Samir Nasri, double face

Samir Nasri. Un nom qui fera sourire supporters de l’Olympique de Marseille, Arsenal, Manchester City ou bien encore Séville. De petit prince du vieux port de ses débuts en 2004 à véritable paria en Equipe de France, retour sur les pas d’un surdoué, mais peut être encore plus, un incompris du football. Pourtant, il était bien l’élu…

Un diamant brut.

Repéré à l’âge de 9 ans par le recruteur de l’OM Freddy Assolen alors qu’il était encore poussin aux Pennes-Mirabeau, Samir va grandir sous la tunique ciel et blanche. À son arrivée au club phare Marseillais, la famille Nasri impose à son fiston un encadrement strict, pour penser foot, foot et encore foot : Roger Giovanini devient son tuteur pour ne pas dire plus, en attendant que Samir devienne plus grand. La maman voulait un docteur, le fiston lui, veut devenir footballeur. Footballeur à l’Olympique de Marseille. D’ici là, il intègre la sélection nationale (en jeunes, pour le moment). Sous la houlette de Philippe Bergeroo, Nasri fait un Euro U17 2004 de très haut niveau, compétition que les bleus remporteront. Placé sur l’aile gauche du 4-4-2 français, ses performances vont lui octroyer le droit de franchir un certain pallier…

Nous sommes donc le 12 septembre de cette même année 2004. Samir Nasri a intégré le groupe pro depuis à peu près un mois. Un groupe notamment composé de champions du monde comme Fabien Barthez ou encore Bixente Lizarazu. A l’aube d’un match face au Sochaux Montbéliard, le Stade Vélodrome s’apprête à découvrir un petit meneur de jeu dont il tombera peu à peu amoureux dans les mois à venir. Un pur produit du club, droitier, aux fulgurances impressionnantes. Des statistiques presque faméliques avec le club phocéen (14 buts et 29 passes décisives en 178 matchs), mais qui paraissent anecdotiques, tant le gamin porte déjà toute une équipe sur ses épaules. Des réunions entre cadres ont d’ailleurs eu lieu afin que les « expérimentés » (re)prennent leurs responsabilités, car là, c’est littéralement un joueur a peine professionnel qui carry la partie…

Couronné meilleur passeur de Ligue 1 en 2008, Samir va débarquer à Londres, après avoir pris soin de prolonger afin que l’OM puisse toucher un pécule sur le transfert. Moins de soleil c’est vrai, mais des collègues de travail plutôt amis avec le ballon, plus qu’à Marseille en tout cas. À Arsenal, le « petit Barcelone », Samir brille, brille et brille encore. Meilleur joueur français de l’année 2010 (merci Knysna), membre de l’équipe type de la Premier League en 2011, ses performances individuelles sont de très haut niveau. Aux côtés de Jack Wilshere, Cesc Fabregas, Andriy Arshavin ou encore Robin Van Persie, les productions des hommes d’Arsène Wenger sont de très haute volée. Bien jouer oui, se faire sortir par le Barça aussi, mais gagner des titres, c’est une autre histoire…situation qui agace fortement le Marseillais. Vient alors le projet SkyBlue, qui l’enrôle pour un peu moins d’une trentaine de millions. L’Inter Milan, la Juventus, Chelsea, Paris et Manchester United étaient aussi sur le coup. Alex Ferguson avait d’ailleurs rencontré personnellement le marseillais à Paris pour le convaincre de signer. Pour « remplacer Paul Scholes ». Il choisit finalement City, sentant que le vent allait tourner entre les dynamiques des deux Manchester. Pari réussi.

Humainement , il avait une relation très forte avec Arsène Wenger. Je pense que s’il n’était pas une bonne personne , Arsene n’en parlerait pas avec tant d’éloges. Je sais que ce dernier a été très blessé de voir Samir s’en aller.

@Arsenal_France

Il y gagne la Premier League, enfin un titre collectif en pro. Et encore une Premier League, après avoir fini la saison en « double-double » (12 buts-12 passes déc) comme diraient nos amis fan de ballon sur un parquet. Ajoutez à cela quelques coupes, et l’armoire à trophée de la maison familiale est finalement bien remplie. Malheureusement, le conte de fée bleu ciel va s’arrêter la…

Le temps de jeu de Samir Nasri va s’écrouler lors de la saison 2015/2016, alors qu’il est rattrapé par des soucis extra-sportifs, notamment liés à une histoire de hacking de compte twitter. En accord avec Pep Guardiola, il quitte donc à l’été 2016 l’Etihad Stadium, direction l’Andalousie.

