Le football, pour oublier ses problèmes…

Le football est un sport éternel. Il unifie depuis toujours, partout. De part sa puissance, son importance, son ampleur, il accueille les différences, les recueille, les fait vivre. Des joueurs, des passionnés partagent ce besoin, cette pratique. Une pratique où les différences sont noyées, absorbées, un sport où les différences s’entremêlent. Un sport plein de beauté, un sport fédérateur.
L’individu, durant son parcours, se forge dès l’enfance, durant l’adolescence. Famille, écoles, amis, ses rencontrent et ses expériences le modèlera, feront de lui ce qu’il est. Le football est un passage dans la vie de beaucoup de jeunes. Comme tout ce qui l’entoure, le football contribuera à son développement. Il l’accompagne et le construit. Le football lui est utile pour se découvrir, s’intégrer dans des groupes, tisser des liens avec ses tiers. Le football, au même titre que la famille, l’école, les amis, et les autres activités contribue au processus de socialisation et d’intégration de l’individu.

Aujourd’hui et depuis un peu plus d’un an, le football amateur souffre. Il s’est effondré, a pu se relever par moments. Beaucoup de joueurs ont décrochés, certains ont rendu leurs licences tandis que d’autres ne viennent tout simplement plus.
Après notre sujet sur les difficultés économiques et financières rencontrées par les clubs de football amateur et leurs licenciés, dont nous vous parlions la semaine dernière, nous vous expliquons aujourd’hui pourquoi le football est un facteur d’intégration et de construction sociale.

Le football vu par les sociologues.

Estelle Liverneaux, missionnée par le ministère de la jeunesse, des sports et de la vie associative en 2004, a mis en évidence 3 facteurs de « déplaisir » dans le sport : les contraintes de l’entraînement, la maîtrise de la technique, le sentiment de ne pas être « bon ». En moyenne, selon l’étude, lorsque les adolescents (12-17 ans) font une activité physique et sportive en club, 94 % d’entre eux la pratique plus d’une fois par semaine. Le chiffre tombe à 52 % des cas pour les activités pratiquées librement. Les freins liés à la pratique sportive sont plus aisément franchis lorsqu’elle est pratiquée en groupe, dans un club. Il se dégage ainsi l’idée que l’appartenance à un club et l’importante régularité de la pratique, sont conditionnées par un sentiment d’appartenance à un groupe. Évoluer dans ce cadre collectif est une motivation supplémentaire. Tous sont conscients des efforts consentis par son coéquipier, et l’accomplissement est d’autant plus encore validées. Par voie de fait, le joueur se sent valorisé par son apport à l’effectif.

En prolongeant l’analyse, la compétition est un espace dans lequel les facteurs de déplaisir se renforcent. Lorsque le niveau crante, la difficulté crante. En conséquence, les facteurs de déplaisir s’amplifient : toujours la contrainte de l’entraînement, maîtrise de la technique, sentiment de ne pas être « bon ». Pourtant, les adolescents évoluant en club plébiscitent la compétition : les matches le week-end, les tournois. Au-delà du plaisir que procure le jeu, le jeune se trouve dans un environnement collectif, avec ses pairs, ses coéquipiers, ses amis. Les joueurs font fi des « inconvénients ». Ils jouent pour se surpasser, pour être présent auprès de leurs coéquipiers. La performance et la réussite sont mises en avant et agissent positivement sur la détermination. En outre, la pratique courante d’une compétition, sociologiquement plus réputée, exerce une fonction motrice sur l’individu, le guide. Cette réflexion éclaircit la relation que les adolescents entretiennent avec un groupe dans lequel ils sont amenés à s’intégrer. « Dès lors, la plupart des adolescents ont besoin de se positionner vis-à-vis de ce « modèle »« . Selon Dominique Crosnier, seront influencées, « au travers de comportements individuels et de réponses collectives qui en découlent, leur position à l’égard de la pratique du football » (Les adolescents et le sport, Hervé Canneva et Guy Truchot, Chapitre I. La pratique des activités physiques et sportives chez les adolescents : une composante de la construction sociale des individus, édité par l’INSEP (Institut National du Sport et de l’Éducation Physique) et Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, 2004)

Ainsi, la pratique sportive en club revêt une double dimension. A la fois individuelle : se surpasser et se sentir utile auprès de ses coéquipiers, et à la fois une dimension collective. Le joueur est récompensé par le résultat du match, l’apport de sa performance individuelle dans la performance collective, et majoritairement les félicitations de ses coéquipiers, symbole de son acceptation dans le groupe. Ces récompenses effacent « coûts ».

La vie en club ou comment évoluer auprès d’un entourage vertueux.

Le football est un des seuls sport où un fils de cadre supérieur va côtoyer un fils d’ouvrier. Au foot, les enfants de l’école publique et du privé se croisent et font partie de la même équipe, portent le même maillot. Dans notre société, peu de lieux permettent de brasser cette diversité. Le foot apporter des réussites aux jeunes. « On le constate chaque année, quand on est gamin si on n’est pas bon à l’école il n’y a que les activités extérieures pour être valorisé et le foot y participe. » Le football permet de s’exprimer en étant soi-même, bien entouré, dans un climat sain, qui permet le plein épanouissement des jeunes.

