Comment l’AZ Alkmaar a transformé sa stratégie de formation à l’aide de la réalité virtuelle ?

 

Sander Schouten est le créateur néerlandais de cette petite entreprise à l’idée un peu folle : former les futures stars du ballon rond en partie grâce à un casque de réalité virtuelle. Avec l’utilisation accrue des datas de positionnement des joueurs lors d’un match, Beyond Sports peut créer, ou recréer, des actions de matches en réalité virtuelle (voire des matchs entiers, suivant la demande du client), en phase arrêtée comme en phase de jeu à vitesse réelle. Une idée qui a tout d’abord séduit le club local, l’AZ Alkmaar : club très axé sur la formation, seul moyen pour lui de pouvoir rivaliser avec les grosses écuries d’Eredivisie, l’AZ travaille en collaboration avec Beyond Sports depuis 2014. Malgré son titre de champion des Pays-Bas en 2009 ou encore sa demie-finale de Coupe de l’UEFA 2005, l’AZ n’a pas les moyens financiers pour concurrencer les cadors sur la durée. L’achat de joueurs “stars” est impossible, il faut donc former ses propres stars pour pouvoir survivre en haut du classement. La collaboration fait sens, le club doit former, vite et bien, afin de performer sur le long terme. Depuis le début de ce partenariat, l’AZ a été désigné comme le club ayant le meilleur centre de formation du pays, et ceci par deux fois, en 2015 et 2016. Même si nous ne pouvons pas exclusivement reporter cette désignation sur le partenariat avec BS, nous pouvons tout de même y voir une corrélation.

Par la suite, Arsenal, l’Ajax d’Amsterdam ou encore la sélection néerlandaise ont emboîté le pas. La pratique commence peu à peu à se démocratiser, peut être la verra-t-on débarquer dans l’Hexagone dans les années à venir… Beyond Sports officie aussi dans d’autres domaines, comme les retransmissions télé (Sky Sports), le cyclisme, le basket (NBA) ou encore le football américain (NHL). Et quand il est demandé pourquoi la réalité virtuelle à ses créateurs, leur réponse est toute trouvée : 

“Il nous fallait pouvoir faire une représentation crédible d’un match normal et ressentir la même vitesse d’exécution, les mêmes espaces de profondeur que lors d’un vrai match. C’était ça que nous cherchions. Avec le point de vue des joueurs, on peut aller dans un endroit auquel on n’aura jamais accès avec une caméra classique. La réalité virtuelle est vraiment adaptée pour ça, elle permet de vivre cette expérience. On n’a pas choisi la réalité virtuelle, c’est elle qui nous a choisi.”

Un concept novateur, séduisant aux yeux des éducateurs et clubs, qui pourrait bien ouvrir la voie vers la formation de demain.

Exemple d’une recréation d’action, ici un coup franc de Bruno Fernandes avec Manchester United face à Bournemouth en Premier League :

Casque de réalité virtuelle vissé sur le crâne et manette de console de jeu à la main, les joueurs peuvent revivre différentes situations de jeu. Les graphismes sont à la limite de l’acceptable, à l’heure où les meilleurs jeux vidéos peuvent proposer des résolutions allant au delà de la 4K. Nous pourrions nous croire dans le jeu mobile Score Hero, positionnés derrière ou dans les yeux des joueurs. Mais ici, pas de but à scorer, il faut analyser l’action, afin de décrypter chaque décision qui pourrait être exécutée en match. La progression ne se fait plus exclusivement sur le rectangle vert, mais aussi en dehors. 

Dès 2014, Beyond Sports a donc vendu et partagé son programme aux Blancs et Rouges d’Alkmaar. Une méthodologie aujourd’hui pleinement inscrite dans la stratégie de formation du club récent parent d’une très belle classe biberon, notamment composée de Calvin Stengs ou encore de Myron Boadu. Des joueurs bien connus des amateurs de Football Manager… 

En exerçant les jeunes le plus tôt possible. les responsable de la formation d’Alkmaar veulent gagner du temps. Fini les séances d’analyse vidéo interminables avec une vidéo-projecteur, place à la VR et son Oculus. 

Ces entraînements à la gymnastique virtuelle sont destinés à améliorer la vision spatiale, les prises de décisions, le placement et l’anticipation du jeu, souvent assimilées à la dite intelligence de jeu. A ajouter à cela un travail sur l’expérience de match, en musclant la mémoire à long terme.

