Kaká, le plus européen des brésiliens

L’élégance. Si les dieux du football devaient élire les joueurs les plus élégants, nul doute que Kaká pourrait figurer dans la liste finale. Au-delà d’être un footballeur hors pair, il est un homme bon, pieux et éduqué. Sa célébration, doigts pointés vers le ciel et la tête haute, est le témoin absolu de son humilité. Brillant au Brésil, légendaire en Italie et formidable en Espagne, partout où Ricardo Izecson Dos Santos de Leite passe, il engendre de nouveaux fidèles éperdument amoureux de son jeu.

Gama, Brésil, le 22 avril 1982. Alors que le Roi Pelé est à la retraite depuis 5 ans et que Socrates, Zico et d’autres sont les acteurs d’une Seleção brillante, nul ne sait qu’une nouvelle légende Auriverde vient de naître. Dès l’enfance, Ricardo est plus habile que les autres dans un sport qui le passionne. Son surnom “Kaká” naît lorsque son petit frère ne parvient pas à prononcer le prénom Ricardo. Issu d’une famille assez aisée, il grandit dans une banlieue chic de Gama et à seulement 8 ans, il rallie le centre de formation de São Paulo. Sélectionné en équipe espoir de la Seleçao à 17 ans, tous ses entraîneurs sont d’accord pour dire que Ricky deviendra sans nul doute un grand joueur. Doté d’une vision de jeu hors norme, il franchit toutes les étapes et décroche son  premier contrat pro un an plus tard. Malheureusement, il connaît quelques mois plus tard un accident tragique qui aurait pu mettre un terme à sa carrière. En vacances chez sa famille, il se brise la sixième vertèbre et pourrait ne plus marcher. Il rétablit miraculeusement et dédie son entière guérison à Dieu : pour lui, ce miracle est le fruit de sa piété inébranlable. 

 “Cet épisode m’a certainement renforcé sur le plan spirituel, Dieu m’a aidé à guérir alors que je risquais d’être paralysé pour toujours sur une chaise roulante” Kaká sur son accident.

Le règne milanais.

À São Paulo, on ne tarit pas d’éloge sur ce gamin à peine majeur. Comparé souvent avec l’immense Socrates de part sa vision de jeu et ses passes millimétrées, le natif de Gama célèbre ses réalisations en les dédiant à son dieu. Il réalise deux saisons plus que réussies au cours desquelles il inscrit 27 buts en clubs et marque notamment un doublé lors de la finale d’un tournoi national face à Botafogo (2-1).
Par ailleurs, il est appelé pour la première fois en Seleção le 31 janvier 2002 face à la Bolivie (6-0) avant d’être retenu pour la Coupe du Monde 2002 dans laquelle il joue très peu. À l’issue de ces deux saisons, toute l’Europe a un œil sur le Brésil, et une question se pose : Qui donc accueillera ce jeune talent qu’on appelle Kaká ? Le PSG, Chelsea et Milan sont sur le coup, c’est finalement les Rossoneri qui remportent le jackpot grâce à Leonardo. Débarqué en Lombardie pour 8,5M à l’été 2003, l’association entre l’AC Milan et Kaká est assez logique. Il est un joueur noble, pieux et surtout un bon garçon.

“C’est le fils idéal, le mari idéal, le gendre idéal. Il est beau, courageux, talentueux, éduqué, bon et il a une femme merveilleuse” Silvio Berlusconi (ex président du Milan) sur Kaká.

Ricky connaît une titularisation rapide auprès d’aussi grands talents que lui. Associé à Inzaghi et Shevchenko sur le front, soutenu par Pirlo et Seedorf et protégé par Maldini et Nesta, il évolue dans les meilleures conditions. Il inscrit 10 buts en 30 matchs et devient peu à peu un élément clé de la formation d’Ancelotti mais surtout un des acteurs du sacre de champion de l’AC Milan. Passeur hors pair, il délivre bon nombre de caviars et devient par ailleurs le meilleur joueur étranger de l’année. 

Alors qu’il est appelé pour disputer la Copa America, il décline la proposition et se focalise sur ses entraînements avec le Milan. Au cours de sa deuxième saison avec le Milan, Kaká continue de prouver à la planète football son immense talent. Plus explosif et adroit que la saison précédente, il se met au service de ses coéquipiers et acquiert le statut d’indispensable. Il est disposé derrière Crespo et Shevchenko en tant que véritable meneur de jeu dans un 4-1-2-1-2, voire parfois à gauche dans un 4-4-2. Ricky termine la saison avec 13 buts et 18 passes décisives TCC et permet une belle deuxième place derrière la Juve. De plus, il participe au parcours européen presque parfait de son équipe. Presque parfait car les Rossoneri échouent en finale face à Liverpool au cours d’un des plus gros retournement de situation de l’histoire de la C1 : après avoir mené 3-0 à la mi-temps, Steven Gerrard porte les Reds qui égalisent et sortent victorieux de la confrontation au tir au but. Malgré ce scénario horrifique, l’auriverde est élu meilleur joueur de la compétition. 

