Paulo Dybala, le bijou que l’on attendait trop brillant.

Arrivé avec l’étiquette d’un surdoué, d’un joyau, la carrière de Paulo Dybala n’a jamais réellement décollé comme le monde du football aurait pu l’espérer. Joueur qualifié d’extrêmement élégant mais aussi d’intermittent, ce fuoriclasse argentin est un véritable diamant qu’il faut polir si on veut le voir briller. Aujourd’hui, son utilisation reste l’une des plus grandes déceptions de la planète football. Un travail titanesque que seuls quelques rares entraîneurs ont su entreprendre jusqu’à maintenant.

Mais qui est donc Paulo Dybala ?

Commençons par le commencement. Paulo Dybala naît le 15 novembre à Laguna Larga, dans la province de Cordoba. À 10 ans, il intègre l’institut de cette même province, après quelques années passées aux clubs des Newell’s et du Sportivo Belgrano. Il y déménagera à plein temps cinq ans plus tard, suite au décès de son père. Ce passage lui vaudra le surnom de « pibe de la pension« .

« Avant, le foot n’était qu’un jeu. Là, c’est devenu un objectif, je voulais devenir pro. Le rêve de mon père était d’avoir un fils footballeur. Mes frères n’ont pas réussi, alors je devais le faire, c’était une obligation ».

En 2012, après une saison pleine à Cordoba, il débarque en Sicile, à Palerme. La Joya rejoint le vieux continent sous le maillot Rosanero contre un chèque de 12 millions d’euros. L’adaptation y est pendant un temps difficile, avant d’y prendre pleinement son envol au bout de quelques mois de compétition. Il devient le plus jeune buteur de l’histoire du club en fin d’année. En trois ans, il s’y fait un nom et attire l’œil des plus grands clubs italiens. Dont un certain club du nord du pays…

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Lui qui aura donc fait craquer la « Vieille Dame », qui pose une quarantaine de millions sur la table sicilienne à l’été 2015. Un transfert faramineux pour un si jeune joueur, qui a seulement deux saisons de Série A dans les pattes. Malgré cela, la Joya va s’y révéler au grand jour…

Rien à ajouter là-dessus, je vous laisse simplement contempler.

« Dybala débarque en tant que jeune pépite du championnat italien après avoir impressionné à Palerme, il a tout de suite été très bien accueilli, comme le petit génie gaucher. Son transfert était vu comme une continuité. Le club et les tifosi rêvaient d’en faire un nouveau Del Piero.«  Elvin, supporter passionné de la Juventus Turin.

Les montagnes russes.

Du haut de son mètre 77, Paulo Dybala va devoir porter sur ses épaules la quasi entièreté du système offensif bianconero, et ce durant cinq saisons pleines. Souvent positionné en trequartista, avec la lourde tâche de perpétuer l’héritage du « pinturichhio » Alessandro Del Piero, Paulo va devoir tout faire à la construction, ou presque. À l’instar du système de Maurizio Sarri, où il est totalement abandonné dans les trente derniers mètres adverse. À l’heure actuelle, seul Massimiliano Allegri a su, ne serait-ce qu’un petit peu mettre en valeur les qualités de l’argentin.

Pour ses premiers pas sous les couleurs de la « Vieille Dame », Paulo est souvent aligné aux côtés de Mario Mandzukic. Lors de sa première année, il plante 23 buts, des débuts qui semblent alors très prometteurs. Allegri voit en ce duo avec le Croate une paire aux profils associatifs complémentaires à la pointe de son 3-5-2, devant un trio du milieu, tantôt composé de Pjanic, Pogba, Marchisio, Vidal ou encore Khedira. Après le départ de Pogba à Manchester United en 2016, Dybala est conforté par Allegri dans son rôle de facilitateur de jeu bianconero. Parfois placé beaucoup plus bas pour faire remonter son bloc, il fait la part belle aux transitions offensives, mode de jeu que maîtrise parfaitement la Juve d’Allegri, à défaut d’être totalement souveraine dans le jeu de position.

« Dybala nous sort tous de l’embarras avec son talent ». Massimiliano Allegri

C’est dans ce même système-ci que Dybala va réaliser sa meilleure saison collectivement, y trouvant un rendement consistant : en 2016 – 2017, il termine la saison avec 19 buts et 9 passes décisives, mais surtout avec un doublé coupe-championnat et une finale de Ligue des Champions dans son escarcelle. Une finale de Ligue des Champions disputée après avoir éliminé le FC Barcelone notamment grâce à un doublé au Juventus Stadium de…Paulo Dybala. Un match extrêmement complet où il aura donné un sacré mal de crâne à l’arrière garde catalane. Malgré la défaite en finale face au Real Madrid sur le score de 4-1, Dybala ressort grandi de cette saison, prêt à passer un nouveau palier. Peu après, il héritera du grand numéro 10 juventino, troquant son n°21 habituel.

« C’est un bon joueur et il continue de l’être. J’entends des chiffres astronomiques, que c’est un phénomène, qu’il est le nouveau Messi. Pour moi il est un bon joueur mais si la Juventus mise sur Dybala elle risque de ne rien gagner ». Antonio Cassano, dans son franc parler habituel.

