Ronaldinho, le coeur de Barcelone

25 août 2010, finale du Trofeo Gamper entre le FC Barcelone et le Milan AC. Cette compétition plutôt anecdotique est organisée chaque fin de mois d’août pour rendre hommage à Joan Gamper, fondateur du club Blaugrana. En somme, une sorte de répétition générale pour les deux équipes qui s’affrontent à l’aube d’une nouvelle année de championnat. Mais cette édition 2010 a une saveur spéciale pour les socios du Barça. Quand un certain numéro 80 du Milan AC rentre sur la pelouse après l’entrée des deux équipes sur le terrain, ce sont plus de 96 000 personnes qui se lèvent, chantent, crient mais surtout applaudissent. Ronaldo de Assis Moreira est de retour, le temps d’un match. Si cette rencontre est restée anecdotique tant dans le jeu que dans le score, elle va pourtant donner deux moments, deux instants que chaque personne aimant de près ou de loin le football, se rappelle encore. Carles Puyol, alors capitaine des blaugranas, va montrer au monde entier que Ronaldinho était, est et sera toujours un joueur du FC Barcelone. Pour cela, le joueur espagnol invite Ronnie à apparaitre sur la photo d’équipe du Barça, posant ainsi aux côtés de ses anciens coéquipiers comme il l’a fait durant de nombreux matches. Enfin, au terme d’une opposition plutôt terne remportée par les locaux, le trophée Gamper est remis à Carles Puyol, qui, tout naturellement, décide de le remettre à Ronaldo. Pris par l’émotion, c’est au milieu du Camp Nou que Ronnie se place pour faire ses adieux aux supporters qui scandent son nom. Le moment est émouvant, déchirant pour tous les amoureux du foot et surtout pour les socios qui ont eu le bonheur de voir ce joueur à l’œuvre. Mais comment et pourquoi un public, qui a pourtant vu jouer dans leur stade les plus grands noms de ce sport, ce sont autant attachés à ce brésilien si chaleureusement surnommé, Ronaldinho.

Le nouveau visage de Barcelone.

Quand on parle de Ronaldinho, on parle d’un joueur qui a fait rêver toute une génération, d’un joueur qui a donné à des millions d’enfants à travers le monde l’envie de jouer au football. Il est coutume de dire à propos des personnes qui sont considérées comme des génies dans leur domaine qu’elles sont nées avec ça. Ce talent, ce don. Des privilégiés nés sous une bonne étoile. Et pour Ronnie, tout porte à croire que ce fut le cas. Quand le brésilien rejoint le FC Barcelone en 2003, Ronaldinho est déjà champion du monde avec la Seleção un an plus tôt. Un sacre auquel il contribue grandement grâce à un but devenu mythique, un coup franc tiré de 35m excentré largement sur la droite et qui lobe le gardien anglais donnant ainsi l’avantage au Brésil jusqu’à la fin du match. C’est donc dans la peau d’un des meilleurs joueurs du monde que Ronnie débarque dans la capitale catalane. Seulement à ce moment-là, Barcelone traverse une période difficile avec 5 années sans avoir remporté le moindre trophée, perdant chaque année peu à peu la face devant la suprématie de son rival madrilène mais également de son voisin, le FC Valence.

Retrouvez notre introduction sur l’art qu’est le football au Brésil.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Ronaldo de Assis Moreira sait comment conquérir le cœur d’un des publics les plus difficiles du monde. Alors que le Barça est mené 1-0 pour le premier match à domicile contre le FC Séville, le joueur brésilien décide d’accélérer. Le nouveau numéro 10 prend la balle à la ligne médiane et commence à prendre de la vitesse, effaçant un premier joueur d’un crochet extérieur puis un deuxième de la même manière. Ronnie est à 25m face aux buts adverses et envoie une frappe du coup du pied, surpuissante, qui vient finir sa course dans les filets après s’être écrasée sur la partie basse de la barre. La foule exulte, crie, se prend à la tête à deux mains, choquée de ce qu’elle vient de voir. Choquée de ce dont est capable Ronaldinho.

Au terme de sa première année en Catalogne, le meneur brésilien marque 22 buts et signe 11 passes décisives. Le Barça a retrouvé de sa superbe grâce à son joyau, avec certes une deuxième place au classement mais devant le Real Madrid.

Pour sa deuxième saison dans la ville espagnole, l’ambition du club est claire, replacer Barcelone au sommet de la Liga. Et pour cela, le plan de l’entraîneur Frank Rijkaard est simple, construire son équipe autour de son maître à jouer. C’est dans ce cadre que plusieurs grands noms en devenir débarquent en Catalogne. Deco, Samuel Eto’o, Ludovic Giuly ou encore son compatriote Sylvinho. Une équipe bâtit pour Ronaldinho, prête à défendre à sa place pour qu’il puisse consacrer tous ses efforts à faire gagner l’équipe. Ayant une totale liberté ballon au pied, Ronnie récite son football, jouant la plus belle des symphonies. On peut aimer ou non un artiste, mais un génie laisse rarement la place au débat. Et de débat, il n’y en pas eu pour la venue de Ronaldinho et du Barça au Santiago Bernabeu. Défait 3-0 à domicile, le Real Madrid de Zidane, Roberto Carlos et Ronaldo n’a rien pu faire face à R10. Auteur d’une prestation de très haut niveau, le brésilien s’amuse comme s’il était dans son jardin, éliminant ses adversaires trop facilement, battant à deux reprises Casillas sans forcer. Tout en élégance, Ronaldinho fait lever Santiago Bernabeu. De nombreux spectateurs merengues applaudissent la star barcelonaise, du jamais vu.

