Retour sur le parcours fantastique de l’US Quevilly en Coupe de France

Certains clubs ont une aura autour d’eux. Ce petit quelque-chose en plus que même l’histoire ne peut renier. C’est le cas du Club de football normand de Petit-Quevilly, basé dans la banlieue Ouest de Rouen qui chaque année donne un rendez-vous très spécial à ses supporters. Au travers des époques, l’USQ cumule les exploits et les parcours sinueux dans cette compétition fantastique qu’est la coupe de France : 1942, 1949, 1968, 2010. Le club amateur surprend à plusieurs reprises la planète football, et lors de la saison 2011-2012 les Quevillais se prennent à rêver de l’exploit tant attendu.

Les débuts d’une grande aventure.

Après le déplacement à Clermont-Ferrand (2-5) lors des 128e de finales, l’USQ devra se rendre à Feignies dans les Hauts-de-France où aura lieu le tour suivant. Après une égalisation à la toute fin de match de Julien Valero, les quevillais iront jusqu’aux prolongations et remporteront la séance de tirs au but sur le score de 0-3. Le prochain tirage pourrait être le plus difficile puisque les 20 clubs de Ligue 1 entreront dans la compétition à l’occasion des 32e de finale. Par chance, Quevilly évite le pire et devra se déplacer en Bretagne pour affronter le club de Rennes Tour d’Auvergne. Lors du match, normands et bretons rendent une bien pâle copie, sans buts ni dans le temps réglementaire ni durant les prolongations. Devenu désormais une habitude, Quevilly l’emportera finalement 4-5 au tir au but et disputera les 16e de finale contre le SCO, alors en Ligue 2. On assistera d’ailleurs au premier match dans l’enceinte du Stade Robert Diochon que se partagent le FC Rouen et l’USQ lors des matchs importants.

Après une première mi-temps poussive où les deux effectifs ne parviennent pas à trouver de solutions, Joris Colinet inscrit le premier et unique but de la rencontre à la 46′. Les jaunes et noirs se retrouvent alors propulsés en 8e de finale contre un adversaire qu’ils connaissent bien : l’US Orléans. Les deux équipes évoluent toutes deux en National, et lors du dernier duel, les normands l’ont emporté 0-1 en terre orléanaise. Cette fois-ci les hommes de Régis Brouard savent déjà ce qui les attendent s’ils parviennent à vaincre Orléans : l’autre 8ème de finale s’est joué six jours plus tôt, opposant l’Olympique de Marseille à Bourg en Bresse. Logiquement, les phocéens l’ont emporté 3-1 et sont désormais impatient de voir laquelle des deux équipes l’emportera. Comme un coup du sort, les hommes de Brouard devront à nouveau aller jusqu’aux prolongations, au terme d’un match vierge. Il aura fallu attendre la 100′ pour que Pierrick Capelle inscrive le premier but de la rencontre. 16 minutes plus tard, c’est Anthony Laup qui viendra assommer définitivement la défense adverse. La fin de la rencontre à peine sifflée, le staff envahit le terrain, pour célébrer le passage en quart. Dans l’enceinte du Stade, on entend les chants quevillais résonner depuis les vestiaires, entre excitation et appréhension pour ce match fou qu’ils s’apprêtent à jouer.

Une lueur d’espoir.

En Normandie et dans la France entière, on commence à y croire. Parents, amis, supporters, tous soutiennent le petit poucet jaune et noir : on peut apercevoir dans les rues de Rouen, de Caen et partout en France le déploiement de banderoles quevillaises, témoins absolues de la ferveur populaire qui gravite autour du club amateur. Pour une question d’affluence, l’USQ recevra l’Olympique de Marseille au Stade Michel d’Ornano à Caen. En un peu plus de deux semaines, 21.000 places ont été vendues, soit la plus grande affluence de l’histoire de l’enceinte caennaise à ce jour. Habituellement arbitre de ligue 1, c’est Jean-Charles Cailleux qui a été désigné par la FFF pour arbitrer ce quart de finale.