À LIRE : Rencontre avec le président PLPR, quand le football amateur est abandonné par la ville.

À l’adolescence, beaucoup de jeunes se découvre et tentent, paradoxalement, de s’affirmer en mimant leur comportement sur un groupe. Cette quête d’identité les amènent vers des terrains peu recommandables, où les lignes seront franchies : moqueries, coups-bas, jusqu’au harcèlement parfois. Le fair-play disparaît et la limite hors-jeu:en-jeu s’amenuise. Aujourd’hui, le football offre la possibilité de gommer les différences. Nous ne sommes pas garçon, fille, nous sommes footeux. Kévin Hannecart, président d’un club amateur breton confirme : « Je travaille dans un collège et en 6ème en 2021, jouer au football avec une fille est banal, normal. Il y à 15 ans, cela n’était pas le cas. On constate aussi depuis un moment que le foot permet de plus en plus de lutter contre le sexisme et les stéréotypes de genre. »

Pour d’autres, le football les extirpent de climat de tensions, d’un environnement peu propice à l’épanouissement, ou d’un environnement absent. « Le foot était important pour nous, dès qu’on était 3 ou 4 on faisait des matchs. Jouer ensemble nous faisait éviter les grands, ceux qui était dans la bicrave. On organisait des matches bâtiment Nord contre Sud. » Frapper dans un ballon, c’est « régler des problèmes de cité ». Le monde extérieur s’éloigne et le seul problème, c’est de savoir comment se débarrasser de son défenseur, et de gagner le match. Ce football permet de se soulager et d’aérer son esprit. Se retrouver, c’est extérioriser les soucis de l’école, ses problèmes familiaux. L’entrée du city est une porte de sortie qui te transporte dans une bulle hermétique. Jouer après les cours, se retrouver et s’affronter anime les jeunes et a pu les éloigner des arcanes de la « rue ».

Le football et la vie en groupe forment et garantissent une certaine rigueur. Les objectifs sportifs et l’exigence du jeu influent, et influencent la vie personnelle. Les valeurs véhiculées par le sport, le football, comme l’hygiène, cette rigueur imprègne le mental. « À titre d’exemple, quand on a monté l’équipe senior il y a 4-5 ans, beaucoup de jeunes adultes étaient au chômage. Ces mecs là ce sont remis en marche en reprenant le foot, la vie de groupe, les entraînements, des objectifs. Chaque semaine on a constaté un changement dans la vie des gars après plusieurs saisons, ça n’est pas grâce au foot mais ça y a contribué.  » Bon nombre de joueurs ont su assainir leur vie et se débarrasser de mauvaises habitudes, avant de se recentrer sur un mode de vie salutaire.

La Covid-19, des conséquences néfastes sur les joueurs ?

Youra Pétrova qui étudie la sociologie du sport, passée par le CNRS, et Guy Truchot représentant du ministère de la Jeunesse, des sports et de la vie associative en 2004 ont classé les raisons qui poussent à jouer au football en club. Pour 80% des jeunes, le club permet de sortir et et d’oublier les problèmes (60%), ou encore de forger sa confiance en soi (75%) . Le constat est sans détour, la pratique d’une activité sportive extra-scolaire en club, et c’est le cas pour le football, constitue une porte de sortie pour nombre de jeunes. Plus qu’un lieu sportif, le club est un repère qui éduque et bonifie les individus.

A LIRE : Rencontre avec le président et un éducateur du QEAFC, survivre en temps de covid.

Pour Omar, éducateur dans l’est parisien, le foot est « une bouée pour les mômes et aussi les parents« . Se libérer de la présence de ses enfants, tout en les sachant dans un endroit sûr, allège les responsabilités des familles à l’égard de leurs enfants et leur facilite la vie à la maison : travail, tâches ménagères, moment pour souffler. Cohabiter dans des appartements ou maison en manque d’espace est un exercice difficile, pesant, tant par le bruit, l’absence de tranquilité ou de répit, de moment personnel. Alors que les enfants sortaient pour s’amuser, encadrés, accompagnés, ils se retrouvent coincés dans des équilibres familiaux précaires, des logements inadaptés. Des atmosphères parfois peu saines et incompatibles avec un développement optimal de l’enfant. La pandémie met certains éducateurs le nez face à la gravité de la situation, et face à la réalité. « Un point qui m’a tristement marqué lors du 1er confinement c’est la nutrition. En effet, des familles ne sont pas en capacité de proposer 3 repas équilibrés aux gamins, c’est un drame silencieux mais une réalité bien concrète« . Une réalité aggravée par les difficultés financières rencontrées par les familles à cause de la crise sanitaire… Perte d’emploi, télétravail, précarisation, les astres s’alignent pour renforcer les difficultés.

L’absence de rencontres interclubs et de tournois freine indéniablement les éducateurs, leur privant d’un fragile lien qui les unissaient aux joueurs. Parmi les clubs amateurs, en jeune ou en sénior, certains clubs ont perdu près des deux tiers de leurs effectifs. À l’heure où le club est un lieu d’échange, de rencontre et de partage, certains joueurs se retrouvent seuls, isolés, loin d’un contact humain parfois salvateur, souvent opportun, toujours bienvenu.

Pour aller plus loin : étude sociologique Les adolescents et le sport, à retrouver ici.

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