Leeds United, une longue route vers la gloire

Une saison parfaite, voilà comment on peut qualifier l’exercice 2019-2020 de Championship réalisée par le Leeds United de Marcelo Bielsa. Avec 6 victoires sur les 7 premiers matchs de la saison, les hommes du coach argentin étaient d’ores et déjà en mission avec comme objectif la montée en Premier League. Engranger un maximum de victoires et de points pour éviter les phases finales, tel devait être le plan de bataille de Bielsa pour ne pas revivre la déception de l’année dernière et cette demi-finale de play-off perdue contre Derby County. 11 mois, 44 journées et 87 points plus tard, c’est officiel, le Leeds United FC fait son grand retour en Premier League. 

Pour certains supporters, cette année sera une grande première et résonnera comme une découverte, voilà maintenant 16 ans que Leeds a quitté l’élite. Pour d’autres, ce retour est synonyme de retour aux sources, de retour à la place qui est la leur. Car si pour les nouvelles générations, Leeds est simplement un club qui a végété pendant plusieurs années en Championship, la réalité est tout autre. Adepte des soirées européennes pendant de nombreuses décennies, le club du Yorkshire compte parmi ses rivaux historiques Manchester United ou bien encore Chelsea. Vous avez bien lu, les ennemies des « Peacocks » sont des cadors de Premier League. Si aujourd’hui le rapport de force n’est pas en faveur du promu, la situation était toute autre du temps de l’équipe coaché par Don Revie. Si ce nom ne vous dit rien, c’est bien normal, car je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître… Celui du grand Leeds avec dans ses rangs Jack Charlton, Billy Bremner ou encore Johnny Giles. Un temps synonyme d’âge d’or. 

Aux origines d’un mythe.

Toutes les histoires commencent avec un homme. Lorsque Don Revie prend les rênes de l’équipe première en tant qu’entraîneur-joueur en mars 1961, Leeds n’est pas une ville de football. Situé en plein milieu du Royaume-Uni, plus précisément dans le comté du Yorkshire, là où les maisons en briques rouges illuminent le ciel gris anglais et les mines de charbon, les habitants ne s’intéressent guère à leur équipe de football. Si les loiners se déplacent, chantent et crient, c’est pour le rugby et le cricket. En témoigne les timides déplacements pour voir les « Peacocks » jouer alors que la foule se déplacent par plusieurs dizaines de milliers pour assister aux exploits des Leeds Lioners, le club de rugby à XIII de la ville.

Il faut dire que le Leeds FC est une équipe médiocre, qui végète depuis plusieurs années dans les bas-fonds de la deuxième division anglaise et qui n’a pas remporté un seul trophée depuis une dizaine d’années. 

La première décision de coach Revie est tout sauf anecdotique. Fan du grand Real Madrid des années 50, l’entraîneur décide de changer les couleurs de maillot habituellement bleu et or pour un blanc immaculé. Plus qu’un changement de couleur, cette nouveauté appuie les désirs de Don Revie d’effacer l’ardoise, de faire table rase. Fini le temps où Leeds errait dans les bas-fonds de la Championship et où les supporters se contentaient d’une victoire de temps en temps. Dorénavant, Leeds tournera son regard vers les sommets et un feu brûlera dans le cœur des supporters à chaque rencontre des désormais « Whites ». 

