Crise à l’Olympique de Marseille, quelle place pour les supporters ?

Hier après midi, l’effroi a épris la Commanderie, le centre d’entraînement de l’Olympique de Marseille. Des centaines de supporters, venus montrer leur mécontentement vis-à-vis de la direction de l’OM ont pu pénétrer au sein du centre RLD. La suite, on la connaît : incendies, cyprès calcinés, barrières détruites, vitres brisées. Des violences non pas à excuser, mais à comprendre.

« On veut juste sauver notre club parce qu’on est tristes de se sentir complètement dépossédés » : voici les termes de Florian, un supporter actif girondin pour Eurosport. Un rengaine que l’on entend dans les rues de Nantes, ou bien dans celles de… Marseille. Un manque qui peut parfois pousser à la révolte.

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Le ras-le-bol des supporters.

Une révolte survenue face à une direction olympienne qui méprise, humilie, contre-performe, manipule et enchaîne les fautes depuis maintenant 5 ans. Étonnamment restés calmes jusque là, presque résignés, les Marseillais ont « enfin » explosé. Ce qu’il s’est passé ce 30 janvier 2021, c’est le paiement d’années de mépris et d’irrespect envers des milliers de supporters. Poussés à bout, ils ont malheureusement franchi une limite à ne pas franchir : la destruction de l’institution. Dans un premier temps, la manifestation n’avait cependant pas encore franchi cette limite : cortèges, chants, tags, banderoles, fumigènes. Comme une preuve que la flamme Marseillaise n’est définitivement pas éteinte. Viendront ensuite pluies de projectiles, incendies et effraction à l’intérieur du centre. En face, sécurité et policiers répliqueront : utilisation de gaz lacrymogènes ou bien des lanceurs de défense. 25 supporters ont d’ailleurs été interpellés, dont 19 placés en garde à vue. Épilogue d’un coup de force qui avait pourtant débuté de manière pacifique.

Nous pouvons aisément penser que pénétrer au sein de la Commanderie pour saccager une partie des lieux n’était pas forcément la manière la plus intelligente et pacifique de montrer un mécontentement. Cependant, les autres messages (banderoles, chants, manifestations) préliminaires avaient été totalement ignoré par la direction Eyraud/McCourt. Le propre du supporter est d’aimer son club, et donc, de lui vouloir du bien. Dans le cas présent, il est juste question d’un sauvetage. Des gens sacrifient beaucoup, certaines personnes presque tout, à l’OM depuis des lustres et des lustres. Dans cette période extrêmement compliquée, le football est un échappatoire du quotidien, de ce fait, la colère de ces personnes, insultées et méprisées depuis des années, ne fait que rejaillir d’une ampleur bien plus importante qu’à l’accoutumée. C’est sûrement d’ailleurs à cause de cette crise que cette colère rejaillit de cette façon, en dehors du brasier du « Vel ». En temps normal, pas sûr que ces incidents auraient eu lieu au sein de centre RLD. Le Stade Vélodrome aurait pu faire office de « tampon », gardant en lui exaspération et désespoir. Ici, il a fallu dégoupiller ailleurs, afin de trouver des responsables.

Être contre ce soulèvement, c’est accepter (une volonté de la direction franco-américaine, qui augure la disparition du mouvement ultra à Marseille : la dissolution de l’historique groupe des Yankee Nord Marseille 87 en est un exemple). Aseptisée, l’Olympique de Marseille aurait basculé dans l’anonymat depuis bien longtemps maintenant, surtout au vu de ses résultats sportifs sur les dernières années. Une situation à l’exact opposée de son histoire vieille de 121 ans. Il ne s’agit pas ici d’excuser les terribles images auxquelles nous avons pu assister hier après midi, mais de tenter de comprendre pourquoi en sommes nous arrivés là.

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Marseille, capitale de la rupture ?

Une tentative de sauvetage, car l’âme de l’Olympique de Marseille périclite de mois en mois depuis l’arrivée du « Champions Project ». Cette âme, c’est l’ensemble des supporters phocéens. Cette âme à qui on demande de rembourser les abonnements au stade en temps de Covid, à la suite d’une gestion économique cataclysmique depuis une demie-décennie. Cette âme, que l’on a de plus en plus tendance à dissoudre, à interdire de stade, à sanctionner pour des raisons plus ubuesques les unes que les autres. Cette âme, -présente au sein de l’organigramme- à qui on reproche d’être trop proche de son club par soucis de productivité. Cette âme que l’on utilise à des fins marketing mais que l’on incendie face voilée. Cette âme que l’on qualifie de « faux supporters » après les évènements d’hier.

Et pourtant, l’ensemble des hommes et femmes ayant participé à l’opération de la Commanderie sont des supporters de l’OM, de vrais supporters de l’OM. Des hommes et femmes aimant tellement -sûrement trop- leur club qu’ils ne pouvaient plus le voir sombrer dans l’anonymat sans rien faire. Car l’Olympique de Marseille est un club différent, et ne peut être considéré comme une simple entreprise faite de branding, de consommation et de téléspectateurs. Il a une histoire, une identité inébranlable et imprescriptible auxquelles aucune direction ne peut et ne doit toucher.