Joueurs, staff et entraîneur se retrouvent dans le vestiaire quelques dizaines de minutes avant le début de la rencontre. Les consignes sont claires : ne pas être impressionné, et surtout garder l’identité de jeu qui les a amené jusqu’ici. Ce discours d’apparence anodine, va permettre aux joueurs d’adopter la bonne mentalité et de rentrer directement dans le match. Après un long coup franc tiré par un défenseur, Joris Colinet remet, de la tête, un superbe ballon à Julien Valero point penalty qui ouvre le score d’une demi-volée timide mais efficace (6′).
Il n’y aura pas d’autres buts durant cette mi-temps, et dans le vestiaire Brouard fait parler son cœur : « Vous êtes à 50 minutes d’un bonheur, vous ne pouvez pas vous imaginer ». Après avoir livré une longue et épuisante bataille, les jaunes et noirs relâchent le pressing. Rod Fanni s’écarte sur son côté droit, sert André Ayew, qui va ajuster de la tête Loic Rémy. Le buteur reprend du bout du pieds le ballon, ne laissant aucune chance au gardien adverse. Il y a comme un air de déjà vu dans ce match, les joueurs le savent. Ce parcours en Coupe de France leur a permis de faire des prolongations leurs spécialités. L’arbitre siffle le début de la troisième mi-temps et à la 91′, Julien Valero est remplacé par John-Christophe Ayina, un jeune joueur du centre de formation du PSG. Régis Brouard et Ayina s’échangent un regard lorsque le franco-congolais rentre sur le terrain, tout deux conscients de l’importance de ce changement. Il aura fallu attendre la 111′ pour voir Ayina pulvériser les cages marseillaises grâce à un jolie centre venu de la droite. A peine le coup d’envoi lancé, Loïc Remy remet le couvert sur une belle passe d’André Ayew, obligeant L’USQ à réaliser l’exploit ultime. À la 118′, le gardien phocéen manque sa sortie et offre une occasion en or à Ayina qui, du plat du pied, délivre la qualification tant attendue et s’offre un doublé historique. L’euphorie gagne le stade. À la fin du match dans les couloirs du stade d’Ornano, Cédric Vanoukia affirme à la presse « Cette Coupe de France on l’aime, et elle nous aime aussi ». Une nouvelle fois, ce club mythique étonne et fascine. Un message clair et net ressors de cette victoire face à L’OM : Tout est possible.

Fichier:Match Quevilly-Marseille.JPG — Wikipédia
Vue des tribunes : Marseille joue en blanc, Quevilly en jaune.

Le dernier palier.

Le tirage effectué, les normands héritent du Stade Rennais. Quelques jours avant le match, l’entraîneur quevillais accorde une interview au journal Le Figaro, et déclare : « On s’interdit d’y penser pour l’instant (réponse à la question du journaliste concernant la possible finale au stade de France). C’est vrai qu’on nous en parle beaucoup car cela paraît tout proche. […] Il y a encore beaucoup à faire pour y être. Et si on y pense trop aujourd’hui, la déception pourrait être d’autant plus grande demain. »
2 ans plus tôt, Quevilly était éliminé par le PSG en demi-finale. Ce match leur a permis d’appréhender les rencontres comme celles-ci. Les joueurs sont désormais habitués à jouer dans des stades parfois 10 fois plus grand que le leur et devant autant de fois plus de supporters. Chiffre devenu habituel, 22.000 personnes sont attendus au Stade, tous avec l’intime conviction de voir le petit poucet jaune et noir franchir cette nouvelle étape.
Après avoir encaissé un but très tôt dans le match (9′), la bête normande se réveille au travers de Karim Herouat et Anthony Laup, qui deviennent les bourreaux du peuple bretons (61′ et 90′). On assiste alors à une nouvelle célébration nationale, l’US Quevilly Rouen disputera la finale de la Coupe de France. La planète football commence à s’intéresser de plus près à ce petit club amateur qui vient défier les plus grands. L’USQ est étonnant de sérénité, tout en restant fidèle à son plan de jeu initial : Régis Brouard prône un football authentique et surtout offensif. Ce plan de jeu, ils le respecteront sûrement lors du fameux match face à l’Olympique Lyonnais, le 28 avril prochain au Stade de France.

