« L’ancrage territorial en France est plus important que l’ancrage national. »

Comment s’est organisé le groupe de supporters des Irrésistibles Français ?

Fabien Bonnel (FB) : C’est venu assez naturellement du manque d’ambiance au stade de France au début des années 2000.
Le point de départ vient de mon expérience, fin 2001, début 2002. J’avais déjà fait des matches dans des stades de L1 avec des ambiances de L1. J’avais été au moins autant intéressé par ce qui se faisait en tribune que sur le terrain.
À ce moment la France est donc championne du monde et championne d’Europe en titre, et je me dis que je vais aller voir ces joueurs qui m’ont fait rêver. Je fais mes premiers matches et je constate l’absence d’ambiance, malgré l’existence d’un groupe de supporters. Des joueurs se font même siffler, Karembeu à l’époque (27 mars 2002, France – Écosse, ndlr).
J’étais à l’autre bout du stade par rapport au club des supporters, je constatais qu’il n’y avait rien. De mon côté, je m’enflammais, je chantais des Allez les Bleus assez classiques.
Je me suis un peu informé sur ce club des supporters, je les ai contacté en leur disant que j’étais motivé pour les rejoindre, puis en les rencontrant, motivé pour animer le truc.
Donc j’arrive au club des supporters en 2002/2003 et je fais mes premiers matches avec eux. Le mégaphone est libre, alors je le prends. J’essaie d’animer la tribune. Ça prend du temps avant que ça passe, ça a duré approximativement 9 ans avant que quelque chose ne s’entende !
J’ai essayé de rallier à moi les supporters, j’ai mis d’abord quelques matches avant de me faire connaître, avant de trouver des gens qui voulaient me rejoindre. Ce n’est pas évident, car des matches de l’EDF, il y en a 4-5 par an, ça prend beaucoup plus de temps que pour des clubs.
En 2004, ça a commencé à se développer. L’Euro au Portugal a fédéré beaucoup de monde, on s’est retrouvé à un trentaine, une quarantaine, un public familial qui avait envie de chanter, d’encourager. À l’époque, on ne peut pas parler de culture ultra ou de personnes qui s’en rapprocheraient.
En fait le club des supporters (il était une création de la FFF, géré par Havas) s’arrête en 2005.
Notre petit groupe se constitue alors en association. C’est un groupement régional, c’est à dire l’association de supporters du groupement Île de France.
Le club des supporters meurt, et les gens qui se retrouvent le bec dans l’eau pour aller en Allemagne sont aiguillés vers nous. On se retrouve à 300. On vivote comme ça jusqu’en 2012 environ. Jusqu’alors, il n’y avait aucune volonté de la FFF pour permettre à un mouvement de supporters d’émerger. La Fédération a trainé les stigmates des débordements de France Algérie et préférait un public assis, calme, pour gérer plus facilement et éviter les problèmes de sécurité.

À ce moment, d’ailleurs, dès qu’on se levait on se prenait des sandwiches, des canettes de sodas et les spectateurs faisaient intervenir la sécurité pour nous faire assoir.

Une personne, Florent Soulez, s’empare donc du sujet en 2012, et réunit les responsables d’associations de supporters qui existaient, des assos notamment régionales qui assuraient la logistique vers le stade France. Est fait un bilan de l’existant, face aux problématiques qu’il y avait. La première que nous lui avions fait remonter était que nous ne pouvions pas nous lever, ni avoir un matériel d’animation. Dès qu’on gênait la visibilité des autres spectateurs, on se faisait rassoir, limite sortir du stade si ça commençait à chauffer.
Au bout de 2 matches, la tendance s’inverse et la tribune supporters est identifiée. Un supporter y va désormais en connaissance de cause et s’il n’est pas content, ça sera à lui de se déplacer.
C’est à partir de ce moment qu’il y a eu un grand virage. On a pu commencer à se montrer. Avant nous chantions assis, on avait ni matériels, ni drapeaux, on ne pouvait pas poser de banderoles à cause des panneaux publicitaires devant la tribune. Nous avons pu bâcher le nom de l’asso et rallier les personnes qui voulaient rejoindre en tribune.

