’expliquer. C’est la même chose lorsqu’une équipe obtient de bons résultats. En 2018-2019, par exemple, nous avons remporté le championnat avec 14 points d’avance. Les gens disaient que nous faisions des progrès fantastiques. Mais quand vous regardez les données sous-jacentes, nous ne nous sommes pas vraiment améliorés. Nos concurrents les plus proches ont juste régressé. »

 

Rasmus Ankersen, président du FC Midtjylland

Grâce à l’utilisation de ce que le club appelle les key performance indicators, c’est à dire les occasions de but, les duels gagnés, l’intensité des courses, les actions subies, le taux de passes et courses progressives etc…Midtjylland peaufine un modèle pondéré où les derniers matchs comptent plus que les matchs d’il y a six mois et apporte des données prédictives sur le futur des équipes analysées.

Dans les faits, qu’est-ce que cela donne ?

Les décisions à court et à long terme ne seront plus prises comme avant par le petit frère fauché de Liverpool : des joueurs ont été recrutés parce que les algorithmes ont permis de les identifier comme des prospects sous-évalués par les statistiques et clubs traditionnels. L’évaluation des matchs par les entraîneurs s’appuie désormais essentiellement sur les modèles mathématiques utilisés par le board, en plus de l’oeil humain, pour ne pas dire qu’il le remplace. Les coups francs -vus comme sous évalués dans le foot par Midtjylland- sont devenus une sorte d’affaire d’État, avec des réunions mensuelles sur les coups de pied arrêtés entre les joueurs, entraîneurs, Rasmus Ankersen et, parfois, un consultant extérieur, comme d’anciens entraîneurs ou joueurs NFL, eux qui s’y connaissent forcément en situations arrêtées…En 2014-2015, Midtjylland inscrira d’ailleurs plus d’un but en moyenne par match sur coup de pied arrêté, plus que tout autre club danois. Des statistiques au niveau de la formation de Diego Simeone sur cet exercice. Toujours sur le terrain, le staff a, après une étude, cartographié les zones de jeu suivant la valeur des xG dans ces différentes zones. En match, les joueurs sont le plus possibles amenés dans les espaces aux xG les plus élevés, pour, en théorie, maximiser leurs chances de faire mouche après une frappe.

L’engagement d’entraineurs individuels afin de maximiser la performance des joueurs ainsi que d’un coach des touches viendra parapher ce changement de cap de geek. Cet entraîneur des touches, Thomas Gronnemark, sera plus tard débarqué par Liverpool au vu des résultats exposés par Midtjylland sur cet aspect du jeu. Avec lui, les statistiques de Liverpool en matière de conservation du ballon sur les phases de remises en touches sous pression sont passées de 45,4 % à 68,4 %, ce qui les a fait passer de l’une des pires équipes de Premier League dans ce domaine à la deuxième meilleure équipe d’Europe. L’équipe qui les précède ? Midtjylland. On vous laisse avec ce qu’aurait pu exclamer Thierry Henry suite à cette découverte.