“Incroyable. Milan a perdu aux tirs au but un trophée que le club avait déjà en poche. Et il l’a perdu de façon douloureuse, extrêmement douloureuse. Car une équipe qui marque trois buts dans les 45 premières minutes et qui domine largement son adversaire et le disloque par de superbes actions ne peut pas concéder trois buts en six minutes. Ces six minutes, fatales après la reprise, ont tout anéanti”, la Gazzetta dello sport.

La saison suivante, le natif de Gama revêt la tunique de buteur et inscrit 10 buts de plus que la saison précédente avec notamment son premier triplé face au Chievo Vérone. Alors que le Milan termine sur la deuxième marche du podium à 3 points de la Juve, éclate l’affaire Calciopoli. La Gazzetta dello sport et Il Corriere della Sera dévoilent des comptes rendus d’écoutes téléphoniques dans lesquels sont découverts des faits de corruption du corps arbitral. Le scandale implique 5 clubs italiens tels que la Juve, la Lazio, la Fiorentina, la Regina et enfin l’AC Milan. Tous sont sanctionnés : la Juve est reléguée et les autres encourent des amendes, des matchs à huis clos mais surtout une ponction de points sur la saison 2005-2006 et 2006-2007. Dans le cas des diavolo, 30 points leurs sont enlevés sur la saison actuelle (ils sont donc finalement troisième) et devront débuter la saison d’après avec 8 points de retard et un match à huis clos. 

Ce scandale n’aura pourtant aucun effet sur le numéro 22, qui va réaliser une saison tout aussi aboutie que la précédente avec à la clé des distinctions individuelles et collectives. À l’été 2006, il trouve une place de titulaire avec la Seleçao. Il est également l’auteur de vraies bonnes prestations malgré l’élimination face à la France en quart de finale. En club, malgré une 4ème place logique en Serie A, le grand Milan connaît un parcours dorée en Ligue des champions dont le phénomène auriverde n’est pas inconnu. Après une première place en phase de poules, ils viennent à bout du Celtic Glasgow et du Bayern Munich, tombant alors face au grand Manchester United de Wayne Rooney et de Cristiano Ronaldo. Dans un premier temps, Kaká répond à l’ouverture du score de CR7 par une sublime frappe du pied gauche (il est droitier) qui trompe Van der Sar. Un peu plus tard dans le match, il va se jouer de la défense mancunienne dans un enchaînement parfait et propulse le ballon à la gauche du gardien batave. Ce but à la sauce joga bonito est l’aboutissement même d’une action individuelle aussi intelligente que prodigieuse, il le qualifie d’ailleurs comme le plus beau but de sa carrière. Pourtant défait 3-2 à l’issue de cette rencontre, les milanais vont réaliser l’exploit et remporter le match retour 3-0 avec un Kaká une nouvelle fois au sommet de son art. 2 ans après la déroute face à Liverpool, le destin met à nouveau les deux clubs en opposition. D’abord servi par Pirlo à la 45’ pour l’ouverture du score, Inzaghi verra un ballon parfait arriver dans sa course à la 82’ pour son doublé. L’auteur de ce ballon, c’est évidemment Kaká, et cette passe décisive est sûrement la plus belle et la plus significative de sa carrière. L’égalisation des Reds en toute fin de match n’empêchera pas pour autant le sacre de l’AC Milan qui explose à la fin du temps réglementaire. 10 buts, 3 passes décisives, le tout uniquement en Ligue des Champions, Ricky a su porter son effectif sur le toit de l’Europe. Cette année-là il est élu à l’unanimité ballon d’or devant Cristiano Ronaldo et Lionel Messi, et obtient même la double nationalité italienne. En parallèle, le Real Madrid s’intéresse à l’auriverde mais le Milan le déclare intransférable. 

File:Kaka in Moscow 2007.jpg - Wikimedia Commons
Kaka lors d’un match amical à Moscou, 2007.

Au cours des deux saisons qui suivent, les performances de Kaká se stabilisent, à l’image de celles de son club. Toujours aussi décisif, il est l’un des joueurs les plus élégants de son championnat et s’illustre par des frappes chirurgicales et des passes en profondeur qui demandent un QI foot largement au-dessus de la moyenne. Il est LE meneur de jeu par excel lence de la formation d’Ancelotti, et connaît lors de sa dernière saison au club une association réussie avec Ronaldinho et Alexandre Pato. Dernière saison, car son histoire d’amour avec l’AC Milan prend fin à l’issue de l’exercice 2008-2009. En dépit de problèmes physiques et de légères blessures qui entachent peu à peu ses performances, il reçoit l’autorisation de son club de discuter avec d’autres enseignes. D’abord pressenti à Manchester United, il s’envole finalement du côté du Real Madrid, ne laissant que des bons souvenirs à San Siro et dans le cœur des supporters rossoneri.