Lorsque le groupe s’est bâti, quelles ont pu être ses influences ?

FB : Les influences sont majoritairement françaises. On s’est surtout inspiré de ce qu’il se passait dans les tribunes françaises.
Les modèles de supportérisme impressionnants qui existent à l’échelle nationale sont ceux des pays de l’Est. Nous n’avons pas la vocation de ces pays, donc des Balkans, serbes, croates, ou des polonais, ukrainiens, qui ont une tendance autant de passionnés de football, que de tendances cocardières, patriotiques, de mettre en avant la grandeur du pays. Nous n’avions pas de références étrangères, alors elles étaient locales.

Sur la première décennie des années 2000, nous étions raillés, moqués sur le supportérisme en France , la faiblesse de l’ambiance de l’EDF. Peu à peu, force a été de constater que cela a changé. Aujourd’hui, ceux qui nous décriaient viennent finalement se renseigner sur le modèle pour développer leur supportérisme.

Il y a des groupes dans tous les pays. Nous n’avons pas vraiment de contacts avec les groupes étrangers, toutefois nous faisons partis du FSE, Football Supporters Europe, une association de représentants de supporters à l’échelle européenne, liée à l’UEFA

Par exemple sur le dernier Euro, je me suis rendu compte que des groupes espagnols existaient bien et que je n’en avais pas la connaissance. Ils ont bâché, et on s’est rendu qu’ils existaient, sans qu’ils ne soient forcément affiliés ou vraiment grands.
À l’inverse des clubs des pays de l’Est, c’est vrai qu’on subit beaucoup le calendrier et le faible nombre matches annuel, le coût important des déplacements. Ce n’est pas que des déplacements en France, dans un derby, entre deux villes. Ce n’est pas la même assiduité, le même suivi, alors ça met plus de temps à se mettre en place. Rater un match, c’est rater près de 20% des matches de l’année.

C’est aussi pour cette raison que nous ne sommes jamais critiques envers les autres groupes, car on connaît toutes ces galères.

Comment cela se fait-il que le « grand public » s’enquérisse du football français une fois les compétitions internationales venues ? Quel est l’avis de Chroniques Bleues ?

Bruno Colombari (BC) : Tout dépend de ce qu’on entend par grand public. Un public plus large que celui des connaisseurs du foot ? Si c’est celui-là, on peut avancer sans trop de risque que c’est lié à la médiatisation de ces compétitions. C’est un peu comme les JO ou le Tour de France : on peut s’y intéresser sans rien connaître au cyclisme ou au judo. Après, forcément, on ne peut pas attendre de ce grand public d’avoir des avis nuancés. C’est tout blanc quand on gagne, tout noir quand on perd.

Comment expliquez-vous cet aspect fédérateur des français autour de l’équipe nationale ?

FB : L’équipe de France fédère au-delà des supporters de foot. On parle évidemment d’un public plus lambda. Ceux qui se réunissent sur les terrasses, les potes de potes qui se voient le temps d’une soirée, qui se disent « tiens on va mettre un t-shirt bleu », « tiens ce soir il y a la France qui joue, je vais mettre 2-3 couleurs sur le visage. Et je vais être supporter de l’EDF ce soir. » C’est aussi un prétexte pour se retrouver, pour s’amuser.
Tu as là les supporters des grandes compétitions, qui dégagent une atmosphère festive.
Nous, on est déjà plus des personnes qui veulent s’impliquer sur le supportariat de l’EDF. Vous voulez vivre le match pleinement , avoir un impact sur le match, encourager l’équipe. Sur les adhérents, sur notre communication, on cherche à attirer des supporters actifs. Il y a pleins d’autres façons respectables de supporter et pas besoin d’aller dans une association pour aller voir un match de l’équipe de France tranquillement
On cherche ceux qui veulent vivre le match. Nous sommes donc passionnés de football de notre côté.
L’âge moyen de nos adhérents est 35 ans dans l’association, pour 85% d’hommes. À l’intérieur de ça, tu as toutes les composantes d’un passionné de football, de la mamie ou l’enfant de 4-5 ans, des familles jusqu’aux ultras de club, assidus. Et en fait on donne cette image d’accueillir ce melting pot, toutes ces tendances de supporters. Notre force est d’avoir réussi de faire entendre toutes ces populations qui vivent les matches le football différemment.. Pour certains des éléments moteurs, d’autres des suiveurs et notre force c’est d’avoir réussi à faire prendre toute cette ambiance que tout le monde s’entende et vive sa passion quelque soit son supportérisme.
Dans la tribune les supporters sont placés en fonction du déclaratif au moment de l’adhésion, très actif, actif, neutre, ou passif, ils seront plus ou moins bas pour arriver à entraîner les autres, ceux qui suivent épisodiquement ou ceux qui viennent sans pour autant oser, et réussir à chanter tous ensemble. Tout le monde s’y retrouve, c’est ce qu’on essaie de faire.

