Thierry Henry, ode au football

Nous sommes le 9 janvier 2012. Arsenal reçoit Leeds United pour le compte du troisième tour de FA Cup dans une froide soirée hivernale à l’Emirates Stadium. Au bout de 68 minutes de jeu, Arsenal n’est toujours pas parvenu à trouver la faille, mais les 60 000 spectateurs de l’antre des Gunners se lèvent comme un seul homme. Ne vous méprenez pas toutefois, ce n’est pas pour acclamer la sortie de Marouane Chamakh que l’Emirates Stadium explose, mais bien pour celui qui va prendre sa place. Cinq ans après son départ, Thierry Henry fait son retour sous les couleurs d’Arsenal, étant prêté pour six semaines par son club de New York Red Bulls pendant la trêve hivernale américaine. Le roi est de retour dans sa forteresse, et quand un intrus s’y introduit, on sévit. Dix minutes après son entrée en jeu, Thierry Henry est parfaitement servi par Alex Song, et parvient à tromper Andy Lonergan de sa spéciale, un enroulé du pied droit dans la surface de réparation. L’Emirates Stadium s’embrase, laissant planer une impression de revoir le jeune attaquant de 22 ans, arrivé en 1999 en provenance de la Juventus Turin. Insouciant, ivre de bonheur, courant partout comme s’il s’agissait de son premier but en carrière…  

Ce simple geste, ce simple but, montre tout simplement à quel point le football peut être simple, mais signifie tant. A jamais, Thierry Henry sera dans la légende d’Arsenal, de la Premier League, et plus globalement du monde du football. Mais qu’est-ce qui fait d’un joueur une légende par rapport à un de ses coéquipiers ? Pourquoi Thierry Henry a obtenu une statue devant l’Emirates Stadium avant même d’avoir pris sa retraite ? Si les performances jouent pour beaucoup, ce n’est pas la seule raison. Lorsqu’on parle de Thierry Henry, on pense à Arsène Wenger, on pense aux Invincibles, à l’élégance pure, au football brut. Celui qu’on cherche, et qu’on est forcé d’apprécier. Thierry Henry, c’est l’essence du football. Il est difficile de mettre des mots sur un tel talent, alors laissons parler notre cœur, dans cette ode au football et au meilleur joueur étranger de l’histoire de la Premier League. 

Un petit prince devenu légende.

La mythique célébration de Thierry Henry à White Hart Lane face aux Spurs pour laquelle est inspirée la statue du français à l’Emirates Stadium (Crédit Photo : Sky Sports)

Au-delà de son talent, Thierry Henry était un pionnier. L’ampleur de l’influence du français durant sa période chez les Gunners se ressent dans la manière dont s’inspirent de nombreux joueurs des nouvelles générations. Marcus Rashford, Kylian Mbappe, Anthony Martial… tous ont grandi en regardant la star des Gunners et présentent beaucoup de ces mêmes qualités. Plutôt que de rester dans l’axe et d’attendre que les occasions se présentent, l’international français laissait place à sa liberté créative et se créait des actions lui-même. Signature des grands joueurs, Thierry Henry possédait sa spéciale, en coupant à l’intérieur de la surface de réparation et enroulant le ballon filet opposé, en témoigne son but contre Leeds lors de son retour en 2012. Il a montré que les attaquants n’avaient pas besoin d’être de simples finisseurs d’actions, qu’ils pouvaient être des attaquants au sens large, libres de se déplacer, de jouer en équipe et de faire bouger les choses. Les défenseurs savaient ce qu’il voulait faire mais étaient souvent impuissants à l’arrêter. Le français était trop rapide, trop rusé et trop décisif.  

« Thierry est le meilleur attaquant du monde. Il est de loin le meilleur du monde. Thierry ne se contente pas de marquer des buts. Même quand il ne passe pas une bonne journée, il peut faire une passe importante. C’est un personnage fort. Si les choses tournent mal, il rebondit tout de suite. Son effet sur le club est très important »

Patrick Vieira, ancien coéquipier de Thierry Henry à Arsenal et en Équipe de France;

Thierry Henry a dépassé toutes les attentes placées en lui lors de son arrivée en Angleterre. Alors qu’il s’était retrouvé en grande difficulté à Monaco et à la Juventus Turin lorsqu’il était titularisé sur l’aile, Thierry Henry s’est épanoui lorsqu’on lui a donné l’occasion de faire à nouveau équipe avec Arsène Wenger, qui l’a ramené au poste d’attaquant qu’il occupait dans son enfance. Pendant huit années sensationnelles, l’international français n’eut aucune pitié pour les défenses de Premier League, faisant preuve de rapidité, de ruse et surtout de sang-froid devant le but. A son départ pour le FC Barcelone en 2007, Thierry Henry quittait la capitale londonienne en légende, et avec le statut de meilleur buteur de l’histoire d’Arsenal avec 226 réalisations, dont 174 en Premier League. Comme si ce n’était pas un exploit assez retentissant et témoignant de l’immensité du joueur, l’attaquant français a passé cinq saisons consécutives à marquer 30 buts ou plus. 

L’un des plus gros coups de maître de Arsène Wenger ? (Crédit Photo : Paris-Match)

Arsène Wenger – Thierry Henry : Une rencontre capitale pour un destin change à jamais.

Si Thierry Henry est rapidement entré dans la légende à Arsenal en étant décisif rapidement, ce n’était pas forcément le cas lors de ses précédentes expériences, du côté de l’AS Monaco et de la Juventus de Turin. Henry laissait d’ores et déjà entrevoir un talent inné, mais n’était que sporadiquement efficace. Cela était dû en partie à son manque d’expérience, mais également à la tendance à l’utiliser largement comme ailier traditionnel. Son souhait a toujours été d’être attaquant, mais il ne correspondait pas au modèle établi dans ses précédents clubs. Ce n’est qu’une fois qu’il a rejoint Arsenal qu’il a commencé à y jouer régulièrement.  

