EDITO : mon dimanche à la Beaujoire, loin du football

La ligne 1 du tramway est bloquée le dimanche 13 décembre. Les forces de l’ordre maintiennent à distance les supporters avec du gaz lacrymogène sur un pont, au-dessus du périphérique nantais. Crédits photo : Bastien Blandin

Dimanche 13 décembre à midi, la bruine n’a pas découragé un peu moins de 400 supporters de venir partager leur colère, maladie chronique chez les amoureux du FC Nantes depuis plus de treize ans. J’y étais, en tant que fan depuis mes six ans. Toutes les générations étaient regroupées sur le parking relais de Ranzay, à un pont et 300 mètres de l’antre du jeu à la nantaise. Peu avant 13 heures, nous nous sommes engagés, masques sur le visage et espoir en tête, vers le stade de la Beaujoire. En traversant le pont, nous apercevons l’objectif, bien gardé. 18 fourgons de CRS sont là pour nous accueillir. En rentrant sur le parking avec un fumigène allumé, des chants et banderoles protestataires, le but de la manifestation était de faire part de notre colère pacifiquement avant une rencontre de Ligue 1. Les forces de l’ordre avaient un ordre clair : nous maintenir hors du parking, une étendue de 300 mètres avant le stade. C’est donc un espace fermé ne bloquant ni la circulation ni l’arrivée hypothétique de supporters (huis-clos avec les conditions sanitaires).

La violence reprend alors le dessus : grenade de désencerclement jeté en cloche et gaz lacrymogènes repoussent une foule venue seulement avec des masques. La liberté d’expression a été attaquée dimanche dernier. La manifestation tente toujours d’atteindre le parking du stade : des manifestants essayent de frayer un passage aux automobilistes empruntant la sortie de la Beaujoire. Bien sûr, des supporters réagissent mal : lancés de fumigènes et de poubelles et renvoi des gaz . Seulement, la colère ne nous paralyse plus, elle nous emporte. Des tirs de lacrymogènes tentent de nous repousser mais, aussi précis que Kolbeinn Sigthorsson, Etay Schechter, Kalifa Coulibaly, Antonio Mance, Ismaël Bangoura et tant d’attaquants, fantômes devant la Tribune Loire, les forces de l’ordre manquent le pont et envoient directement les gaz sur la voie rapide, pouvant provoquer un accident en surprenant un automobiliste. Je me réjouis qu’aucun accident n’ait eu lieu, sinon la manifestation aurait sûrement pris un autre tournant.

Résumons : maintien des supporters sur une voie publique avec des techniques controversées au lieu d’une manifestation pacifique et dans le calme sur un parking. Ma colère se porte surtout sur les autorités, complices en partie d’un planqué venu au stade regarder le match, non masqué. Un homme qui se moque ouvertement, sous le nez des caméras, des autorités. Nous avons alors tenté de contourner par l’entrée côté Océane, mon amour pour le club me portant dans un mini footing pour rejoindre l’autre côté. Ma condition physique veut craquer mais tout le monde s’encourage pour rejoindre au plus vite la tribune Océane. Cette fois-ci, c’est une voie de tramway qui est bloquée. Tirs à vue de flashballs, un homme touché est à la tête par l’une de celles-ci. Quatre hommes le portent hors des hostilités, de nouveau sur un pont au-dessus du périphérique. Des jets de pierres répondent aux charges et aux tirs de lacrymogènes. Scène lunaire quand en 2007, sur la même avenue de la gare de Saint-Joseph, plus de 500 personnes demandaient la vente du club par le groupe Dassault calmement et sans violence. C’est également un chemin que les supporters utilisent pour rejoindre le stade depuis le Leclerc « Paridis » hors crise sanitaire. Après des tentatives d’avancées toujours repoussées, les supporters reviennent avec dépit de l’autre côté dans le calme. Un cessez-le-feu est dicté tant que les supporters ne dépassent pas le pont. Nous affichons, avec l’impulsion de la Brigade Loire, une banderole contre le clan Kita qui gangrène le club. Mogi Bayat, Pascal Praud, Gilles Favard, Justine Morice, McKay et tant d’autres se joignent à ce groupe malveillant qui tourne autour du FC Nantes. Oui, Gilles Favard fut un grand conseiller de Waldemar Kita par le passé et que dire de Pascal Praud, invité en tribunes et dont la femme travaille au club. La manifestation se termine avec un arrière-goût de déception et la colère grandit. Seulement, un mouvement est né. Une chose est sûre : nous sommes nombreux et les rassemblements reviendront.

Alors qu’en est-il du football ?