Comment a évolué les rapports du « grand public » à l’EDF ?

BC : Jusqu’aux années 1980, il n’y avait pas vraiment d’intérêt du grand public pour les Bleus, même si c’est un concept qui n’a pas vraiment de sens pour moi, un peu comme l’opinion publique. Après, avec la génération Platini, les Bleus ont commencé à gagner des titres et à être reconnus, y compris par les amateurs de foot. 1998 est évidemment une étape décisive dans l’identification des Français à leur équipe nationale. Je veux saluer aussi le gros travail fait par les associations de supporters, et notamment les Irrésistibles Français depuis 2010, pour créer une vraie ambiance de football dans les stades où évoluent les Bleus. Leur première grande réussite a été le France-Ukraine de 2013.

Les supporters (ultras), les joueurs ont déjà subi un certain mépris (« footeux payés des millions pour taper dans une balle », « l’ultra est un dangereux personnage »), qu’elle lecture faites-vous de cette prise de position ?

BC : C’est un discours convenu, des lieux communs. Les ultras viennent heurter la représentation lisse que les dirigeants de clubs se font des spectateurs consommateurs censés venir au stade « vivre une expérience », c’est à dire consommer comme dans un parc à thème. L’ultra est attaché à son club, parfois contre ses dirigeants. Mais ça concerne assez peu l’équipe de France.

Les ministères, les préfectures, la police, mettent régulièrement des bâtons dans les roues des groupes ultras français. La cohabitation est difficile et leur traitement parfois douteux. Quel est la relation qu’entretient les Irrésistibles Français à la sécurité ?

FB : On arrive à s’auto-gérer. On a très très peu de problèmes de sécurité. Le melting pot de supporters s’entend sur une ambiance festive, sans aller chercher les violences, la confrontation avec les supporters adverses.
Sans forcément se prendre la tête, on reste entre nous et en France, il n’y a aucune animosité face aux forces de l’ordre, on est pas là pour être sous tension.
On a réussi à tisser des liens très proches avec la boîte de sécurité qui nous en encadre. Il y a une vrai confiance réciproque, on se parle avant et après les matches. on arrive à bien s’entendre, à se retrouver dans des bars pour les matches, pour discuter.
Si bien que le seul incident qu’il y ait eu avec la sécu c’était avec une équipe qui avait été mise en tête sur un seul match, ça s’était mal fini et on avait dit à la boîte de sécu qu’on ne voulait plus travailler avec ces personnes là. L’autre équipe nous avait encadré une vingtaine de matches ça serait toujours bien passé.
À l’étranger, les seules petites problématiques qu’on a pu avoir ont été encadrées tout de suite par la sécurité locale.
Du fait de notre responsabilité et des actions qu’on mène pour développer le supportérisme en France, pour donner une bonne image, pour qu’il puisse se développer et qu’il soit mieux reconnu au niveau des instances, on est proche de la DNLH (direction nationale de lutte contre l’hooliganisme)
On fait des travaux avec eux. Ils étaient venus nous voir sur France Bulgarie, juste avant le début de l’Euro. On a parlé avec eux et tout se passe bien, ils savent nous alerter quand il y a des problèmes ou alerter un de nos responsables quand ils voient qu’un de nos adhérents peut avoir des comportements limites, ou a risque et ça nous laisse l’amplitude d’ensuite intervenir
Tout le monde se fond dans une masse festive, et les plus fanatiques restent positifs et fervents au sein de l’EDF.

