On a vraiment envie de te détester, Marcel

Les équipes de Marcelo Bielsa ont toujours plus ou moins appelé au débat de la communauté footballistique mondiale. Que cela soit à Bilbao, Marseille, Rosario ou encore Leeds, Marcel a toujours connu des détracteurs de sa philosophie qu’il chérit tant. Et il en connaîtra toujours. Bielsa, soit on l’adule, soit on le déteste, il n’y a pas de demi-mesure. Il est surtout et principalement le football, le football dans toutes ses proportions les plus folles, l’irrationnel. Mais être un magnifique perdant, ce n’est pas une mince affaire…

Pour être honnête, j’ai tendance à de plus en plus comprendre les réactions qui ont pu faire de nouveau surface après la lourde défaite des Peacocks d’ « El Loco » face au Manchester United du grand Ole Gunnar Solskjaer. Nous avons face à nous un ringard de 65 ans, moraliste, utopiste, obsédé par un sport nocif pour la santé, constamment habillé en survêtement, et qui, pour couronner le tout, a quelques soient les circonstances une armée de bielsistes derrière lui prête à vous contredire sous n’importe quel de vos tweets. Une armée qui s’auto-proclame amoureux du beau jeu, du football avec un grand F, les haters du pragmatisme en somme. Être bielsiste, c’est bien un choix de vie qui place votre propre identité en portafaux, revendiquant ses convictions contre vents et marées. Cela vous oblige à vous lancer dans une croisade face à des défenseurs de la finalité plutôt que du processus amenant à la finalité, face à des faux amoureux du sport roi. On préfère le jeu aux résultats, on préfère le football tout simplement, et ça, les autres ne peuvent le comprendre. Le tout en n’admettant jamais ou presque les fautes du gourou. Honnêtement, comment ne pas détester ces bielsistes ?

Cette armée, c’est celle qui va tout pardonner à Marcel. Peu de titres, des équipes entraînées souvent plus proche d’un XI d’électriciens en reconversion professionnelles plus que de « vrais » footballeurs, tant que le beau jeu est là…car Marcel c’est aussi ça. Une idéalisation presque naïve d’une beauté footballistique prenant place dans un monde qui l’est tout autant. Une beauté prônée via le football, pour le football. Une beauté qui n’a qu’un seul but : donner du plaisir aux gens, faire esquisser un sourire chez les personnes qui en ont le plus besoin. Ce qui compte par dessus tout, même s’il faut bien entendu gagner ses matchs, c’est la manière, quand beaucoup privilégient le résultat, coûte que coûte, en négligeant le jeu. Comme le disait parfaitement bien Elias Baillif, Marcelo Bielsa fait partie de la deuxième catégorie de personnes face à l’utilisation d’une machine à laver : celle qui fait les choses consciencieusement, qui est tatillon (un peu trop peut être), celle qui sépare les couleurs et fait ses lessives selon les matériaux. Celle qui y met de l’implication et qui y soigne le détails finalement.

C’est un concept difficile à appréhender : comment avoir de l’estime pour un entraîneur qui ne gagne rien ou presque ? Comment avoir de l’estime pour quelqu’un qui prend tant sa machine à laver à coeur ?

Le genre de tweets que l’on ne veut plus voir en 2020.

Les supporters de Leeds ont surement quelques éléments de réponse. Depuis son arrivée dans le Yorkshire, « le fou » a réussi l’immense exploit de redonner goût au football à une ville qui avait arrêté de rêver depuis plus d’une décennie.

Pour moi, Marcelo a déjà un statut de héros à Leeds. Il a rendu le football aux fans, et il nous a donné de l’espoir à tous. Je pense qu’on ose tous rêver à nouveau grâce à lui. Grâce à lui, un sentiment d’unité est revenu dans la ville. Il a contaminé tout le monde avec son amour pour le jeu.

Scott, supporter de Leeds (extrait via ultimodiez.fr)

Pourtant, Marcel a bien hérité d’une équipe de braconniers qui végétait encore autour de la 15ème place de Championship il y a à peine deux ans et demi. Aujourd’hui, cette même équipe, avec quelques ajustements il est vrai, est remontée en première division, et est aujourd’hui 14ème au classement après 14 journées, loin devant ses petits copains promus lors de la cuvée 2019-2020, Fulham et West Bromwich Albion.

Stuart Dallas, Luke Ayling, Ezgjan Alioski, Liam Cooper, Jack Harrison, tant de joueurs des « Whites » qui, sans l’arrivée d’un binoclard argentin probablement instable psychologiquement, n’auraient jamais ne serait-ce un jour espéré jouer en Premier League. Et c’est bien pour cela qu’on l’aime ce binoclard. Mais quand cela arrive, le choc pour ces joueurs est brutal. Bien que métamorphosés par le « Bielsa ball », la différence individuelle refait surface. À l’instar d’un Oliver Dall’Oglio à Brest, il y a un moment où vos propres joueurs vous font heurter un plafond de verre que vous ne pouvez franchir, aussi belles soient vos convictions tactiques. Et ce point, les détracteurs de Marcel semblent vite l’oublier. Bien jouer au football à un prix : quand vous perdez, on vous tombe tout de suite dessus. Si les résultats ne sont pas au rendez-vous, vous êtes tout de suite proclamé comme charlatan du football. La Volpe en connaît un rayon sur le sujet.

Nous vivons dans un monde étrange où si vous perdez, on dit que vous avez échoué

Pep Guardiola.

Bielsa nous fait souvent oublier qu’il entraîne des joueurs qui n’ont pas le niveau intrinsèque équivalant à leurs performances depuis deux ans et demi, mais les gens oublient souvent qu’il entraîne des joueurs qui n’ont pas le niveau intrinsèque équivalant à leurs performances depuis deux ans et demi. Rendre bons des moyens demande un travail titanesque, beaucoup plus usant pour joueurs et staff, mais quand on tire sur la corde, l’ensemble craque bien plus facilement. Roy Hodgson et son Crystal Palace ont beau en prendre sept face à Liverpool, cela fera toujours moins réagir qu’une défaite du dogmatique sur sa glacière. Être frileux et ne pas avoir d’idées de jeu claires sous prétexte de jouer « pour gagner » doit être une excuse valable pour se prendre des valises…

L’énigme Bielsa est pourtant probablement impossible à résoudre. Elle met tout bonnement en exergue la sensibilité des hommes vis-à-vis du football. Souvent aussi reliée à une autre question qui taraude la communauté footballistique mondiale. Pragmatisme contre dogmatisme, deux termes tellement vagues et tellements utilisés que personne ne sait actuellement ce qu’ils signifient. Dogmatique voudrait donc dire bien jouer mais perdre, pragmatique gagner mais devoir produire des performances indigestes. Pep Guardiola est pourtant l’entraîneur le plus pragmatique qui soit…le débat dure depuis des années et durera pendant encore un long moment, tout simplement car il n’a pas de réponse viable. Le fanatique cherchera et trouvera très surement des circonstances atténuantes défendant Marcel et son dogmatisme. Le sceptique se confortera lui dans son scepticisme par pur égoïsme et idéologie. Finalement, Marcelo Bielsa se boit cul sec ou il ne se boit tout simplement pas.

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