Ces scénarii pré-créés par BS offrent une multitude de possibilités tactiques à explorer pour les responsables de la formation de l’AZ. Lors d’une simulation de ce type, les joueurs vivent une situation de match d’une poignée de secondes dans les yeux d’un joueur ayant lui déjà réellement vécu cette même situation. Une impression d’être réellement sur le terrain clairement recherchée, afin d’acclimater les jeunes joueurs aux conditions d’un match de haut niveau. A la fin d’une dizaine de secondes casque sur la tête, le joueur doit prendre la décision adéquate qui “répondrait” correctement (même si tout cela est assez subjectif) à la situation qu’il vient de vivre. Suit à cela un débrief du choix effectué avec les formateurs, ainsi qu’un score évaluant chaque joueur. La progression pouvant donc être suivie au fur et à mesure des entrainements. Une nouvelle analyse de la situation peut ensuite être effectuée sous différents points de vue, pour comprendre ce qui a été vu ou non, et pourquoi.

Un travail d’apprentissage et d’analyse qui incite donc les jeunes à trouver leurs propres solutions, et donc à parfois se tromper, afin que la bonne option de jeu soit instinctivement trouvée en match. Une étude menée par BS, en collaboration avec l’académie de l’AZ a pu démontrer via le cas de quelques joueurs le fruit de ce travail d’apprentissage. Les décisions travaillées virtuellement se sont retrouvées retranscrites sur le rectangle vert. La réalité virtuelle tend donc à acquérir son petit succès dans la formation. Mais elle n’est pas pour autant la perfection tant recherchée. C’est un outil qui peut fournir la petite touche, le grain de sable supplémentaire nécessaire pour atteindre le pinacle du football néerlandais, et pourquoi pas, à terme, pour certains prospects, celui du football européen. Le tout en entretenant la culture club ancrée dans l’histoire de l’AZ. Les éducateurs de l’académie peuvent amener les jeunes du centre à tendre vers telles ou telles décisions, suivant le type de jeu que l’on veut développer. Si ces décisions travaillées en amont se retrouvent à être exécutées durant un match, alors l’identité de jeu prônée par la culture club pourra logiquement être respectée. En clair, pouvoir continuer à faire perdurer l’héritage de jeu du passé grâce aux avancées technologiques du futur..

Une collaboration fructueuse analysée par les dirigeants de Beyond Sports : “À Alkmaar, ils se sont dit que c’était un meilleur moyen d’éducation pour les jeunes que pour l’équipe première. Mais maintenant, notre technologie concerne aussi le groupe professionnel. Le PSV Eindhoven a fait les choses dans l’autre sens. Ça dépend vraiment du client en fait. Avec l’équipe de jeunes, ça relève de l’entraînement, alors que pour l’équipe première, c’est plus de l’analyse de match. Ils vont leur montrer ce qu’ils auraient pu mieux faire. Les jeunes, eux, se mettent dans des situations vécues par un joueur de l’équipe première. Ils peuvent ainsi s’entraîner mentalement à l’intensité du très haut niveau, sans pour autant prendre de risques physiquement.

Attention néanmoins à ne pas abuser de cette innovation. On reproche souvent aux nouvelles pousses footballistiques de se ressembler, d’être stéréotypées. La VR doit permettre de faire progresser les joueurs, pas de les coder. Au final, les formateurs doivent permettre une progression dans tous les domaines chez les jeunes joueurs, pas de les orienter vers un style de jeu créé de toute pièce, pouvant permettre de répondre à cette culture d’instantanéité du résultat. Au delà de la problématique de la formation, notamment française, imposant des profils bien (trop) définis pour chaque poste, les éducateurs doivent préserver cette part de “folie”. Une créativité qui peut faire la différence, faire lever les foules, notamment présente chez certains Diez, qui manquent tant au football d’aujourd’hui… 

En modélisant les matchs de l’équipe première, un staff peut en effet former les jeunes à reproduire la façon de faire des plus grands et les familiariser à l’intensité d’un match de championnat, sans pour autant y être réellement. Il faut tout de même uniquement former et non pas formater les joueurs, ce qui amènerait à des reproductions, et donc à des acteurs du football stéréotypés. Déjà l’avenir des centres de formations ? Probablement pas encore. La réalité virtuelle ne doit (pour l’instant ?) être qu’un complément dans la formation, pouvant permettre de bonifier les futures pépites du championnat. Le football se transforme, un nouvelle ère semble s’amorcer. 

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