On est incomparable avec le supportérisme de club, parce que l’encrage territorial en France est plus important que l’ancrage national. Tout le monde se retrouve plus autour de son club ou de sa région que du pays. C’est le cas dans les pays latins avec un ancrage local plus important.
C’est aussi ce qui nous différencie des pays de l’est, où eux ont plus un ancrage national.

Pourtant, cela n’empêche pas d’avoir cet ancrage national qui nous rassemble autour de l’équipe de France.
C’est ce qui nous rapproche de nos adhérents, beaucoup supportent un club à côté, et l’équipe de France. Les problématiques ne sont pas les mêmes, ce sont deux univers différents.
C’est le sens qu’on a voulu donner à notre mouvement, rassembler un maximum.
Et puis pour être accepté par la FFF, il était impératif dans notre développement de montrer patte blanche. En étant un groupe de supporters véhéments, en s’opposant aux forces de l’ordre, on aurait jamais eu ces possibilités.

On se voit peu souvent et cinq fois par an, l’idée est aussi de faire la fête quand on se voit.

Est-ce que la mise en place d’un projet collectif et cohérent ne peut pas détacher la « grand public » de l’EDF si les résultats ne suivent pas direct ?

BC : Comme je l’ai développé, le grand public ne fait pas dans la nuance parce qu’il n’a pas les connaissances nécessaires. Donc il ne juge que par les résultats. Mais la presse le fait aussi, même celle qui est spécialisée. Après, je ne sais pas à quoi vous pensez quand vous parlez d’un projet collectif et cohérent.

D’ailleurs, le fait que la presse spécialisée ne juge que le résultat peut-il avoir des effets néfastes sur le développement d’un jeu « léché »
Cela ne contribue-t-il pas à l’avis très tranché que les supporters occasionnels peuvent avoir ?

BC : Sans doute, oui. Mais aucune équipe ne pourrait se permettre d’avoir un jeu léché, qu’il faudrait d’ailleurs définir, sans un minimum de résultats. La question est plutôt de savoir si le beau jeu est une condition nécessaire à la performance, et si le foot est un spectacle avant d’être un sport.

Quelle opinion avez-vous de la couverture médiatique des Irrésistibles Français ?

FB : Il existe tous les types de médias, de journalistes. Il y a des journalistes avec qui ça se passe très bien, dans une démarche de critique positive ou négative, toujours fondée sans chercher le buzz à tout va et ceux qui vont chercher le buzz, les problèmes et les accrocs par-ci par-là pour en faire des montagnes.
Comme partout, certains font très bien le boulot et d’autres pas du tout.
Quant au traitement des IF, pour toutes les personnes qui s’intéressent à nous, je suis complètement satisfait. Les analyses sont fondées, croisées. Un travail est toujours fait autour, ils vont gratter, en cherchant à nous écouter.

Pour vous, le mandat Deschamps est-il réussi ?

BC : On ne peut pas le savoir puisqu’il n’est pas terminé. Et tout dépend des critères que l’on se fixe. Réussi par rapport à quoi ? Aux résultats ? Un titre mondial et une finale de l’Euro, deux défaites en 23 matchs de phase finale, c’est plutôt correct, non ?

Si c’est par rapport à la qualité du jeu, c’est moins clair. Les Bleus ont des individualités de très haut niveau dans toutes les lignes, mais la créativité et la capacité du collectif à dominer un match sont en dessous de ce qu’on a pu voir à l’Euro 2000 ou entre 1982 et 1986. L’équipe de Deschamps ressemble plus à celle de Jacquet, très prudente et se remettant aux qualités individuelles de ses joueurs offensifs. Mais avec une base défensive trop friable en 2021.

