Wayne Rooney, parcours unique du diable rouge aux pieds d’or

De jeune prometteur à légende mancunienne, d’enfant du pays à meilleur buteur des Three Lions, nombreuses sont ses facettes. Physiquement plus proche d’un pilier de bar anglais que d’une superstar du football, c’est cette rusticité qui fait de son jeu une perle rare, un diamant brut. Retraçons ensemble le parcours du paradoxe Wayne Rooney, guerrier affamé jamais rassasié.

Remember the name.

Le 24 Octobre 1985 à Croxteth en banlieue de Liverpool naît Wayne Mark Rooney de parents assez modestes. Wayne tombe amoureux du ballon rond dès le plus jeune âge, et s’empresse de retrouver ses amis après l’école pour jouer au football. Son niveau, déjà largement supérieur à celui de ses camarades, ne met que très peu de temps avant d’être reconnu. Là où les autres préfèrent Liverpool, le jeune anglais trouve son refuge à Goodison Park et idolâtre Duncan Fergusson. Bob Pendleton, recruteur chez les Toffees, remarque le jeune joueur et suit son parcours. Liverpool Schoolboys, Dynamo Brownings, partout ou Rooney passe il impressionne. Pendleton passe le pas et décroche son téléphone pour appeler au domicile de la famille Rooney : il désire voir le jeune garçon de 8 ans évoluer au centre de formation d’Everton. 

« Je me souviens très bien du premier jour où j’ai vu le jeune Wayne. J’ai remarqué que ce petit attaquant essayait quelque chose de différent à chaque fois qu’il touchait le ballon. Je suis allé voir Ray Hall, le directeur de l’académie des jeunes d’Everton, et lui ai demandé de signer sur place ce gamin de huit ans” Déclaration de Pendleton dans The Independant, 2006.

Lors d’une rencontre face aux U9 de Manchester United, Rooney exécute une bicyclette étonnamment parfaite pour un gamin de cet âge là. Les deux années suivantes, il est meilleur buteur de son équipe et à l’âge de 14 ans il est propulsé dans l’équipe U19 d’Everton. Un an plus tard, il est sélectionné en équipe nationale U17.

Le 17 Août 2002 alors qu’il n’a que 16 ans, Rooney est titularisé pour la première fois face à Tottenham et délivre une passe décisive dans un match qui se solde par un 2-2. Sorti à la 67’ par David Moyes, le jeune anglais n’a pas manqué d’impressionner ses détracteurs et marque un doublé face à Wrexham en Coupe de la Ligue quelques semaines plus tard. Il enchaîne les matchs en tant que remplaçant, d’autre fois en tant que titulaire, et continue de travailler d’arrache pieds. Le 19 octobre de la même année, les Toffees reçoivent les Gunners d’Arsène Wenger, champion d’Angleterre la saison passée. Rooney est sur le banc. Il entre sur le terrain à la 80’ et dans la légende à la 89’. Nous gratifiant d’un superbe contrôle orienté, il se dirige vers les cages, arme sa frappe aux abords de la surface et pulvérise les cages de David Seaman. Finesse, précision, puissance, tout y est (même la barre transversale). Goodison exulte, et plus tard résonnera cette phrase prononcée par Clive Tyldesley, commentateur du match : “Remember the name, Wayne Rooney”. Arsène Wenger déclare plus tard : « Depuis mon arrivée en Angleterre, je n’ai jamais vu de joueur de moins de vingt ans aussi doué que lui. Il est plus qu’un buteur. C’est un joueur intelligent, et ce qu’il accomplit est exceptionnel ». Un but à jamais ancré dans l’histoire du football anglais, mais aussi le tournant d’une carrière vouée à devenir exceptionnelle. 

Son travail et ses résultats sont récompensés fin 2002 par le BBC Sports Young Personality of the Year, un titre attribué aux jeunes sportifs impliqués dans leur sport tels qu’Andy Murray (2004), Theo Walcott (2006) ou plus récemment Phil Foden (2017). Auteur de 17 buts en deux saisons, Wayne se démarque par son style de jeu d’apparence simple : pas particulièrement fin techniquement, le jeune anglais s’avère être un guerrier redoutable qui donne tout sur le terrain. Souvent qualifié de “brute”, de “mort de faim” ou même de “Shrek”, son efficacité et sa létalité font pâlir les plus sceptiques et rendent fou Goodison Park.