Les entraîneurs principaux eux bénéficient d’un suivi accru de la part des algorithmes du club : à chaque mi-temps des matchs disputés par leurs équipes, les coachs reçoivent des SMS sur leurs téléphones, pour les aider dans leur compréhension du match ainsi que pour leurs adaptations tactiques à venir. Ces messages sont principalement constitués d’acronymes. Parmi les acronymes, deux statistiques ressortent : les chances et les demi-occasions de chaque équipe, ainsi que le score attendu en fonction de la qualité de chances créées par chaque équipe. Le raisonnement est simple : selon ce logiciel, le football est un jeu à faible score, et les occasions manquées, la chance ou les mauvaises décisions de l’arbitre font qu’une équipe jugée plus forte sur la rencontre gagne moins souvent que dans d’autres sports; ces données devraient donc donner aux entraîneurs une évaluation plus précise de la façon dont le score reflète le match. Au-delà de ces statistiques avancées, l’entraineur reçoit le nombre de kilomètres effectués par les joueurs, le niveau d’intensité des courses, les performances individuelles, etc…le logiciel fixe même des paliers à atteindre à la fin du temps règlementaire pour certaines de ces statistiques. En parlant de l’entraîneur, ce dernier ne peut être renvoyé sur la seule base d’un résultat brut comptable. Contrairement à la majorité des clubs où le classement fait foi, à Midtjylland, pour perdre votre emploi, il faut que le modèle d’analyse statistique du club trouve quelque chose à redire sur votre travail, et non pas que vous soyez bien trop bas au classement. Le club dispose même de son classement du championnat (appelé classement de la justice) qui indique où chaque équipe se situerait au classement en fonction de chiffres sous-jacents -appelons-les comme cela-, calculés par l’équipe de Benham chez Smartodds. L’idée répandue, c’est qu’à la fin d’une saison, tout le monde a ce qu’il mérite, que la « justice » prévaut sur tout. Mais le football est en réalité un sport qui dépend tellement du hasard que cela rend cette théorie fausse. La meilleure équipe ne gagne pas toujours, même si un classement au bout de 38 journées est bien plus représentatif du niveau réel qu’au bout de 10 matchs disputés. Mais alors, quelles sont ces données sous-jacentes utilisées pour déterminer un classement équitable, parfait, « juste » ? Si le club les garde confidentielles, Søren Bjerg, l’analyste en chef des performances sportives, délivre quelques petits indices, en indiquant que « les expected goals y sont intégrés par exemple, ainsi que la manière dont les adversaires se sont comportés et si une équipe a changé d’entraîneur, etc. Il y a beaucoup de variables. »

Midtjylland celebrate their win over Copenhagen in November last year
Les joueurs de Midtjylland célébrant le troisième titre de leur histoire avec leur public (Photographe: Lars Ronbog/FrontzoneSport/Getty Images)

À propos de ces changements méthodiques, le club a construit son propre « manifeste » comme le décrit Rasmus Ankersen : son club n’est bon uniquement quand son modèle, et pas un autre, le dit. Son modèle prend le pas sur tous les autres moyens d’analyses dont le football dispose. Si Midtjylland mène la Superligaen mais que le board remarque de grosses lacunes, alors de gros changements adviendront. À l’inverse, il y a cinq ans, le club a terminé la saison à la quatrième place de son championnat domestique. Alors que tout le monde s’attendait à ce que le coach soit démis de ses fonctions, Ankersen et Benham ont, après multiples réflexions et analyses sur le jeu et les performances de leur équipe, estimé que cette dernière avait très largement sous performé, en plus d’avoir subi une malchance hors-norme, presque inconcevable. L’entraineur a été conservé, Midtjylland sacré la saison suivante.

Midtjylland croit aussi très fortement au fait de ne pas se recroqueviller sur son propre but lorsque son équipe se met à mener. En résumé, Midtjylland a compris que pour conserver son avantage au score, il ne fallait pas faire l’inverse de ce qui avait été réalisé footballistiquement pour gagner ce fameux avantage. Marcelo Bielsa en a les larmes aux yeux. A 1-0, pas question de parquer deux lignes de quatre devant ses cages, il faut absolument chercher à marquer le deuxième, puis le troisième but, et ce le plus vite possible. Cette conviction vient d’une étude statistique réalisée par ses analystes, et qui sied philosophiquement très bien aux dirigeants : « Mais cela convient également à notre style de jeu », affirme Søren Bjerg. « Notre état d’esprit n’est pas de rester assis. L’ADN du club est de réaliser des choses plutôt que de protéger ce que l’on a déjà. » Mais cette vision ne s’arrête pas au jeu.

Moins de stade, plus de vidéos.