Et oui, une manifestation pacifique repoussée par les autorités avec la matraque et aucune parole sur le plus beau sport populaire et collectif. Je me le demande. Elle s’inscrit dans une lutte contre les magouilles du président Kita, qui n’aime pas le football, n’aime pas l’institution. Il ne veut pas le bien d’un club octuple champion de France, respecté en Europe, formateur de plusieurs grands joueurs du pays. Une identité que le club a perdu avec les ambitions d’un président oubliant les fondements vieux de 77 ans : un logo hideux, des projets d’implantation du centre d’entraînement à 30 km de Nantes, un nouveau stade pour raser un temple du football français. Un temple du football qui a connu le record de réalisations en Equipe de France de Thierry Henry, le dernier but d’Emiliano Sala et surtout les buts fabuleux du FC Nantes de Suaudeau et Denoueix. Alors oui, la colère gronde. On parle du FC Nantes dans les faits divers. Je me sens mal tous les week-ends, comme des milliers de supporters nantais. Devant nos écrans, nous ne ressentons plus rien ou nous ne regardons pas. Je m’adresse à ceux qui n’ont pas de liens avec le club pour alerter sur la situation mais je m’adresse surtout aux supporters nantais qui restent dans le silence : Réveillons-nous. Notre club est en péril, le bateau qui était sur notre blason a bel et bien coulé. Le manque d’ambition et d’honnêteté de notre club déteint sur nous, sur la ville, sur la région. Imaginez un instant si le match avait eu lieu avec les supporters. Waldemar Kita aurait-il accepté que les forces de l’ordre chargent les supporters en Tribune Loire ? Aurait-il accepté de jouer le match à huis clos pour éviter toutes revendications ? Les affrontements auraient eu lieu au milieu des familles voulant assister au match ? On ne le saura jamais avant la fin de cette crise sanitaire mais la question peut se poser. Il est temps d’agir.

Les supporters ont accueilli Raymond Domenech, nouvellement nommée entraîneurs, avant sa première conférence de presse en affublant la Beaujoire de banderoles. Crédit photo : François Ventejou, journaliste chez France Bleu Loire Océan.

Ce jeudi, une enquête de Médiacités avec la participation de Médiapart a démontré que le président du FC Nantes détourne de nombreux fonds d’argent vers la Belgique, contournant l’ISF. Plus de 70 millions d’euros luxembourgeois n’ont pas été concerné par l’imposition. La famille Kita ne réside également pas en Belgique, alors que l’homme d’affaires franco-polonais assurait y vivre avec sa famille et non dans les appartements parisiens prestigieux qu’il s’est offert avec son fils. Le club est affecté directement avec des perquisitions au centre d’entraînement de la Waldemar Kita et son clan ne pourront plus cacher l’odeur nauséabonde qui rode autour du club derrière les mots et le soutien des chaînes du service public. Aujourd’hui, Florian Le Teuff, adjoint au maire de Nantes, a affirmé sur son compte Twitter vouloir réunir « une société commerciale rassemblant entreprises régionales et supporters pour définir une nouvelle gouvernance du FCN. ». Les soucis financiers de Waldemar Kita s’ajoutent à la déroute sportive avec un point pris à domicile face à la lanterne rouge dijonnaise dimanche (1-1 et 37% de possession de balle à domicile) et une défaite concédée en prenant trois buts en six minutes à Reims (3-2). La direction est aussi incompétente que les résultats sur le terrain. Les joueurs ne défendent plus le club avec le coeur, une valeur majeure de l’institution nantaise. Pour le président nantais, il faudra assumer face aux supporters, en tribunes, si ce n’est pas face à un tribunal. Pour les joueurs, il faudra faire preuve d’honneur si ils ne veulent perdre le peu de soutien qu’il reste à donner. Au moment où j’écris cet édito, il pleut dehors et dans mon coeur. J’espère que les efforts engagés par le conseil municipal, l’amour de tous envers ce club et la résistance des sponsors arriveront à pousser vers la sortie cette maladie qui tourmente le Football Club de Nantes. Alors oui, on va faire rire la France entière durant ces six prochains mois. La Brigade Loire l’a déjà en accueillant parfaitement Raymond Domenech avec la musique de la piste aux étoiles et que fait l’ancien sélectionneur et doyen de la Ligue 1 ? Il reste en plein déni en conférence de presse tout en critiquant le centre d’entraînement.

Lors de son premier entraînement, les supporters ont accueilli Raymond Domenech avec sarcasme.

Le chèque de Waldemar devait être conséquent, en espérant que tu puisses le toucher. Le Kita Circus s’est entraîné cette semaine pour sa première représentation lors d’un derby à la Beaujoire. C’est magistral pour faire couler le navire. Si la colère continue et la descente se profile, Raymond ne pourra pas se cacher derrière ces sourcils comme Kita derrière ces fausses adresses. Ce soir, pour la première fois, je voudrai une victoire rennaise. « Pas de pitié, enfoncez ces clowns » pouvait on lire au centre d’entraînement de la Piverdière. Et bien pour une fois, plusieurs supporters nantais soutiennent cette idée. Une union sacrée rare s’est formée sur les réseaux, quelque chose de fou, entre supporters nantais et rennais. Comment avons-nous pu atteindre un tel niveau ? Rendez-vous ce soir devant vos écrans, vous comprendrez. Même si il y a victoire nantaise, le message restera le même : libérez le canari de sa cage.

Image de couverture prise par François Ventéjou. @FrancoVentejou;

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