« Mon chant : ‘Nous sommes venus de tout ce chemin, nous sommes venus de tout ce chemin, pour voir l’œuvre de Kaká. Chaque fois que j’entends cette chanson, quand je reviens à San Siro et qu’ils la chantent, quand je regarde une vidéo en ligne, ça me donne encore la chair de poule à cause de toutes les émotions qui y sont liées » Kaká sur San Siro.

Madrid, lent crépuscule.

Le 30 juin 2009, Kaká est présenté aux socios madrilènes. Débarqué pour un peu moins de 70 millions d’euros, ce transfert fait de lui le troisième joueur le plus cher de l’histoire. Pourtant, ce départ en Espagne signe le début d’une longue et éprouvante descente aux Enfers. Il refuse dans un premier temps de porter le numéro 5 de Zizou puis se verra porter le numéro 8. Ralenti par des blessures de plus en plus insistantes, il réalise une saison timide et subit une opération à l’été 2010 après une Coupe du Monde, durant laquelle il termine meilleur passeur. L’arrivée d’Ozil pour le remplacer va pousser Kaká sur le banc, et Mourinho lui attribue subtilement le rôle de “super sub”. Après quelques matches, on retrouve peu à peu le meneur de jeu d’antan et Mourinho n’hésite pas à le titulariser quand ses performances sont au rendez-vous, si bien qu’en 2011 il s’est remis les socios dans la poche.
Malheureusement, il est jugé trop inconstant et ne peut s’apercevoir que depuis le banc de l’explosion de Benzema, Ronaldo et Ozil. Toutefois, son comportement est le reflet de l’homme bon et éduqué qu’il est : quand il est appelé, il se montre sous son meilleur jour et remercie son coach. Quand il ne l’est pas, il reste calme et souriant, et attend patiemment son heure. Après une longue absence avec l’équipe nationale, il est finalement rappelé en 2012 pour quelques matches amicaux dans lesquels il brille. L’épopée madrilène a davantage l’apparence d’un échec plutôt que d’une réussite. Son salaire élevé met à mal les finances du club alors qu’il joue assez peu, c’est dans cet optique que lui et le club se mettent d’accord sur son départ. Comme un signe du destin, il se dirige vers son amour déchu et fait le choix du cœur : le 2 septembre 2013, il rallie Milan, retrouve son numéro 22 et surtout le brassard de capitaine. 

Après quelques matches amicaux disputés avec le Brésil, Kaká n’est plus titulaire et n’est même pas appelé pour disputer le Mondial 2014. Suite à une blessure aux adducteurs, il déclare publiquement vouloir suspendre son salaire sur l’entièreté de son indisponibilité. Après une moitié de saison en demi teinte, il inscrit son 100e but en Serie A à l’occasion de la 18ème journée du championnat. Il s’illustre en tant que leader dans un AC Milan pourtant bien triste, et décide à la fin de la saison 2013-2014 de se donner un nouveau défi, une nouvelle opportunité. C’est dans cette optique qu’il quitte définitivement la Lombardie, après 367 rencontres disputées, 128 réalisations et 75 passes décisives. Dans l’esprit des rossoneri, il a largement sa place dans le panthéon des légendes milanaise, au côté de Pirlo, Maldini et bien d’autres.

Après réflexion et négociation, Ricky décide de rejoindre le continent américain et signe en juillet 2014 à Orlando City. Prêté dans un premier temps dans son club formateur à Sao Paulo.. Il revient à Orlando en 2015 et même s’il est capable du meilleur, son prime est derrière lui. Moins explosif et réactif, il prend la décision en octobre 2017 d’arrêter sa carrière. Il exprime par ailleurs son envie de continuer à évoluer dans le staff d’une équipe alors qui sait, peut être un jour aurons nous l’opportunité de revoir Kaká, le plus européen des brésiliens comme disait Leonardo. 

Kaká est l’essence même du joueur élégant : chirurgical dans ses passes, précis lorsqu’il tire mais surtout efficace balle au pied. Il est l’homme bon et gentil que toute équipe rêve d’avoir dans son effectif, avec un caractère simple et un amour du football certain. Numéro 10 dans l’âme, il laissera à jamais son empreinte sur le numéro 22 rossoneri et le nombre de distinctions individuelles et collectives témoignent de son immense talent.

Une réflexion sur “Kaká, le plus européen des brésiliens

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