Au niveau des transferts, là aussi, le club fait différemment. Tous les recruteurs ne mettent pas un pied dans un stade de foot. Curieux pour recruter des footballeurs…Tous sont concentrés sur Londres, qu’ils travaillent pour Midtjylland ou pour Brentford, on la rappelle, aussi détenu par Matthew Benham. En fait, Midtjylland s’interroge sur l’utilité même de se rendre au stade pour évaluer les joueurs en direct, en vrai, en face. Selon eux, un seul ou quelques matchs ne vous apprennent rien en tant que recruteur. Si vous basez votre opinion d’un joueur sur quelques matchs auxquels vous avez assisté, cela va brouiller votre vision globale des qualités du joueur en question. C’est un petit échantillon. Sous l’égide des deux entreprises, SmartOdds et InStat Scout, ces « scouts » se voient donc proposer quantité de joueurs, qu’ils scoutent ensuite à travers leurs écrans. Les joueurs sont recrutés par rapport à des algorithmes permettant d’identifier des qualités sous-évaluées, non perçues par le commun des mortels. Cela permet de mieux exploiter le marché de transfert en utilisant les données d’une manière plus intelligente. Théoriquement, le club pourrait utiliser sa base de données pour trouver n’importe quel arrière gauche ambidextre dans le monde, âgé de 22 à 26 ans, qui n’a pas été blessé au cours des 18 derniers mois – tandis que l’ajout récent de données de tracking leur donne « un avantage supplémentaire » – : « Avant, nous avions un recruteur – et il passait la moitié de son temps à entraîner », explique le club. « Maintenant, nous avons une équipe à Londres qui calcule les chiffres et suggère des cibles appropriées. Nous sommes passés de l’utilisation de notre cœur à celle de notre cerveau. »

Ces recruteurs mi-recruteurs, mi-assistants bureautiques, enchainent les scouting reports, les vidéos centrées sur le joueur, avant de commencer leur travail psychologique. Pour Midtjylland, la tête d’un joueur est presque aussi importante que ses pieds. Ce n’est pas un hasard si le club essaye de dresser des profils psychanalytiques de ses joueurs par couleur, en plus d’organiser des rendez-vous pour essayer de cerner la mentalité de ses protégés. C’est pour cela que les couts organisent ensuite des meetings avec les joueurs qu’ils ont sorti du paquet, afin de déterminer leur degré de motivation, résistance au stress, capacité de réflexion et tout ce qui s’en suit. Le club consulte l’avis extérieurs de personnes ayant précédemment côtoyés les joueurs visés, c’est à dire leurs anciens entraineurs ou coéquipiers, en oubliant pas de consultuer les forums ou réseaux sociaux de leurs ex-clubs. “Si 1000 fans ont vu un joueur jouer 50 fois et qu’il y a une cohérence, une représentativité dans ce qu’ils disent, c’est que c’est probablement vrai” dixit Rasmus Ankersen.

Lars Hallengreen, le directeur du scouting de Midtjylland, avance que le processus de recrutement de son club est basé sur 30% d’analyses et d’interprétations statistiques, suivi de 70% de visionnage pour cerner les qualités et défauts des prospects suivis. Ajoutez à cela un petit peu de travail psychologique pour évaluer l’intelligence du joueur, sa faculté à faire face aux différentes situations qu’il peut rencontrer avant et pendant un match, entre autres.