Sa saison 2017-2018 sera probablement la plus aboutie de sa carrière, cette fois-ci sur le plan individuel : comme en 2015-2016, il passe de nouveau la barre des 20 buts avec 26 unités (dont 22 en Série A). À ajouter à cela 7 passes décisives sur l’ensemble de la saison. Devenu réel leader de la ligne d’attaque turinoise, sa carrière paraît (enfin) lancée, prête à devenir celle que tout le monde attend depuis des années. Malheureusement, l’arrivée d’un portugais va littéralement tout remettre en cause…

Au moment du débarquement de Cristiano Ronaldo du côté de Turin, beaucoup de suiveurs de la pelota espéraient que Paulo Dybala devienne le Karim Benzema de la Juventus, un joueur/passeur au service du multiple ballon d’or. La théorie, c’est beau, mais seule la pratique compte. La relation entre les deux hommes ne prend tout simplement pas sur le terrain. Habitué à jouer dans l’axe, dans un rôle de faux neuf ou de 10 avec, il en est tout autre cette saison-là. Avec l’arrivée de Cristiano, Massimiliano Allegri met en place un inédit 4-3-3. Ici, pas de place pour un Diez, mais une place sur l’aile droite, placement où l’Argentin est, sans grand étonnement, grandement moins à l’aise. Du fait de ce positionnement, il doit défendre davantage, tire moins, dribble moins, et surtout, touche beaucoup moins de ballons. Loin du but, son rendement offensif est en chute libre. Sa saison est cauchemardesque. Il boucle la saison avec 10 buts TTC (5 en Serie A), un calvaire individuel (collectivement, ce n’est pas mieux rassurez-vous). Ajoutez à cela les critiques qui rejaillissent, et vous obtenez la parfaite recette d’un joueur en perte totale de confiance…

À l’arrivée de Maurizio Sarri, les espoirs renaissent après une multitude de rumeurs de départ, notamment chez les Red Devils : l’ancien coach napolitain est réputé pour jouer un jeu léché, porté sur l’offensive, convictions tactiques qui devraient plus convenir à l’Argentin. Il est souvent aligné comme attaquant de pointe, seul au bout d’un 4-3-3 animé dans les couloirs par Cristiano Ronaldo (tout est relatif) et Juan Cuadrado, ou à côté de CR7 dans un 4-4-2 losange (ou en diamant, comme disent les anglais qui ont plus d’argent), soutenu par un trequartista. Il est l’un des « principaux protagonistes » du 36ème titre de la Juventus Turin selon son entraîneur, totalisant 17 buts et 11 passes décisives TTC.

« La saison dernière sous Sarri il a régalé, c’est pour moi surement sa meilleure à la Juventus. J’avais personnellement été déçu de sa gestion sous Allegri, il jouait limite milieu de terrain. Et beaucoup moins efficace offensivement. Ce joueur est un régal lorsqu’il est en confiance et bien positionné. Globalement depuis son arrivée à la Juventus, il est fantastique même s’il manque parfois de continuité. Il lui manque de régularité pour pouvoir passer un pallier. Il peut encore progresser là dessus. » toujours selon Elvin.

Il est par ailleurs élu MVP de la saison 2019/2020 par la Série A. Une saison en dents de scie sur le plan du jeu, une de plus, peut être celle de trop aux yeux des supporters bianconeri : une partie d’entre eux se montre réticente au sujet de la Joya, le trouvant inconstant, nonchalant, catalysant négativement le jeu de la « Vieille Dame ». Il ne faut tout de même pas oublier qu’il a dû, durant la presque intégralité de sa carrière dans le Piémont, être l’unique détonateur d’une production offensive souvent très peu performante. Cela fait beaucoup pour un seul homme. Une tâche que peut-être un seul joueur peut remplir, de l’autre côté de la Méditerranée…

Trop d’attentes ?

Paulo Dybala: What Lionel Messi Told Me After My Controversial Remarks
Crédits : https://www.soccerladuma.co.za/

Gaucher, argentin, gabarit de poche…cela ne vous rappelle pas un autre argentin ? Oui, nous parlons bien de Lionel Messi. Non pas pour comparer le niveau de performance de ces deux 10, ce qui serait absurde, mais bien parce que l’un aurait dû être le successeur de l’autre. Comme Marvin Martin, qui était censé devenir le nouveau Zinedine Zidane selon nos confrères de l’Equipe, Paulo Dybala aurait dû devenir le nouveau Leo Messi. Sa comparaison avec son aîné est d’ailleurs une donnée primordiale pour déterminer à quoi aurait dû ressembler la carrière de Dybala selon les observateurs, ce qui lui porte encore préjudice aujourd’hui. Après Ortega, Aimar, Riquelme, Kempes, Bochini, Diego Maradona et donc Lionel Messi, l’Albiceleste attend son prochain Diez. Celui qui fera de nouveau briller les yeux des aficionados. Celui qui mènera de nouveau l’Argentine vers les sommets, après deux victoires lointaines en Coupe du Monde, en 1978 et 1986. Pendant un temps, il avait été espéré que Dybala soit cet « Élu ». La barre avait été placé si haut qu’il est devenu impossible de répondre aux attentes. Demander à un joueur d’atteindre le niveau du second voire plus grand joueur de l’histoire est impensable. À partir de la seconde où ces attentes ont été posées, la carrière de Dybala est devenue décevante, quoiqu’il puisse advenir. À 27 ans, l’ensemble des observateurs du football doivent sûrement tous s’accorder pour dire que Dybala n’est pas devenu cet « Élu », au même titre qu’Anakin.