Après ces incidents, on aurait pu penser que cette même direction olympienne allait tenter de calmer le jeu, afin d’apaiser les tensions. En effet, au-delà des actes en eux-mêmes, c’est un sentiment de trop plein exprimé par les supporters, pour faire bouger les choses, pour faire passer un message à cette direction aveugle. Actes fondateurs ou pas, il aurait été opportun d’expliquer aux supporters que le message a été compris, que leur mécontentement a été entendu. Détrompez-vous, le total contraire a été fait. A commencer par JHE, dans le rôle du pompier pyromane, posant sur Telefoot devant une des -rares- vitres brisées du centre RLD en interview. Les supporters seraient manipulés par de forces obscures, les montant contre la direction. Les communiqués du club ne sont pas en reste, comparant la Commanderie aux actes survenus au Capitole de Washington il y a quelques semaines. Rien que ça. Comparer les personnes présentes hier aux fascistes et nazis du Capitole alors que la plupart d’entre elles sont reconnues pour être antifascistes est une insulte à l’ensemble de la communauté phocéenne. Il faut chérir la seule vraie richesse durable de ce club. Pas être belligérant à son encontre. Pourtant, nous sommes proches de la déclaration de guerre…

« Vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients que n’en aura jamais le désespéré qui a pris des armes pour essayer de sortir de son désespoir.»

Abbé Pierre

Le supporter, un imbécile, vraiment ?

« Faux supporter » c’est en ces mots que Jacques-Henri Eyraud qualifiait ceux qui ont exprimé leur colère ce 30 janvier 2020. La terminologie est lourde de sens. Il existerait de « vrais » et de « faux » supporters ? Une fois ce postulat affirmé, il conviendrait de définir, séparer quels seraient les bons, les mauvais, ceux qui méritent, ceux qui font tâches. Ainsi, les véritables supporters seraient ceux qui applaudiraient chacune des décisions de la direction, dresseraient les louanges d’un président salvateur ? Acheter son maillot chaque saison, payer sa place à des prix toujours plus exorbitants, acclamer le projet « OM Nation », acheter son abonnement TV, adhérer au « PayPerView », sans jamais faire de vague, accepter qu’une direction incompétente mène le bateau à sa perte. Le vrai supporte ne bronche pas, tout simplement car le vrai supporter est un pantin. Il est docile. Depuis son arrivée, JHE n’a cessé de modeler un OM à son image. Une entreprise dans lequel le sportif n’a pas sa place, ou du moins, en arrière plan. De part ses paroles, ses actes, il a à maintes reprises prouvé qu’il ne voyait dans le football qu’un nouveau marché à conquérir. Alors, quand le supporter ne consomme plus, il n’est plus supporter. Il est un « barbare », il appartient à un « horde de sauvages », une « force malfaisante ». L’analogie est flagrante, le football est un univers économique, les vrais consomment, les autres sont des supporters factices. Les clubs sont des machines industrielles dont le seul but est la maximisation du profit.

Le penser, c’est se fourvoyer, méconnaître la fonction du football. Cocasse pour le président du club des premiers groupes de supporters français. Car supporter, c’est l’essence du football. Les clubs appartiennent aux supporters, comme le dit le dicton « l’OM c’est nous ». Ils sont là depuis le début. Les joueurs, dirigeants, actionnaires, ne seront que de passage. Manifester, c’est aussi supporter. Quand le club enchaîne les succès, les supporters sont là, festoient dans l’enceinte du stade. Quand le club va mal, quand le club est mal géré, quand les résultats ne sont pas là, les supporters sont encore là. Hashtags viraux demandant la démission du board, communiqués des groupes de supporters interpellant la direction, banderoles dans le stade, banderoles dans la rue. Alors, lorsque chaque étape est ignorée, le fusible fini par sauter. Les supporters défendent leur OM qu’ils aiment tant et le protègent de la désagrégation. Bien souvent les supporters sont considérés comme l’identité d’un club. Jamais les dirigeants ne se remettent en question. Pourtant, aujourd’hui, il le faut. JHE doit se remettre en question afin que la ville qui le hait ne le déteste davantage encore. Les événements du 30 janvier ne sont pas sortis de nul part, ils sont les enfants d’erreurs répétées par les dirigeants. Car au FC Nantes, au Girondins de Bordeaux, ou encore à Wigan, ce sont bels et bien les dirigeants qui ont dessiné aux clubs un sombre avenir.

Le président voyait son club comme une entreprise cotée en bourse ? Que se passe-t-il quand une entreprise n’atteint pas les résultats escomptés ? Tout simplement, les dirigeants prennent leur responsabilité et quittent l’institution.
Le président prend plaisir à aiguiller le football vers le capitalisme ? Alors il ne doit pas être étonné lorsque les concernés prennent les armes et montent au front, pour reconquérir les droits qui leur ont été accaparés. Ici c’est Mars, surface rouge/ La population panique/ Histoire, tragique/ Atmosphère tendue, volcanique.

Cet opinion interroge sur l’avenir du football et la façon dont sont perçus les supporters. Après avoir longtemps été un exutoire populaire, un cercle dans lequel des gens qui n’ont rien en commun partageaient les mêmes valeurs, se retrouvaient, vivaient la même passion, s’amusaient, chantaient, criaient, après avoir été un espace où les travailleurs s’émancipaient de leur semaine de labeur, oubliaient les automatismes du travail, le football devrait désormais se calquer sur un modèle fuit ? Ce n’est pas notre avis, nous amoureux du football.

Maximilien REGNIER et Alexandre BONNOT

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