Malgré le fait qu’il soit devenu l’un des clubs les plus puissants de Superligaen, Midtjylland n’en reste pas moins limité économiquement. Une erreur de casting n’est même pas ne serait-ce que pensable, il faut donc limiter au maximum les paramètres extérieurs pouvant faire capoter un transfert. La méthode exactement opposée à ce que l’on peut connaître au Brésil selon Ankersen : « Le marché des transferts brésilien est vraiment chaotique », dit-il. « La valeur d’un joueur peut changer de quelques centaines de pour cent en quelques mois. C’est un marché hautement irrationnel et émotionnel. Mais si vous pouvez récupérer des joueurs quand ils sont au plus bas de leur valeur, alors il y a l’opportunité de faire une plus-value. » Habituellement, les clubs danois sont davantage formateurs que recruteurs, ou, s’ils le font, seulement à bas prix. C’est exactement ce qu’a fait Midtjylland, au Brésil justement, avec son arrière gauche Paulinho, et son numéro 10, Evander, ce dernier s’étant presque perdu à Vasco De Gama malgré un talent plus qu’indéniable. Des bons coups que les clubs danois revendront très souvent en Belgique ou aux Pays-Bas pour tenter de combler le déficit structurel auquel ils font tous face. Le système danois fait que les clubs sont obligés de vendre leurs meilleurs éléments chaque saison pour pouvoir survivre, souvent désemparés et sans solutions quand des clubs du « Big 5 » viennent dégainer leurs chéquiers pour acquérir quelques pépites scandinaves. Des ventes nécessaires, mais jamais faramineuses. Avant le coup de folie de Crystal Palace qui lâchera 18 millions de livres pour s’attacher les services d’Alexander Sorloth, de…Midtjylland, le championnat danois voyait plutôt partir ses joueurs pour moitié moins. En 2006, Daniel Agger avait par exemple quitté Bronby pour Liverpool, avec un virement de 8,5M€ à la clé, ex vente record pour la Superligaen.

Côté acquisition(s), Rasmus Ankersen et Matthew Benham savent calmer leurs ardeurs. Grâce à leur méthode de recrutement, chaque transfert est coupé en entrecoupé pour flairer les bonnes affaires. Comme avec Tim Sparv, milieu de terrain finlandais ayant disputé l’Euro cet été. Un joueur transféré depuis Greuther Fürth, évoluant au sein de la très méconnue Bundesliga.2. Ce qui a fait craquer Midtjylland ? Ses qualités de placement ainsi que sa personnalité balle au pied, jugées au-dessus de la moyenne, son taux de scans effectués à la minute pour évaluer l’environnement dans lequel il évolue, notamment. Son équipe, le Greuther Fürth, était aussi vue par Midtjylland comme une équipe de grande qualité. Selon Ankersen et ses hommes, les ex-coéquipiers de Sparv avaient les qualités intrinsèques pour pouvoir être compétitifs en Premier League au vu de leur niveau de jeu et productions footballistiques. Après ce constat plus que surprenant, Midtjylland s’est intéressé aux joueurs qui avaient le plus d’apparitions pour le club, et qui étaient donc les plus responsables du fait que Fürth jouait selon eux au niveau d’une équipe membre de l’un des championnats les plus compétitifs de la planète. En tête de cette liste : Tim Sparv, ils ont donc sauté sur l’occasion. À propos du milieu compatriote de Keke Rosberg, Ankersen déclarera : « Les entraîneurs de nos adversaires sont souvent impressionnés par ce qu’il fait. Sparv a rarement ce mérite, mais nous pensons que c’est parce que son positionnement est excellent. Il voit les problèmes avant qu’ils ne surviennent et n’a donc pas besoin de tacler ou de courir autant que d’autres milieux de terrain centraux ». Midtjylland a aussi réalisé la plus belle bascule de l’histoire avec Dominick Drexler, vendu à Cologne pour 4,5M€ après avoir été acheté 2M€ depuis Kiel…vingt jours plus tôt. Chance, travail rondement mené, à vous d’en décider.

Malgré une gifle reçue en barrage accessit à la Ligue des Champions face aux PSV Eindhoven (4-0 au cumulé des deux matchs) après avoir éliminé le Celtic Glasgow au tour précédent, le FC Midtjylland continue sa marche en avant. Actuel second de Supeligaen après cinq journées disputées, le club d’Herning disputera de nouveau une coupe d’Europe cette saison, l’Europa League pour cette fois. En sept ans, avec le tandem Ankersen-Benham à sa tête, Midtjylland est passé d’un simple outsider domestique à un multiple couronné, multiple participant aux joutes européennes. Certains clubs seront très probablement réticents à une approche similaires à celle des Loups, mais Midtjylland a peu être ouvert la voie à une nouvelle ère footballistique, celle de la surutilisation des datas.

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