Brendan Rodgers, un entraîneur ambitieux.

Entraîneur à succès à Leicester, Brendan Rodgers est un des entraîneurs les plus en vogue du moment. Troisième du championnat anglais à égalité de points avec le deuxième, Manchester United, il jouit d’une excellente réputation, malgré un parcours atypique et plusieurs obstacles qui auront ralenti sa carrière.

Une histoire atypique.

Jeune entraîneur nord-irlandais de 48 ans, il n’a pas eu le parcours le plus classique pour arriver où il en est aujourd’hui. En effet, à l’inverse de la plupart des entraîneurs de grands clubs aujourd’hui (sauf exceptions), il eut une carrière de joueur extrêmement modeste. Elle dut s’arrêter brutalement à l’âge de 20 ans, pour des problèmes génétiques de genou. Il venait de signer à Reading deux ans plus tôt. Il dut par la suite se contenter d’une carrière de footballeur amateur.

Suite à cet événement, son club de Reading lui offre le poste d’entraîneur des jeunes, qu’il accepte, et qu’il occupera en parallèle de sa carrière de footballeur amateur, tout en travaillant à côté dans une boutique de vêtements.

Passionné par le métier d’entraîneur, il poursuit sa formation en Espagne. Quelques années plus tard, il postule au sein de plusieurs grands clubs, parmi lesquels le Chelsea d’un certain José Mourinho, fraîchement arrivé du côté bleu de Londres. Promu entre temps directeur de la formation du club de Reading, il rejoint les Blues en tant qu’entraîneur des jeunes, puis en tant qu’entraîneur de l’équipe réserve deux années plus tard.

À l’impressionnant âge de 35 ans, il se voit offrir sa première expérience en tant qu’entraîneur d’une équipe professionnelle au sein du club de Watford. Si ses débuts chez les Hornets s’avèrent compliqués, avec une place de relégable au mois de janvier, le club se relève et parvient à se sauver. Expérience qui bien qu’étant assez positive, tourne court. En effet le poste d’entraîneur de Reading, le club qui l’a vu grandir, se libère. Il saute sur l’occasion, mais il démissionne six mois après, pour désaccords avec la direction.

La révélation à Swansea.

En 2010, il s’engage avec le club gallois de Swansea, à l’époque en ChampionShip, alors qu’il était proche de s’engager à Manchester City au sein du staff de Roberto Mancini. Et c’est là que l’entraîneur nord-irlandais prendra une nouvelle dimension. Il y obtiendra très rapidement de très bons résultats, qualifiant son club pour les play-offs d’accès à l’élite. Il y affrontera Nottingham Forest puis son ancien club, Reading en finale. Il permet à Swansea d’accéder à l’élite grâce à une victoire 4-2 lors de cette finale, réalisant l’immense exploit de faire monter Swansea, permettant par la même occasion à son club de devenir la première équipe galloise de l’histoire de la Premier League.

La saison suivante, les promesses entrevues sont confirmées. Bien que favoris à la relégation dès le début de saison, le club gallois sera relativement éloigné des trois places synonymes de descente tout au long de la saison. Et ce malgré des difficultés à l’extérieur, la première victoire loin de leur terrain ayant lieu seulement au mois de janvier. Au final d’une saison très positive qui aura vu Swansea prendre des points à plusieurs poids lourds du championnat tels que Chelsea, Arsenal, Tottenham ou Liverpool, les Swans s’installent confortablement dans l’élite, terminant la saison à la 11e place, onze points devant le premier relégable.

Mais au-delà de ces brillants résultats, là où Swansea aura impressionné durant ces deux saisons c’est dans le style de jeu qui aura été entrepris. Un jeu très audacieux, basé sur une pression intense sur l’adversaire et une possession de balle. Bien que ce style fût déjà en partie mis en place par ses deux prédécesseurs, Paulo Sousa et Roberto Martinez, l’équipe avait malgré tout du mal à se montrer efficace devant le but. Cette inefficacité était le détail qui les empêchait de passer le cap des six premières places. Chose que Brendan Rodgers arrivera à modifier, grâce à des joueurs comme Scott Sinclair notamment qu’il fera venir de Chelsea ou Fabio Borini, et qui lui permettront d’accéder à l’élite.

Une expérience contrastée chez les Reds

Fort de ces deux années couronnées de succès, le prestigieux poste d’entraîneur de Liverpool s’offre à lui suite au départ de Kenny Dalglish en juillet 2012.

