Le football, sport de prédilection et fil rouge de la politique d’Orbán.

En 1989, suite à la chute du communisme en Europe, la Hongrie se concilie avec la démocratie. Miné par une crise économique et politique dans les années qui suivent, le gouvernement hongrois est alors repris par le Fidesz, parti politique de droite, voire d’extrême droite, en 2010. A sa tête, Viktor Orbán déjà premier ministre de 1998 à 2002, est donc réélu. Présentant la crise économique comme conséquence d’une trop grande libéralisation du pays, le gouvernement d’Orbán va modifier l’ancienne constitution pour mettre en place la nouvelle Loi fondamentale de la Hongrie. Elle bouleverse profondément le système politique et les fondements législatifs, tendant le pays vers un régime autocratique où l’Eglise et l’Histoire de la Hongrie sont fortement mises en avant.

Parallèlement, le football hongrois est en crise depuis sa glorieuse période des années 1950, où la sélection composée de stars comme Ferenc Puskás et de son entraîneur Gusztáv Sebes a révolutionné la manière de jouer au football. De 1986 jusqu’à l’Euro 2016, pendant trente ans, les magyars n’ont été qualifiés pour aucune grande compétition internationale. Grand amateur de foot, Orbán accorde une importance assez significative à ce sport. Pour lui, l’élévation de la Hongrie sur le plan international passe par la renaissance de son football, qu’il façonne à l’image de sa gouvernance. Cependant, son amour du ballon rond dessert des intérêts politiques et personnels que nous verrons plus en détails.

Une priorité nationale.

“Nous serons de nouveau parmi les plus grandes nations de football.”

Viktor Orbán

Tout juste réintroduit, le premier ministre se lance dans de grandes manœuvres. Un programme de construction et de rénovation d’une vingtaine stades de football dans tout le pays est établi. Les investissements dans ce projet sont considérables, bien plus importants que ceux dédiés à l’Église ou à la Santé. Entre autres, l’ancien stade national est démoli puis remplacé en 2019 par le Puskás Arena d’une capacité de 67 215 places. Construit au vu de l’Euro 2021, il aura coûté plusieurs centaines de millions d’euros au gouvernement hongrois.

«Le football hongrois ne renaîtra que si nous investissons tous nos efforts, au niveau local, pour former une nouvelle génération de joueurs de haut niveau» a déclaré Orbán.

En effet, sa politique footballistique ne s’arrête pas à la construction de stades, la Hongrie veut développer son football à tous les niveaux. Des centres d’entraînements de classe mondiale sont édifiés, ainsi que de nombreuses académies afin d’améliorer la formation du pays.

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Dans une interview accordé à hungarianfootball.com, Hemingway président de la Hungarian Football Academy, académie du club d’Honved reconnue pour être un des meilleurs centres de formation du pays et d’Europe de l’Est, souligne l’importance du nouveau gouvernement hongrois dans la réussite des académies magyares.

“Depuis 2011, les académies de football hongroises, y compris la nôtre, ont reçu un soutien privilégié de la part du nouveau gouvernement hongrois. Par conséquent, cette nouvelle source de revenus a renforcé les programmes de l’académie qui étaient jusque-là oubliés par les précédents gouvernements. Tout l’argent reçu a été dépensé aux améliorations, à la mise à niveau de l’encadrement et à la garantie de salaires décents pour les professionnels qui y sont employés. Toujours questionné par Hungarian Football, Hemingway glisse ensuite un petit mot pour le premier ministre : “Quelle est l’importance de Viktor Orbán? Le football hongrois serait mort sans lui.”

De plus, dans le cadre du programme d’assistance HatTrick de l’UEFA qui soutient le développement du sport, 80 mini terrains ont été financés et de nombreux terrains synthétiques ont été installés dans tout le pays pour faciliter la pratique à un maximum de jeunes. Un partenariat entre la MLSZ (Fédération hongroise de football) et la Fédération hongroise de sport scolaire a également pour but d’intégrer le football dans le programme éducatif national. Un chantier colossal est établi pour le bon essor du sport favori de Viktor Orbán.

Dans l’intérêt d’Orban.

Dans son village d’origine, Felcsut, à 40 kilomètres de Budapest, où il a lui-même joué au foot, Viktor Orbán fonde le Puskás Academy en 2007. Une académie ultramoderne avec des installations de premier rang et de nombreux terrains de football, destinés à devenir l’un des meilleurs centres de formations du pays. Plus tard en 2014, est inauguré l’antre de l’équipe du Puskás Academy, le Pancho Aréna. Ce stade est doté d’une des plus belles architectures d’Europe et tient son nom du légendaire Ferenc Puskás, surnommé “Pancho” lors de son passage au Real Madrid. L’enceinte est située à deux pas de l’une des résidences d’Orbán et compte 4000 places pour une population estimée à seulement 1800 habitants.

Évidemment, le projet est vivement critiqué par l’opposition. Autant pour son utilité, le stade peut quasiment accueillir plus de deux fois la population de la commune, que pour son financement d’environ 12,6 millions d’euros. Viktor Orbán est accusé d’avoir financé entre autres, la construction du stade de son village avec des fonds publics.
En effet, si plusieurs entreprises privées proches du parti Fidesz et du gouvernement ont contribué au financement, les investissements proviennent en grande partie du programme TAO (système d’allègement de la fiscalité des sociétés). Cette loi proclamée en 2011, équivaut à une aide d’État et permet à des entreprises d’obtenir des crédits d’impôt en échange du financement de projets à caractère sportif ou culturel. Une idée plutôt ingénieuse ?