David et Goliath.

Ce match, c’est la ferveur populaire contre l’élite du football français. Les quevillais, à l’inverse des lyonnais, n’hésitent pas à aller vers les médias et accordent volontiers des interviews, laissant les traces indélébiles d’un parcours au-delà du réel.
Après une défaite en Coupe de la Ligue et auteurs d’une saison moyenne où ils finissent 4eme à dix points du podium, Lyon doit absolument réagir. Surnommé le « sorcier » par Michel Malet, président du Club, Régis Brouard fait face au plus grand défi de sa carrière d’entraîneur.

« Si on nous avait permis de vendre 50.000 places, on les aurait vendu » déclare Michel Malet au Figaro.

Il est 20h30 en Seine-Saint-Denis. Comme le veut la tradition, l’hymne de la marseillaise retentit dans l’enceinte du Stade de France et les joueurs font face à la tribune présidentielle. Il est désormais 20h45. Hervé Piccirillo, arbitre pour la rencontre, siffle le début du match et donne le coup d’envoi aux jaunes et noirs. A la 12′, Lisandro Lopez se fraie un chemin dans la défense et frappe à bout portant, laissant le ballon s’écraser sur le poteau. Première grosse frayeur dans le public, mais qui n’ôte pas la voix aux supporters les plus vaillants. Lyonnais et Quevillais s’échangent cris et chants tout au long du match, donnant pendant un instant au stade de France une allure de soir de Coupe du Monde. C’est après maintes occasions et duels, que Lisandro Lopez est servi au de point penalty par Lacazette et vient à bout de la défense normande (28′). Cette ouverture du score est logique, les occasions rhodaniennes sont nombreuses. Les actions de part et d’autres se multiplient, mais les deux équipes se quittent à la mi-temps sur le score de 1-0.

File:2012 French Cup final - Olympique lyonnais vs US Quevilly Line-up.png
Composition du match USQ-OL

De retour sur le terrain, Lyon revient plus vaillant que jamais et enchaîne les occasions dangereuses, étouffant une équipe de Quevilly complètement désorientée. Pourtant, à la 66′, Anthony Laup fait enfin frissonner l’Olympique Lyonnais. Servi dans le dos de la défense, il se dirige droit vers le but adverse et pense infliger le coup de grace à Hugo Lloris : le gardien rhodanien parvient, du bout des doigts, à détourner le ballon qui vient finir sa course sur la barre transversale. Le milieu de terrain le sait, c’était la meilleure occasion du match et peut-être même la dernière. Asphyxiés pendant toute la seconde période, les normands furent à quelques centimètres d’entrer définitivement dans la légende. Monsieur Piccirillo siffle la fin du match, adoubant l’Olympique lyonnais, triste vainqueur qui triomphe sans gloire.

On se souviendra des banderoles jaunes et noirs, déployées dans le stade voire même dans toute la France. On se souviendra de ce parcours incroyable qui a fait frissonner n’importe quel supporter de ballon rond. On se souviendra aussi de cette petite équipe de National, remplie de passion et d’ambition, qui n’a jamais courbé l’échine même face aux plus gros. En ce 28 avril 2012 on a dit au revoir au club de L’US Quevilly Rouen, mais des clubs comme celui-ci ils y en existe des centaines en France. Alors nous, supporters frequents ou occasionnels, ne demandons qu’à voir chaque année en coupe de France, cet autre Quevilly, cette nouvelle équipe qui va nous faire vibrer, défiant toute logique footballistique.

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