Il arrive au club avec deux joueurs qu’il connaît bien, Fabio Borini et Joe Allen, tous deux connus à Swansea, et une opération dégraissage qui verra des joueurs comme Kuyt, Fabio Aurélio ou Maxi Rodriguez quitter le club.

La première saison fût à la fois encourageante et décevante. Une septième place au classement de Premier League, et des éliminations prématurées en Europa League dès les 16es de finale par les russes du Zénith Saint-Petersbourg, en League Cup face à son ancien club de Swansea et en Cup face à Oldham Athletic. L’entraîneur nord-irlandais doit faire face à d’énormes failles défensives, avec notamment un Pepe Reina loin de son meilleur niveau. Cette saison verra pourtant un événement majeur qui conditionnera la saison suivante de Liverpool, qu’est le mercato d’hiver. Philippe Coutinho et Daniel Sturridge rejoignent le club, provenant respectivement de l’Inter Milan et de Chelsea.

La saison 2013-2014 démarre plutôt bien, et ce sans son buteur vedette Luis Suarez, suspendu les neuf premiers matches de Premier League cette saison-là pour sa célèbre morsure à l’encontre d’Ivanovic en fin de saison 2012-2013. Leader à la 17e journée, les Reds réalisent une première partie de saison formidable, avec un Luis Suarez brillantissime, qui marque les esprits notamment par son quadruplé face à Norwich en décembre. Des performances qui surprennent certains outre-Manche, son été ayant été pollué par d’intensives rumeurs de transfert vers Arsenal.

Mais les Reds subissent deux défaites contre Manchester City et Chelsea lors des 18 et 19ème journée de championnat, les empêchant de finir leader à la trêve. Suite à ces deux défaites, Liverpool réalise une impressionnante série de quatorze victoires en seize matches, avant de perdre le titre suite à une défaite célèbre défaite 0-2 face à Chelsea et une terrible glissade de Steven Gerrard, offrant sur un plateau le premier but pour Chelsea, et un match nul 3-3 face à Crystal Palace, alors que le club de la Mersey menait 0-3 à quinze minutes du terme. Une victoire 2-1 à Anfield face à Newcastle lors de la 38e journée n’y changera rien. Liverpool échoue à deux points de Manchester City, laissant d’éternels regrets à un club qui attendait ce titre depuis 24 ans, et à un capitaine qui verra là sa dernière opportunité d’obtenir une médaille de champion d’Angleterre, s’envoler.

Néanmoins, cette saison fût une grande réussite. Les promesses entrevues lors de la première saison de Brendan Rodgers au club se sont confirmées, avec un Luis Suarez qui, mieux entouré grâce aux arrivées de Sturridge, Coutinho et à l’émergence de Raheem Sterling, a encore plus impressionné qu’avant, mais quelques failles défensives toujours présentes et quelques résultats décevants face à des adversaires modestes l’ont empêché d’entrer dans la légende du club.

La saison suivante est beaucoup plus compliquée. Liverpool vend Luis Suarez au FC Barcelone et se « renforce » avec une pelletée de joueurs, à la qualité discutable. Markovic, Lallana, Can, Lambert, Lovren, Moreno et le sulfureux Balotelli rejoignent le club. Devant faire au mieux avec un effectif largement remanié, son meilleur élément offensif de la saison passée parti et un Daniel Sturridge enchaînant les blessures, Rodgers met du temps à trouver la formule, avec une décevante dixième place en championnat lors de la 17e journée. Mais un remaniement tactique et un passage en 3-4-3 permettra à Liverpool d’encaisser moins de buts et de remonter la pente, jusqu’à lutter pour le top 4, avant de s’écrouler en fin de championnat, terminant avec une seule victoire lors des six dernières journées et une humiliante défaite 6-1 face à Stoke City.

Nouvelle saison en demi-teinte pour l’ancien entraîneur de Swansea, à qui Liverpool renouvelle sa confiance mais qui a épuisé bonne partie de son crédit accumulé lors de la saison 2013-2014 auprès de ses dirigeants qui se verront beaucoup moins patients. Après un nouveau mercato pléthorique, Liverpool se retrouve 10ème au mois d’octobre, et suite à un match nul 1-1 lors du Derby de la Mersey, il est licencié.

Un passage en demi-teinte mais qui aura redonné le sourire au Reds le temps d’une saison, sortant d’un lustre de saisons bien morose depuis le départ de Rafa Benitez.

Celtic, Leicester, un retour au sommet ?