Une lecture historique permet-elle de mieux appréhender l’Euro de nos Bleus ?

BC : C’est tout le sens du travail de la rédaction de Chroniques bleues : se détacher de l’immédiateté pour essayer de replacer un match dans une saison, une saison dans une génération et une génération dans l’histoire globale des Bleus qui a quand même 117 ans. Il est d’ailleurs intéressant de constater qu’un match, même s’il a un scénario qui lui est propre, en rappelle beaucoup d’autres qui se sont joués avant lui. Je l’ai fait pour le dernier France-Suisse à l’Euro.

L’histoire de 2021 ressemble assez à celle de 2004, avec une victoire initiale trompeuse suivie de trois matchs pas maîtrisés. Ou à 2002 dans une sorte de sentiment d’invincibilité suite au retour de Benzema, sentiment largement entretenu par les médias d’ailleurs.

Qu’est ce qui n’a pas marché selon vous durant cet Euro ?

BC : Pour gagner un tournoi, il faut une part de réussite. Elle n’y était pas cette année avec le tir de Coman sur la barre contre la Suisse juste avant la prolongation. Il y a eu aussi les forfaits successifs de Hernandez et Digne, une gestion des remplaçants discutable et des cadres (Lloris, Varane, Griezmann) pas au niveau attendu. Le retour de Benzema a été beaucoup trop tardif et a déstructuré l’attaque, même si lui n’est pas en cause : il a marqué quatre buts et a fait ce qu’il a pu.

N’avez vous pas peur qu’une vision trop court-termiste de l’EDF nuise aux compétitions futures ? A contrario, on voit des nations comme l’Italie ou l’Espagne bâtir sur la durée, des exemples à suivre ?

BC : Je ne crois pas que la question se pose en ces termes. Deschamps est en poste depuis neuf ans. Les cadres actuels des Bleus sont là depuis 2007 pour Benzema, 2008 pour Lloris, 2011 pour Giroud, 2013 pour Varane et Pogba ou 2014 pour Griezmann. Pas vraiment du court terme !

Et c’est bien sûr plus facile de travailler sur le long terme quand l’équipe est au fond du trou, comme en 2010, que lorsque elle est championne du monde avec un statut à défendre et une forte pression sur les résultats. L’Espagne prépare peut-être l’avenir mais elle n’a pas atteint le dernier carré depuis 9 ans. Et l’Italie ne s’est pas qualifiée pour le dernière Coupe du monde…

Sériez-vous pour un empreinte tactique plus marquée en Équipe de France, de la A aux catégories jeunes ?

BC : C’est quelque chose qui peut fonctionner en club, mais en sélection c’est plus compliqué. Il y a un tel brassage de joueurs, notamment dans les sélections de jeunes où la déperdition est énorme avant d’atteindre les A… regardez la liste des U20 ou des Espoirs des dix dernières années et cherchez les internationaux A, vous serez surpris.

D’autre part, il y a aussi une rotation dans les sélectionneurs des équipes de jeunes. Enfin, ces derniers ont très peu de temps à chaque rassemblement international pour travailler la tactique. C’est aussi ce qui explique le recul du football de sélections par rapport à celui des clubs depuis une vingtaine d’années.

Retrouvez notre entretien sur la formation à l’échelle nationale avec Thibaud Leplat.

Vous parlez du recul du football de sélection, c’est possible de vous étendre sur le sujet ?

BC : L’arrêt Bosman a considérablement renforcé le pouvoir des grands clubs, au moment même où le nombre de matchs internationaux a fortement augmenté (vers 1995) avec l’arrivée de nouveaux pays européens et l’élargissement des phases finales européennes (1996) et mondiales (1998). Le Real, le Bayern, Barcelone ou Chelsea sont devenus des sortes de multinationales qui aimeraient bien écrire elles-mêmes les règles du jeu.

Face à ces mutations profondes il a fallu faire des choix, et ce sont les sélections qui en ont fait les frais : moins de temps de préparation, fin des matchs amicaux, des clubs qui rechignent à libérer leurs joueurs, hypertrophie de la Ligue des champions…

Résultat, les équipes nationales ont de moins en moins d’identité de jeu et les sélectionneurs récupèrent en juin des joueurs qui ont 60 matches dans les jambes. Ou n’arrivent même plus à former une liste comme on l’a vu pour les JO cette année.