Bien loin des prévisions de début de saison, Everton termine 7e lors de l’exercice 2002-2003. L’année d’après, c’est à la 17ème place que les Toffees échouent et ce malgré d’excellentes prestations de Rooney. Le constat est sans appel : de nombreux joueurs quittent le navire, dont Wayne. Lui et son agent désire une revalorisation salariale sur laquelle le club ne peut s’aligner. Attiré par le talent du jeune anglais, les grandes enseignes anglaises n’hésitent pas à déposer sur la table plusieurs dizaines de millions d’euros pour s’offrir ses services. En parallèle, Wayne est appelé en sélection par Eriksson pour disputer l’Euro 2004 au Portugal, compétition dans laquelle il brille malgré une élimination prématurée, en quart.

« Je savais que Manchester United voulait me signer. Je pense qu’aller à l’Euro et bien jouer là-bas a probablement fait grimper le prix du transfert” Rooney sur son transfert, 2004.

Après maintes négociations et rumeurs dont certaines qui l’envoyaient chez les Magpies de Newcastle, Manchester United émet une offre de 27 millions de livres assujettie d’un salaire tout aussi conséquent. Cette offre, ni le club ni le joueur ne peuvent la refuser alors qu’une année auparavant Wayne déclarait “Once a blue, always a blue”. Les supporters, furieux, n’hésitent pas à l’insulter et hurlent à la trahison.  C’est ainsi qu’à la fin de l’été 2004, Rooney s’envole du côté de Manchester United, faisant de lui l’une des plus grandes promesses du football européen.

« Nous avons essayé d’avoir Wayne lorsqu’il avait 14 ans, essayé encore quand il avait 16 ans et nous sommes restés intéressés avant de le faire signer en 2004” Sir Alex Ferguson sur le transfert.

L’épopée mancunienne.

À l’occasion de son premier match à Old Trafford contre Fenerbahce, Rooney s’impose comme un élément principal du jeu de Sir Alex Ferguson et inscrit un triplé hors du commun dans un match ouvert (6-2). Récompensé à la fin de l’année par le Golden Boy devant Cristiano Ronaldo et Fernando Torres, le natif de Liverpool réalise une belle première saison avec 17 buts en 43 matchs. Cette saison, sans toutefois être excellente, rassure les dirigeants concernant l’apport de l’anglais dans le jeu et présage de saisons encore meilleures.

Véritable couteau suisse dans une équipe déjà fournie (Cristiano Ronaldo, Ferdinand, Vidic, Keane, Scholes ou encore van Nistelrooy pour ne citer qu’eux), Wayne apprend lors de sa deuxième saison chez les Red Devils à se mettre au service du jeu et de son équipe. Son nombre de passes décisives passe de 2 à 13 pour 2 buts de plus que la saison passée. Autrement dit, il est l’auteur d’une saison aboutie dans laquelle il ajoute à ses – déjà nombreuses – compétences, celle du collectif. Parfois buteur, milieu offensif ou même ailier, il est prêt à tout pour tenter de satisfaire les plans du coach écossais. Son intelligence lui permet de participer à la construction du jeu tout en continuant à marquer. Il déclare dans une interview cette phrase mythique, preuve inéluctable de son envie d’évoluer : “I have to change my style”.

Qualifié d’indispensable, Rooney emmène United jusqu’à la deuxième place du championnat lors de la saison 2005-2006 malgré une prestation désastreuse en Champions League (éliminés lors de la phase de groupe). Il reçoit logiquement le titre de meilleur espoir du championnat en 2005 et 2006, témoins absolus d’un potentiel grandissant. A l’été 2006, il participe à la coupe du monde en Allemagne avec la sélection anglaise. Malheureusement, après une phase de poules réussie, les three lions sont éliminés en quart de finale par le Portugal (1-0).

Wayne Rooney sous les couleurs de Manchester United, en 2006. Crédit : Austin Osuide • CC BY 2.0

L’arrivée de Carrick au début de la saison 2006-2007 vient parfaire un effectif déjà bien fourni. Vidic, Ferdinand et Heinze protègent les cages de l’inépuisable van der Sar, Scholes dans toute sa splendeur, CR7 côtoie les étoiles et le duo Saha/Solskjaer se relaie au côté de Wayne Rooney. C’est avec cette allure de bataillon que les Red Devils vont déchaîner les passions : 1er du championnat avec 89 points, le club mancunien échouera aux portes de la finale face à l’AC Milan de Kaka. Le liverpuldien, de son côté, est l’auteur d’une saison pleine puisqu’il est titularisé quasiment chaque match et réalise 23 buts pour 14 passes décisives. 