En Arsène Wenger, il a trouvé une âme sœur, quelqu’un de désireux de révolutionner la façon dont le football était traditionnellement pratiqué, en particulier en Angleterre. « Qu’est-ce qui le rend spécial ? Il a un mélange de talent physique et de capacité technique, ainsi qu’une intelligence remarquable et surtout une grande passion pour le jeu » déclarait Arsène Wenger, à propos du champion du monde français. Les lignes droites, les longs ballons et l’esprit de compétition dominaient depuis de longues années, les attaquants étaient stéréotypés, centrés sur eux-mêmes et manquant de créativité. Ils se concentraient uniquement sur la finition des occasions plutôt que sur leur création, mais le technicien français est un visionnaire, et à l’époque se préparait déjà le début d’une nouvelle ère, celle des Invincibles, avec Thierry Henry en tête d’affiche. 

« Nous avons été bénis dans ce pays de voir Thierry jouer à son apogée. Il était potentiellement l’un des plus grands joueurs du monde et, même si vous souteniez une autre équipe, vous ne pouviez pas vous empêcher de prendre plaisir à le voir jouer »

Jamie Carragher, ancien joueur de Liverpool, à propos de Thierry Henry.

Lors de la saison historique des Invincibles en 2003-2004, Thierry Henry a joué un rôle déterminant, aux côtés de ses compatriotes Robert Pires et Patrick Viera, en permettant à Arsenal de devenir la première et la seule équipe à rester invaincue en championnat pendant toute une saison. Le français a également été récompensé individuellement à la suite d’une saison historique sur le plan individuel, marquant l’âge d’or de sa carrière en club, et remporta son deuxième titre consécutif de joueur de la saison de la PFA et son deuxième des quatre souliers d’or de Premier League, ainsi que son tout premier soulier d’or européen. 

Découvrez le récit des Invincibles par la Causerie.

Les Invincibles, à jamais dans l’histoire de la Premier League (Crédit Photo : Eurosport)

Un talent incontestable, une élégance incomparable.

Au-delà des chiffres, statistiques et autres données sorties de leur contexte, Thierry Henry était une œuvre. Un chef-d’œuvre que l’on pourrait admirer des heures durant. Le but en talonnade contre Charlton, la volée somptueuse contre Manchester United… Thierry Henry, c’est l’art d’humilier ses adversaires avec élégance et froideur, rendant le joueur si unique, et le faisant entrer un peu plus dans la légende au fil des buts. Son plus grand talent était son intelligence et sa façon de penser au jeu. Beaucoup se fient à leur instinct dans une situation de face à face, mais pas Thierry Henry. Il était le genre de joueur que vous regardiez enfant avec un sentiment d’admiration, des étoiles dans les yeux et des rêves plein la tête, avant de tenter de reproduire ses gestes dans la cour de récréation le lendemain. 

« Il y avait une grâce, une élégance, une beauté dans sa façon de se déplacer. » 

Gianfranco Zola, ancien attaquant de Chelsea.

Se pose aussi la question de ce qu’est une légende et qu’est-ce qui la constitue ? Peut-on se contenter de regarder les statistiques et les utiliser pour considérer qu’un joueur est une légende ? Ou bien est-ce les souvenirs qu’un footballeur vous laisse, la marque indélébile de la grâce, de l’habileté et du but que personne d’autre ne peut égaler ? Si l’on regarde les statistiques et les réalisations de Thierry Henry, il était sans aucun doute un grand joueur. Si vous analysez ses nombreux moments mythiques, il ne peut y avoir de débat. Élégant mais impitoyable, Henry a dominé le football anglais, l’a ébloui de son talent, allant même jusqu’à recevoir des ovations du public à l’extérieur. 

Thierry Henry avec ses trophées de meilleur buteur et meilleur joueur de Premier League 2004 (Crédit Photo : Daily Mirror)

Dans la légende.

Après huit ans de bons et loyaux services chez les Gunners et une frustrante dernière saison marquée par des blessures à répétition et une finale de Ligue des Champions perdue face au FC Barcelone, Thierry Henry pris la décision de rejoindre les Blaugrana lors de l’été 2007, marquant ainsi le début de la dream team sous les ordres de Pep Guardiola. Toutefois, déployé sur l’aile du FC Barcelone, Thierry Henry n’a pas pu exposer ses qualités démontrées à Arsenal, mais il a quand même joué un rôle déterminant aux côtés de Lionel Messi pour permettre au FC Barcelone de réaliser un triplé historique en 2009. Avec l’ascension de Pedro, Thierry Henry a peu à peu perdu sa place au sein du club culé et a été transféré en MLS du côté des New York Red Bulls en 2010 avant de prendre sa retraite en 2014.  

Ainsi, au sommet de sa carrière, Thierry Henry était une force sans équivalent en Premier League. Il restera à jamais comme l’un des meilleurs joueurs de l’histoire d’Arsenal, et l’un des meilleurs de l’histoire de la Premier League. Outre ses statistiques sensationnelles, Thierry Henry était un ensemble, un regret pour quiconque ne l’a jamais connu, mais également pour tous les admirateurs du football, en sachant que cette glorieuse époque est désormais achevée. Après des années compliquées à Monaco et à la Juventus Turin, sa rencontre avec Arsène Wenger à Arsenal changera à jamais son destin, celui de son club, et de la Premier League. Au final, comme le disait si bien Gianluca Vialli, ancien gardien de but de Chelsea, la seule façon d’arrêter Henry, c’est avec un pistolet.  

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