Il est resté 5 ans au club, et il a beaucoup contribué aux succès en compétitions, notamment au titre de 2013-14, mais son statut s’est détérioré au fur et à mesure des années. Il appartient à une des meilleures équipes de l’histoire du club, et formait un groupe uni avec Touré, David Silva, Agüero ou Vincent Kompany. Il n’y a pas de consensus sur le souvenir laissé : certains en gardent un bon souvenir mais d’autres sont essentiellement déçus.

@ManCityFrBranch

Après Albert Emon, Arsène Wenger, Manuel Pellegrini et Pep Guardiola, Samir découvre un autre entraîneur à l’identité de jeu bien identifiable, en la personne de Jorge Sampaoli. Sous les ordres du « petit steak » argentin, il s’éclate.

« Avec le coach, on a une relation de confiance. C’est grâce à lui et Lillo que je suis ici. Ils me responsabilisent beaucoup et me mettent dans les meilleures conditions. Avec des gens comme ça derrière soi, on est obligé de leur rendre sur le terrain »

S.Nasri

Et Séville aussi. Le club andalou tiendra très longtemps tête aux trois cadors de la Liga en haut du classement, avant de finalement se hisser à la quatrième place du championnat au terme de la saison. Le tout en ayant proposé un jeu attrayant, avec un Nasri au centre du projet. Très proche de Sampaoli et Lillo, avec qui il a des relations de « potes », le courant passe très bien. Son coach le protège dans toutes les situations, tant qu’il le lui rend sur le terrain. Et il le lui rend bien. La première partie de saison des andalous est un véritable OVNI. Il atteint un niveau étincelant, enchaînant pendant plus de 6 mois buts et passes et décisives. Numéro 10 dans le dos, placé dans un double pivot avec Steven Nzonzi, tout simplement inarêtable, avant une suspension pour injection de vitamines non conforme… Retour à Manchester, City ne compte désormais plus sur lui.

Départ qui va sceller une longue descente aux enfers pour le grand pote d’Ahmed Yahiaoui, qui va enchaîner des piges à Antalyaspor, une suspension pour dopage, West Ham et Anderlecht. Un réel sentiment de gâchis, la carrière a été belle certes, mais au vu du talent du garçon, elle aurait réellement pu prendre une autre dimension.

Une histoire avortée avec l’Équipe de France.

Il était l’Élu, enfin c’est ce que nous pensions. C’est ce que le football français attendait, ce à quoi il s’attendait. Car Samir était fort, trop fort. Trop fort dès ses 17 ans, quand il prive les portugais d’une finale d’Euro U17. Alors menés à la pause, les bleuets vont voir leur ailier gauche enfiler sa cape de sauveur. Déjà un caractère, un tempérament de leader. C’est peut être une facette de sa personnalité qui lui aura porté préjudice tout au long de sa carrière. Car même s’il démontre de grands talents de leadership, qui peuvent alors être extrêmement bénéfiques à l’ensemble de l’équipe, cela ne peut pas plaire à tout le monde au sein d’un vestiaire. Ce relationnel, que l’opinion publique va souvent retenir, gardant le côté sombre, les coups de sang, dans un football à qui on aura rien pardonné à la suite des événements survenus en Afrique du Sud. Coups de sang symbolisés par une longue guerre ouverte avec la presse sportive, et notamment les journalistes. Deux journalistes, deux histoires. Laurent Blanc dira même qu’il s’est attaqué au seul organe du football auquel on ne pouvait toucher. La première des deux histoires prend place à l’Euro 2012, face à l’Angleterre. Après son but marqué, Nasri lance un chut vers la tribune presse, ponctué d’un « ferme ta gueule », destiné au journal l’Equipe, qu’il juge intransigeant avec lui. Quelques jours plus tard, il avait dégoupillé face à un journaliste de l’AFP après un « eh bien casse-toi alors si tu n’as rien à dire » de ce dernier. En sont partis les « fils de **** » et les « comme ça tu pourras écrire que je suis mal élevé ». Ambiance…