Peut être en grande partie à cause de son rendement statistique avec les ciels et blancs, à tel point qu’il apparaît comme un oublié de l’Albiceleste aux yeux des supporters. En 29 sélections, la Joya n’a seulement inscrit que 2 buts, pour 5 passes décisives. Des statistiques faméliques pour un joueur de son calibre, de son talent, de sa stature. Mais au delà des lignes de stats et de chiffres, c’est surtout l’impuissance dans le jeu qui frappe. Avec la sélection, Dybala est transparent, pas à l’aise, pas à sa place. Comme avoué par Messi lui-même, ayant un profil extrêmement similaire, il est très difficile voire impossible pour les deux hommes de s’épanouir pleinement en sélection quand ils sont alignés ensemble, car aucun des deux joueurs ne peut- ou ne veut – s’adapter à l’autre. Et dans cette situation, très logiquement, c’est Lionel Messi qui est placé à son poste préférentiel.

“ [Avec Paulo] on en a discuté. Il a dit la vérité. À la Juventus, il joue dans la même position que moi, on recherche les mêmes zones… Lorsque nous avons joué ensemble en sélection, il a été davantage décalé sur la gauche, ce à quoi il n’est pas habitué. C’est plus difficile pour des joueurs comme nous de jouer de ce côté. A droite, on a la possibilité de rentrer vers l’intérieur et d’avoir tout le terrain face à nous. »

 » Ce que je vais vous dire va paraître étrange, mais jouer avec Messi en Argentine est un peu difficile  » Paulo Dybala, avant la Coupe du Monde 2018.

Un joueur différent, au profil complexe.

Malgré tout, Dybala reste de la caste de ces joueurs qui peuvent, sur un geste, retourner un match, vous faire lever de votre canapé. Le genre de joueur qui va provoquer chez vous un rictus rien que par un toucher de balle. Semblant être transparent sans ballon, il va illuminer le rectangle vert avec. Avec un jeu proche de la danse latine, fait de grâce, de feintes, crochets, de ballons scotchés au pied, de frappes petit filet et de tours sur lui-même, Paulo va caresser le ballon. Un art, une grâce innée, indéchiffrable, indescriptible, mais qui pourtant, nous éblouit chaque weekend. Finalement, numéro 10 dans le dos, chaussettes rabaissées, cheveux tombant sur les yeux, il devient ami avec la balle, comme dirait un certain Omar. Le romantisme dans toute sa splendeur.

Le joueur dont la trempe vous amène à vous poser certaines questions : comment a-t-il vu cette passe ? Comment a t-il conceptualisé ce geste ? Comment a-t-il fait, tout simplement. Son match en demie finale en Ligue des Champions face au FC Barcelone en 2017 en atteste, quand toutes les conditions sont réunies, il fait partie des meilleurs, ou du moins des plus talentueux joueurs de la planète. Malheureusement, ces conditions ne sont que très peu souvent réunies. Le mental, le physique, le collectif, les raisons sont (trop ?) nombreuses.

La difficulté de son profil renforce le dilemme tactique. Ayant les qualité d’un 10 à « l’ancienne », il faut que l’équipe tourne autour de lui pour qu’il puisse distribuer le jeu, et non l’inverse. Le collectif doit lui être dévolu, et non l’inverse. Mais quand l’individualité placée au sommet de la pyramide ne s’en sort plus, il est difficile de lui tendre de nouveau la main. Pour parvenir à réussir cet exploit, il faut être un ovni du football mondial. En somme, être un Lionel Messi, un Diego Armando Maradona, un Neymar, un Ronaldinho ou encore un Juan Roman Riquelme.

Être un joueur hors normes capable de vous porter 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Ce que n’est actuellement pas Paulo Dybala. Mesut Ozil en a aussi fait les frais : être un esthète du football ne suffit plus dans un football qui va de plus en plus vite, qui est de plus en plus rude physiquement. Les matchs « sans » sont à proscrire, ces 10 n’ont plus le droit de passer à côté de leurs prestations une semaine sur deux. Il faut performer tout de suite, maintenant, et toute l’année. Sinon, le collectif primera toujours sur la mise sur un piédestal d’une individualité, aussi douée soit-elle. Pour l’instant, comme le diamant, Paulo Dybala brille donc dans l’ombre, en attendant, peut être, de retrouver la lumière.

Une réflexion sur “Paulo Dybala, le bijou que l’on attendait trop brillant.

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