Sir Alex Ferguson estime toutefois que le rendement de Rooney pourrait être largement supérieur s’il était accompagné d’un joueur de son calibre au front de l’attaque. Ainsi, Carlos Tevez rejoint United en prêt, et autant dire que l’alchimie fonctionne. Souvent alignés dans un 4-4-2, les deux joueurs sont amenés à s’entraider et Rooney confirme ses aptitudes. En effet, au fil des saisons l’anglais est repositionné et fait preuve d’une capacité d’adaptation sans faille. Pendant que les Red Devils remportent le championnat et une finale de Ligue des Champions 100% anglaise aux tirs aux buts face à Chelsea, Rooney devient le chouchou du public mancunien. Guerrier infatigable prêt à tout donner pour son équipe, ses moments d’agacement lors de matchs perdus démontrent tout l’amour qu’il porte à l’écusson.

A l’été 2008, le bulgare Berbatov débarque pour renforcer l’attaque mancunienne. Wayne doit alors composer encore différemment, et ce sans s’écraser. Résultat, United comporte dans ses rangs 4 buteurs (Cristiano Ronaldo, Rooney, Tevez et Berbatov) qui vont porter l’effectif. Un troisième titre de champion d’affilée, une Carling Cup et une finale de Ligue des champions gagnée par un grand Barça. Wayne inscrit en novembre 2008 le 100ème but de sa carrière. Au cours de cette saison, Rooney n’a cessé de reculer sur le terrain pour exister. Étouffé par le portugais et le bulgare, son apport dans le jeu diminue et ses bonnes prestations deviennent dépendantes de ses camarades.

Ronaldo transféré au Real Madrid en 2009, les supporters se demandent si Rooney ne serait pas devenu « CR7-dépendant ». Autrement dit, il doit prouver, d’autant plus que son contrat se termine à la fin de la saison. Associé à Berbatov, Rooney reprend du poil de la bête et réalise un saison aux antipodes des 3 dernières : pour seulement 6 passes décisives en 44 matchs, il inscrit 34 buts TCC, son record encore aujourd’hui. Cette saison salvatrice lui a permis d’être élu joueur de l’année et surtout de reconquérir le cœur des supporters. 

Appelé en 2010 pour disputer la coupe du monde, Rooney sort de ses gonds lorsqu’à l’occasion d’un match nul contre l’Algérie, les joueurs anglais sont hués par leur propre public. Plus tard, il s’excusera et déclarera « J’ai dit des choses qui me sont venues car j’étais frustré du résultat et de notre performance. Par conséquent, je m’excuse de toute offense suite à mes paroles après ce match. » En huitième de finale face à l’Allemagne de Joachim Low, l’Angleterre est logiquement évincée de la compétition. 

En octobre 2010, alors qu’il doit prolonger son contrat, Wayne refuse d’abord et accepte deux jours plus tard. Engagé pour les 5 prochaines années, plus personne ne doute des aptitudes hors norme de l’attaquant liverpuldien et de son amour pour le maillot.

« Je signe un nouveau contrat en étant absolument convaincu que l’encadrement, les entraîneurs, la direction et les propriétaires s’engagent à faire en sorte que le club poursuive son histoire victorieuse », Rooney le 22 octobre 2010.

La saison d’après, l’anglais connaît un grand nombre de blessures mais réussit à pousser son équipe vers une nouvelle 1ère place en championnat, notamment grâce à son duo avec Javier Hernandez, débarqué des Chivas pour 7,5M. En février 2011, il inscrit ce qui sera le plus beau but de la saison : une bicyclette fantastique contre Manchester City. Les deux saisons qui suivent, Rooney reste fidèle à lui-même et inscrit 50 buts en 80 matchs toutes compétitions confondues. Sacré buteur anglais le plus prolifique de l’histoire de la C1, il s’adapte à chaque arrivée de joueur offensif et ne s’écrase pas : il combine parfaitement avec Welbeck, comprend le jeu de Chicharito et apprend à découvrir celui de Van Persie. Ses passes longues s’embelissent sans toutefois entacher sa capacité de frappe hors du commun, et son apport en tant que numéro 10 le rend indispensable. Rooney aurait-il trouvé son positionnement optimal ?

L’après Ferguson.