Cependant, un tiers de cet argent a servi le football et le club de Felcsut a hérité à lui seul de 8% de ces donations. D’autres clubs proches du régime ont aussi bénéficié de la majeur partie de ces revenus, comme le Ferencváros dont le président, Gabor Kubatov, est depuis 2011 membre de l’Assemblée Nationale et vice-président du Fidesz, ou le club de Mezokövesd Zsory dirigé par  Andras Tallai, vice-ministre de l’économie nationale et membre du Fidesz. Encore plus dérangeant : le manque de transparence du gouvernement qui depuis 2016 a rendu inaccessible au public la visibilité des contributions du TAO.

Pour l’opposition, cela symbolise parfaitement le système actuel hongrois, qui favorise fraude, corruption et utilisation de la loi au nom d’intérêts personnels.

Le football comme vecteur identitaire.

Viktor Orbán l’a affirmé, il souhaite la promotion et la réunification de la grande Hongrie. En effet, après la première guerre mondiale, celle-ci est désunifiée suite au traité de Trianon de 1920. Aujourd’hui encore plus de deux millions d’hongrois vivent à l’étranger. Le soutien et l’attribution de la nationalité hongroise aux membres des minorités magyares au sein des pays voisins et l’une des grandes lignes établies par le Fidesz.

Il en est de même pour le football, le gouvernement subventionne des équipes d’anciennes localités magyares, dans des pays frontaliers où les hongrois sont localement majoritaires comme en Roumanie, en Slovaquie, en Croatie ou encore en Serbie. Parmi eux, le club de FK Csíkszereda qui évolue en deuxième division du championnat roumain reçoit des millions d’euros versés par la Hongrie. Le président du club Zoltán Szondy l’affirme  : « Nos relations avec le gouvernement hongrois sont très bonnes. 70% du budget de FK Csíkszereda provient de sources gouvernementales hongroises ». Le succès de ces clubs ethniquement hongrois sert la fierté nationale et rétablit le sentiment d’une Hongrie réunifiée en dehors de ses frontières.

Dès juin 2021, la Hongrie s’apprête avec fierté à accueillir plusieurs matchs de l’Euro. L’enjeu est de taille car la délocalisation de l’événement pour cause de pandémie serait un coup dur pour Orbán et son gouvernement qui ont consacré des investissements faramineux pour l’ accueil du Championnat d’Europe. C’est pourquoi le premier ministre a d’ores et déjà affirmé que sa capitale Budapest accueillera des supporters. En effet, le stade national sera la seule enceinte de la compétition à accueillir du public au maximum de sa capacité avec malgré tout des conditions d’entrée strictes. Au-delà de cette compétition, en 2019, la finale de l’UEFA Women’s Champions League s’est déroulée au nouveau stade Ferencváros. Plusieurs sites hongrois comme le stade Sóstói à Székesfehérvár, le stade Bozsik à Budapest et le stade Haladás à Szombathely accueilleront également des matches de la phase finale de l’Euro des moins de 21 ans cet été.

Orbán élargit sa politique aux autres sports. En effet, la Hongrie a prévu d’organiser les Championnats d’Europe de Natation et ceux de Water-polo en 2020, les Championnats du Monde de Judo 2022, les Championnats du Monde d’Athlétisme 2023 ainsi que les Finales de la Fed Cup de Tennis jusqu’en 2023 et les Championnats du Monde de Natation en petit bassin en 2024 et en grand bassin en 2027.  Cette forme de soft power est fortement mise en place par le premier ministre et l’accueil d’événements importants permet à la Hongrie de promouvoir son identité nationale par le biais du sport dans le monde entier.

Quels résultats ?

Construction, formation, promotion, Viktor Orbán investit massivement pour le développement du football sur son territoire. Néanmoins, celui-ci peine toujours à prospérer. Les clubs hongrois sont encore loin du haut niveau européen et la qualité de jeu du championnat reste très faible. En conséquence, la population locale n’y porte pas un réel engouement, l’affluence dans les nouveaux stades dépasse rarement les 20% de la capacité. Les stades sont même boudés par les ultras de certains clubs qui protestent contre la hausse du prix des billets, le changement d’ambiance et le système de fichage mis en place par la Fédération Hongroise de Football avec les “cartes de supporter », visant à prévenir les débordements et faire revenir les familles dans les stades. « La passion n’est plus la bienvenue-On veut nous faire applaudir poliment et acheter des boissons chères à la mi-temps, comme au théâtre ». s’exprime un fan de Ferencvaros pour l’Express. Finalement, ces onéreux stades vides font plus le bonheur des critiques de l’opposition que celui des supporters.

Les résultats de la sélection nationale sont quant à eux en légère hausse avec une qualification obtenue pour les deux derniers Euro. Cet été, les Magyars vont devoir honorer la fierté nationale dans un groupe très corsé. La France, l’Allemagne et le Portugal sont les futures adversaires de la nation d’Orban pour l’Euro 2021. Peut être une surprise et enfin le renouveau footballistique de la Hongrie? Rendez-vous en juin pour le verdict.

Sources :

https://www.theguardian.com/news/2018/jan/11/viktor-orban-hungary-prime-minister-reckless-football-obsession

https://www.lemonde.fr/international/article/2020/12/09/en-hongrie-les-proches-d-orban-s-enrichissent-sur-le-dos-des-fonds-europeens_6062689_3210.html

https://books.openedition.org/psorbonne/78249?lang=fr

https://www.uefa.com/

https://www.pfla.hu/

https://hongrieactuelle.wordpress.com/

Sources citations :

https://www.liberation.fr/sports/2016/06/24/en-hongrie-le-menage-a-trois-entre-foot-business-et-politique_1461929/

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