Que pensez-vous de l’idée selon laquelle l’équipe de France et ses institutions doivent-elles prendre un réel virage au niveau footballistique et institutionnel pour sortir de ce conservatisme et pragmatisme (institutionnel et sportif) ambiant ?

BC : C’est un point de vue. On n’est pas obligé de le partager. Deschamps est-il conservateur quand il lance Mbappé ou Camavinga alors qu’ils avaient 18 ans et très peu d’expérience au niveau international ? Ou quand il titularise Pavard et Hernandez juste avant le Coupe du monde 2018 ? Ou quand il rappelle Benzema avant l’Euro alors que personne ne l’attendait plus ? Peut-être que les Bleus se seraient qualifiés avec un peu plus de conservatisme tactique au dernier Euro, plutôt que tenter des organisations où les joueurs étaient perdus.

Mankowski, Domenech, Ripoll, Sagnol, Mombaerts, se sont succédés sur les bancs des équipes de France. Autant de nom qui n’ont pas la réputation de faire rêver en terme de jeu. Existe-t-il une cohérence parmi ces choix ?

BC : Ce sont des choix qui ont été faits par des personnes différentes, à des moments différents et dans des circonstances différentes. Si un sélectionneur doit faire rêver, je peux vous en citer quelques uns qui ont beaucoup déçu après, comme Platini par exemple. Blanc faisait rêver en 2010. Santini pas du tout en 2002. Les deux ont échoué, mais en 2003 les Bleus étaient impressionnants, notamment quand ils ont mis un 3-0 à l’Allemagne en amical. Lemerre ne faisait pas rêver en août 1998. Il a gagné l’Euro 2000 avec une équipe tournée vers l’attaque et la vitesse. Hidalgo ne faisait rêver personne quand il a été nommé sélectionneur fin 1975. C’est pourtant le plus important dans l’histoire des Bleus.

Après, je ne suis pas sûr que des entraîneurs « novateurs » en club aient envie de devenir sélectionneur. Une nomination répond à de nombreux critères, certains sportifs, d’autres plus opportunistes.

Vos demandes d’adhésion ont-elles connu des explosions après le succès des Bleus en finale de Coupe du Monde ?

FB : Suite à la CDM 2018, on est passé de 1300 à 1600 adhérents environ. Les compétitions, les résultats auront forcément un impact. Il existe ce noyau fidèle et ceux qui graviteront autour, en venant, repartenant, c’est inévitable, chacun évolue.
L’événement international récent, c’est aussi le Covid qui nous a fait passer de 1600 à 1000.

Voilà un constat concret : à l’heure actuelle, nous sommes 1100 adhérents. 700 personnes se sont réinscrites au début de la saison 2021/2022, sans savoir s’ils verraient ne serait-ce qu’un seul match dans l’année.
Pour certains, c’était un bilan négatif, une « perte énorme », recommencer le travail qu’on faisait jusqu’à maintenant pour se faire entendre à nouveau. Cependant, pour moi, ce n’est pas du tout le cas. Ce n’est pas négatif, c’est même très positif. Ce sont avant 700 personnes qui ont payé une adhésion, sans savoir s’ils verraient un match, un entraînement. C’est plus de la moitié des adhérents ! C’est énorme selon moi et ça fait plaisir de voir qu’on peut compter sur ces personnes là quoiqu’il arrive.

Quelle est votre couverture des autres équipes de la FFF ?

FB : Concernant le football féminin, on essaie de faire le boulot mais il n’y a pas du tout le même engouement autour des féminines que des A.
De temps en temps on va voir les espoirs mais les catégories jeunes, jamais.

Un grand merci à Bruno Colombari et Fabien Bonnel pour leur disponibilité, ainsi qu’à Chroniques bleues et aux Irrésistibles Français d’avoir accepté ces invitations.

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