Le 8 mai 2013, la foudre s’abat sur toute l’Angleterre : Sir Alex Ferguson, après 27 ans de bons et loyaux services auprès des Red Devils prend sa retraite. David Moyes, que connaît bien Rooney puisqu’il est son ancien entraîneur, prend les commandes d’une équipe fraîchement championne. Wayne inscrit dans la foulée son 200ème but pour le club et prolonge son contrat jusqu’en 2020 début 2014. Malgré une saison pleine, il ne pourra pourtant pas empêcher United de réaliser sa pire saison depuis longtemps : Élimination au 3ème tour de FA Cup, en demi-finale de League Cup et en quart de finale de C1. Pour couronner le tout, Moyes est renvoyé et United échoue à la 7ème place. S’en suit une série de départ (Vidic, Ferdinand, Welbeck, Chicharito), et alors que Louis Van Gaal est pressenti comme “la” bonne solution au poste d’entraîneur, Rooney se voit obtenir le brassard de capitaine. Véritable mentor pour les jeunes talents mancuniens, il voit évoluer des joueurs comme Rashford, Lingard ou Zaha.

Malgré une Coupe du Monde 2014 décevante où les anglais ne sortent même pas des poules, le capitaine revient plein de détermination. D’abord positionné milieu offensif derrière l’attaquant (4-3-3) voir les attaquants (3-5-2), parfois milieu central, l’ex-Toffees reprend l’année d’après son poste d’attaquant de pointe suite au départ de Robin Van Persie. 

«Van Gaal est de loin le meilleur entraîneur avec lequel j’ai travaillé, à cent pour cent. Ses tactiques, sa façon de se préparer et son attention portée aux détails les plus minutieux, j’ai trouvé cela incroyable. J’ai admiré cela en lui. Je n’avais jamais vu de telles choses auparavant.» Rooney dans The Daily Mirror.

Toutefois, son rendement offensif n’est plus le même qu’autrefois. 14 buts en 2015 et 15 en 2016, la dernière saison mancunienne de Wayne Rooney (2016-2017) sera celle de trop puisqu’il n’est l’auteur que de 8 petits buts. Malgré ce maigre total, il décroche le statut de meilleur buteur de l’histoire de Manchester United le 17 Janvier 2017 avec 250 buts, devant Bobby Charlton (249). À la fin de la saison, il n’est que l’ombre de lui-même et les supporters estiment qu’il n’est plus aussi important qu’à l’époque. Il ira même jusqu’à prendre sa retraite internationale, précisant tout de même qu’il restera à jamais supporter des Three Lions. En juillet de cette même année, l’enfant prodige revient dans sa contrée natale et s’engage pour 2 saisons à Everton sous le numéro 10.

« Cela fait un certain temps que j’ai dit que le seul club de Premier League où je pourrais jouer, outre Manchester United, était Everton, donc je suis heureux que le transfert se soit fait ».

Sans briller, il inscrit 11 buts en 40 matchs dans le 4-3-3 de Sam Allardyce. Il évolue la plupart du temps derrière le buteur, en vrai numéro 10, parfois milieu excentré. Attiré par de nouveaux horizons, il rompt son contrat à la fin de la saison 2017-2018 et s’envole à Washington chez les D.C. United. Dans un rôle d’attaquant esseulé cette fois-ci, Rooney impresionne le continent américain avec 23 buts en championnat. Auteur de buts splendides et de passes stratosphériques, on eût cru voir l’espace d’un instant le Rooney des années 2010. 

À 34 ans, le liverpuldien se surprend à penser au coaching. Sur le devant de la scène depuis plus de 15 ans, véritable mentor à United pendant une période, pourquoi ne pas devenir entraîneur ? C’est dans cette optique que durant l’été 2019, il s’engage en qualité d’entraîneur-joueur à Derby County. Un coup au côté du staff, l’autre avec les joueurs, Wayne Rooney est aujourd’hui on ne peut plus clair : il veut devenir l’entraîneur principal des Rams de Derby. 

Wayne Rooney est l’essence même du joueur polyvalent qui vit pour son équipe. Pas spécialement élégant dans le jeu, il brille par sa létalité et sa combativité. Malchanceux en équipe nationale, il est un acteur déterminant du grand Manchester United d’il y a quelques années, ce malgré des sorties médiatiques souvent décriées. Dans une période où bon nombre de joueurs excellent, Wayne Mark Rooney reste l’idole d’une génération, un joueur unique en son genre mais surtout une légende du football anglais.

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