Alors que lui et ses compères de la génération 87 devaient incarner le renouveau de l’Équipe de France après Knysna (événement auquel il aura toujours été rattaché même s’il n’a pas été présent au moment des faits), la relation entre Nasri et la sélection nationale va tourner au vinaigre. Son côté taquin, chambreur, probablement trop sûr de lui en fait une personnalité pas vraiment appréciée au sein du vestiaire bleu. Cela va amener un conflit générationnel entre les vieux briscards et les nouveaux arrivants. Sacrifié en 2010 par le vestiaire, qu’il aura souvent défié, notamment en s’asseyant à la place de Thierry Henry dans le bus en 2008, ou en lâchant que Knysna, c’était « votre connerie, pas la mienne », il n’aura jamais incarné ce patron, ce garant technique dont l’Équipe de France aurait bien eu besoin au tournant des années 2010. Avec ses 41 sélections, cela donne tout de même une impression d’un rendez-vous manqué. Surtout après la double confrontation face à l’Ukraine pour la qualification au mondial brésilien. Après avoir complètement manqué le match allé, il aura assisté, sur le banc, aux exploits de Sakho et Benzema. Comme un symbole. Pourtant, il aura aussi sû enfiler de nouveau sa cape de sauveur avec le maillot bleu. Ici avec les A, ici face à la Bosnie-Herzégovine, pour le dernier match de qualification à l’Euro 2012. Malmenée, les bleus obtiennent un penalty grâce à Samir Nasri…qu’il transforme lui même. Il avait 24 ans.

« J’ai connu l’équipe de France à 19 ans. L’équipe d’Algérie, à l’époque, c’était le désert de Gobi. Jouer pour l’équipe de France c’était une fierté. Je suis arrivé en 2007 (à 19 ans ndlr), il y avait Thuram, Gallas, Abidal, Evra, Makelele, Vieira, Henry, Trézeguet, Anelka… Tu ne vas pas dire non à cette équipe quand tu es appelé. Ce n’est pas du tout un regret. »

Pas retenu par Deschamps pour ce mondial 2014, il prendra finalement la décision de stopper sa carrière internationale. Une sélection qui « ne le rendait plus heureux », et pour laquelle le « copinage existe » selon lui. Il avait sûrement l’intelligence, la force de caractère, le leadership, la malice, et peut être plus encore, le talent pour pouvoir s’imposer en EDF. Il lui aura sûrement manqué quelques soupçons de tact, de retenue et de pédagogie.

Du gâchis, du gâchis et encore du gâchis.

Pourtant côté, terrain, tout a semblé plutôt bien rouler pour Samir. Titulaire indiscutable et indiscuté pendant plus de 8 ans dans plusieurs grands clubs européens, il a le cv que peu de joueurs peuvent se targuer d’avoir à l’heure actuelle. Malgré cela, le talent brut de Nasri laissait présager mieux, plus. Le palmarès glâne est relativement maigre hormis son passage chez les SkyBlues. Un manque de talent, vraiment ?

Non, très probablement que non. Probablement plus une question de jeu. Car si Nasri utilise à merveille la liberté dont il peut jouir en phase offensive, la liberté qu’il nécessite en phase défensive peut possiblement handicaper tout le collectif. Depuis ses débuts, il n’aime pas réellement faire les efforts défensifs, ou s’il les fait, ils sont souvent vains. Son profil demande donc il délestage presque total de tâches de repli. Il faut donc que le « coup-bénéfice » soit rentable. Apporte-il assez offensivement pour se priver d’un joueur pouvant contrer les phases de relance adverses ? Combien d’entraîneurs sont ils prêts à se lancer dans la résolution de cette équation ? Un consentement vers plus d’efforts aurait il fait perdurer la relation Nasri-Guardiola ?

Car le coach catalan est dithyrambique quand il faut évoquer le sudiste. Pour lui, Samir Nasri peut jouer à quatre postes en pleine possession de ses moyens : 6,8,10 et ailier gauche. Il est difficile d’imaginer pourquoi deux hommes ayant une vision si proche du football ont pu si mal s’entendre. La pleine possession des moyens est sûrement un détail important, ajoutez à cela de nombreuses blessures et une motivation peut être pas toujours à son paroxysme…

La problématique de son poste a surement dû tarauder plus d’un de ses entraîneurs. Souvent aligné en tant qu’ailier gauche, lui s’est toujours décrit comme un numéro 10. Pourtant, jeune, il a tout de suite démontré des similitudes avec des profils espagnols comme David Silva et Andrès Iniesta (toute proportion gardée), deux joueurs s’étant distingués en tant que milieux excentrés ou bien en « faux ailier ». Son jeu entre les lignes, sa qualité technique, son explosivité balle au pied lui permettant de gagner du terrain avec ballon et sa faculté à allonger le jeu auraient sûrement fait de lui un excellent relayeur gauche. Pep avait peut être ce plan en tête, sait-on jamais…

À Seville, il aura évolué au cœur du jeu, que cela soit en tant que relayeur ou en tant que meneur de jeu. Et il y a trouvé chaussure à son pied. Sampaoli a peut être trouvé la recette permettant à Samir Nasri de s’épanouir pleinement dans son football. Une recette qui aurait assurément donné une dimension différente à la carrière de Samir Nasri si le cuisinier l’avait mise en place plus tôt.

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