À l’image de sa domination sur tous les terrains du continent, Ronaldinho remporte le ballon d’or pour l’année 2005, seulement 10 jours après son récital contre le Real Madrid. L’auriverde est bel et bien le meilleur joueur du monde. Explosif avec une qualité technique bien au-dessus de la moyenne, Ronnie est surtout un joueur imprévisible et un formidable passeur. Capable d’envoyer des passes lasers en moins d’une seconde, le fantasque brésilien n’oublie jamais ses partenaires et où le jeu doit aller. Grâce à sa vision du jeu exceptionnelle, le blaugrana peut s’adapter à toutes les situations. En atteste ce but marqué contre Chelsea où Ronaldinho se retrouve à l’entrée de la surface de réparation face à 4 joueurs des blues. Quelques pas de danses en guise de feinte pour s’ouvrir un mince espace d’action et voilà le ballon déjà au fond des filets de Petr Cech. Le joueur barcelonais vient d’envoyer le ballon au ras du poteau gauche grâce à son tir du « pointu », frappe imprévisible pour le gardien.

La saison 2004-2005 vient rajouter à un palmarès déjà bien fournit un championnat d’Espagne. Maintenant, Ronnie n’a plus qu’un seul rêve, la Ligue des Champions.

Pour la saison qui suit, le FC Barcelone marche sur la Liga et remporte un deuxième championnat consécutif avec plus de 12 points d’avance sur le Real Madrid. Les Barcelonais peuvent donc pleinement se concentrer sur la finale de la Champions League qui les opposent aux Gunners d’Arsenal emmenés par le grand Thierry Henry. Au tour précédent, le FC Barcelone affrontait le grand Milan de Shevchenko, Maldini et du virtuose Kaka. On dit souvent que ce sont dans les grands matches que l’on voit si un joueur est à la hauteur de sa réputation. Cette fois-ci ne déroge pas à la règle. Le blaugrana enchaîne les passements de jambes, les crochets extérieurs mais surtout les coups du sombrero sur notre ami Gattuso, un des milieux les plus virulents de la décennie. Cette soirée-là, la brute est devenue un enfant de cœur. Enfin, dans une rencontre où aucune des deux équipes ne parvient à prendre le dessus, la solution se nomme une fois de plus Ronaldinho. Une passe éclair dans le dos des défenseurs qui arrive avec un timing idéal pour que Giuly vienne placer une demi-volée de son pied gauche, à bout portant, faisant ainsi trembler les filets de Dida. La lumière est une fois de plus venue de l’auriverde.

La finale de la Ligue des Champions 2006 n’est pas le meilleur match des deux équipes et surtout de R10. Cependant, il parvient quand même à faire pencher l’issue du match en faveur des blaugranas. Lancé dans la profondeur par Ronnie, Eto’o parvient à contrôler le ballon juste avant d’être fauché par le gardien allemand Jens Lehmann. Le résultat est sans appel, carton rouge pour le gardien des Gunners laissant son équipe à 10. Arsenal lutte mais finit par s’incliner 2-1 au Stade de France. Ronaldinho signe ainsi sa meilleure saison avec un doublé Coupe d’Europe – Championnat auréolée de 26 buts et 24 passes décisives en 45 matches. Le prime de Ronnie est un chef d’œuvre qui l’aura fait lever le dernier trophée qu’il convoitait.

Champion du Monde, Champion d’Europe, Ballon d’Or. Ronaldinho est maintenant au sommet du football et tout semblent être réunis pour qu’un nouveau règne commence sur le Vieux Continent. En réalité, c’est déjà le début de la fin.

Un phénix fatigué.

Après avoir tout gagné, le joueur barcelonais est fatigué, son corps ne suit plus. Adepte des nuits barcelonaises, Ronaldinho baisse de régime et enchaîne les blessures. Des polémiques font également surface avec des vieilles photos montrant Ronnie en boîte de nuit veille de match. Le club catalan n’a plus le choix et le divorce est consumé avec le club de son cœur après 5 années de bonheur. Ronnie s’envole alors vers la Lombardie contre un chèque de 21 millions d’euros et rejoins le Milan. Si le niveau de jeu n’est plus là, la passion reste. Ce ne sont pas moins de 40 000 lombards qui assistent à la présentation de celui qui les a tant fait souffrir. Mis à part sa deuxième saison où Ronaldinho retrouve un semblant de son ancien niveau avec quelques coups d’éclats, le joueur brésilien n’est plus le même et n’a plus le même corps. À l’image du club rossoneri, Ronaldinho est en plein déclin. C’est avec de nombreux kilos en trop que le brésilien, âgé de 30 ans décide de revenir au pays après avoir marqué 25 buts et délivré 24 passes décisives en 2 ans avec l’AC Milan.

La suite de sa carrière est une succession de club que rejoint Ronaldinho dans la peau d’une idole. Quelques fois, le brésilien parvient à retrouver un peu de rythme notamment avec l’Atletico Mineiro avec qui il signe quelques coups d’éclats et remporte notamment une Copa Libertadores. Mais le phénix est fatigué et ne parvient pas à pleinement renaître de ses cendres, définitivement plus intéressé par la vie de « carioca ». 3 ans après son dernier match professionnel avec le club de Fluminense, Ronaldinho décide après de merveilleux moments de prendre sa retraite à l ‘âge de 38 ans.

Mais que faut-il retenir de la carrière de Ronaldinho. Bien souvent, les sentiments s’entremêlent. Faut-il regretter que Ronaldinho n’est pas régné pendant plusieurs années comme son talent aurait dû lui permettre. Ou bien garder en mémoire le meilleur et se souvenir de toutes les émotions qu’il nous a offert. Une carrière merveilleuse mais inachevée peut-elle accentuer son statut de légende ? Faut-il voir le verre à moitié vide, ou à moitié plein ?

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