Le 20 mai 2016, il reprend du service. Après plusieurs rumeurs le renvoyant notamment dans son ancien club de Swansea, il signe dans le club écossais du Celtic Glasgow. Club largement dominant dans son championnat, il s’agit là d’une remise en lumière idéale pour celui qui commençait à être oublié après 18 mois sans entraîner.

Sa première saison est marquée par quelques déceptions, notamment une défaite 7-0 au Camp Nou face au FC Barcelone de son ancien joueur, Luis Suarez, qui reste encore aujourd’hui la plus lourde défaite de l’histoire du club écossais en coupe d’Europe. Malgré tout, il remporte le premier trophée de sa jeune carrière d’entraîneur le 27 novembre 2016, la coupe de la Ligue écossaise avec une victoire 3-0 face à Aberdeen. En championnat, le Celtic réalise une saison incroyable, se retrouvant avec 58 points possibles sur 60 au bout de la 20e journée, et 106 points à la fin du championnat, avec 34 victoires, 4 matches nuls et 0 défaite et une coupe d’Écosse remportée. Il est également le premier entraîneur de l’histoire du Celtic à remporter ses trois premiers matches face aux Glasgow Rangers. Il restera deux saisons et demi au Celtic. Lors de son passage, il aura remporté les trophées de toutes les compétitions auxquelles il aura concouru. Deux championnats, deux Coupes d’Ecosse et trois coupes de la Ligue écossaises.
Il quitte le club en février 2019. En effet, Leicester a fait de lui sa priorité pour remplacer Claude Puel.

À Leicester, il prend en charge une équipe qui, lors de la saison 2018-2019, a réussi à battre Chelsea à Stamford Bridge, Manchester City, Everton à Goodison et à tenir en échec Liverpool sur sa pelouse à Anfield. Mais qui a également perdu des points contre Crystal Palace, Southampton, Bournemouth, Cardiff. L’équipe manque de création et de réussite face à des blocs bas. La saison se termine mieux, avec 5 victoires lors de ses six premiers matches.

La saison suivante, Ayoze Perez, Youri Tielemans, James Justin et Dennis Praet viennent renforcer l’équipe première. Rodgers met la patte sur son effectif, qu’il bâtit en fonction d’une fin de saison sans grand enjeu qui lui aura permis d’observer les forces et les faiblesses de son effectif. Après deux matches nuls lors des deux premières journées de championnat, Leicester effectue une prodigieuse série de douze victoires en quatorze matches, apparaissant au mois de décembre avec une deuxième place et comme étant le seul rempart possible à un titre de champion de Liverpool. Ces espoirs seront vite vains, après deux lourdes défaites face à Manchester City (3-1) et Liverpool (0-4). Leicester doit alors se concentrer sur une chasse au top 4. Les Foxes apparaissent à la mi-saison comme une équipe différente de la saison passée, brillante face aux clubs plus modestes, ne laissant que très peu de points en route, mais étant en grande difficulté devant les poids lourds du championnat, n’ayant réussi à battre qu’un seul d’entre eux lors de la première partie de saison (Tottenham, à l’époque 7e de Premier League).

La deuxième partie de saison s’avérera beaucoup plus compliquée. N’obtenant que trois victoires entre la 20e journée et la 29 journée, le restart (reprise du championnat après la trêve liée à la pandémie de Covid 19) sera encore pire, avec une dégringolade au classement de la 2e à la 5e place, et trois victoires en douze journées. Leicester finit donc la saison à la 5e place, avec 62 points, qualifié directement pour l’Europa League, réalisant la deuxième meilleure saison de leur histoire en Premier League. Une saison satisfaisante, mais un effectif trop court et des blessures en pagaille ont empêché Leicester d’aspirer à encore plus haut.

Entraîneur, précoce, à la trajectoire atypique, Brendan Rodgers est un entraîneur impressionnant qui malgré un parcours difficile aura réussi à atteindre l’élite du football, et à y briller. Si son parcours est semé d’embûches, notamment pour une réputation d’arrogant outre-Manche, des saisons en demi-teinte à Liverpool, il impressionne le Royaume en s’imposant comme l’un des meilleurs entraîneurs dont ce championnat dispose actuellement. Un entraîneur qui vise encore plus haut car, si ses résultats ont été impressionnants jusque-là, il n’a pas manqué grand chose pour qu’ils soient encore meilleurs et marquants. Chose pouvant être faite si lui et son club parviennent à conserver la troisième place qu’ils occupent actuellement.

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