Seulement, à son arrivée, Don Revie hérite d’une équipe de piètre qualité qui se bat pour se maintenir en 2edivision, ce qu’ils parviennent à faire à la fin de la saison 1960-1961. Lors de la saison suivante, le coach anglais décide de faire confiance aux jeunes issus du centre de formation et va même donner de sa personne pour recruter de très jeunes talents dans le but de perfectionner la politique de formation du club. C’est dans cette recherche d’excellence que Don Revie va chercher de jeunes pépites ayant parfois 14 ans comme l’écossais Eddie Gray ou encore Peter Lorimer : « Dès qu’il a su que Manchester était sur le coup, il est venu me chercher de Leeds en voiture jusqu’en Écosse (600 kms aller-retour), puis m’a ramené sur Leeds avant que Manchester n’ait eu le temps de négocier chez moi. C’est comme ça que j’ai rejoint Leeds. » témoigne ce dernier, à propos de l’engagement du coach de Leeds. Misant ainsi sur une équipe jeune, issue au maximum du centre de formation, les projets du nouveau coach sont réfléchis et demandent du temps et de la patience. En parallèle, Revie attache énormément d’importance à la préparation des matchs. Pour lui, aucune inconnue ne doit exister à l’approche d’un match. Afin d’effacer toutes zones d’ombres, l’entraîneur va écrire de nombreux dossiers où figurent un grand nombre d’informations sur les adversaires. Leurs forces et faiblesses, mais également celles de leurs joueurs ainsi que leurs caractéristiques. Presque inédit pour l’époque, cette méthode de préparation qu’on pourrait qualifier de « scientifique » portera à de nombreuses reprises ses fruits. La légende Jack Charlton expliquait « Il y avait aussi des informations sur la manière dont l’équipe adverse s’organisait sur corner, coup-franc et sur toutes les phases arrêtées. Je n’avais jamais vu de tel en termes de préparation, si bien qu’à l’issue de la saison, je doute qu’il y ait un joueur qu’on ne connaissait pas. Sur quel pied tel joueur préfère s’appuyer pour frapper, son degré d’agressivité… ». 

Durant la saison 1961-1962, avec tous ces changements et une équipe très jeune, la machine a dû mal à se mettre en place et Leeds se maintient in extremis en Championship grâce à une victoire contre Newcastle lors de la toute dernière journée. La saison suivante est meilleure, les plans de jeu de Revie ont plus de succès est Leeds finit à une encourageante 5e place. Enfin, c’est au terme d’une saison record (3 défaites en 42 matchs) que Leeds accède à la Premier League durant l’été 1964. L’heure est venue pour Leeds de se hisser au sommet de l’Angleterre. 

La destruction comme philosophie.

C’est dans la peau de l’équipe la plus détesté d’Angleterre que Leeds United débarque en première division. Qualifiée d’équipe « Dirty » (sale) par le FA News pendant l’été 1963, l’équipe du Yorskhire représente pour beaucoup d’anglais ce qui a de plus sale dans le football. Gestes vicieux, simulations, pression sur les arbitres et les joueurs ainsi qu’un engagement physique à la limite de la violence, c’est avec angoisse que les équipes anglaises se rendent à Ellan Road, l’antre des « Peacocks ». Disposé dans un 4-4-2 en losange ou diamant comme disent les anglais qui ont plus d’argent, Leeds est une équipe avec une rigueur défensive incroyable. Portée par leur futur champion du monde Jack Charlton, la défense est seulement la deuxième lame de leur tactique défensive. Crainte par l’ensemble des joueurs du championnats, la paire de milieu Bremner-Giles constituait la première lame, et quelle lame. Originaire d’Écosse, Billy Bremner pourrait être le père spirituel de N’golo Kanté. Mesurant 1m65, le « rouquin » est un véritable râtisseur de ballons qui ne fatigue jamais et montre sa hargne à chaque match. Preuve de son engagement et de son talent, il est élu meilleur joueur de l’histoire du club en 2006. En ce qui concerne son coéquipier Johnny Giles, l’irlandais symbolise parfaitement la dureté des « Dirty Leeds ». Aujourd’hui considéré comme un des meilleurs joueurs irlandais de tous les temps, Giles pouvait faire preuve d’une précision diabolique sur ses passes quand il n’était pas en train d’agresser ses adversaires voir même être violent. Reconnu comme un duo exceptionnel, l’association Bremner-Giles était capable d’enchainer des phases de jeu de hautes précisions tout comme de détruire leurs adversaires, l’ancien joueur de Chelsea Alan Hudson peut en témoigner : « Je savais qu’à chaque fois que j’allais sur le terrain pour affronter Leeds, j’allais me faire botter le cul de partout. Bremner et Giles étaient les pires. C’était un couple d’assassins de poche. Vous ne pouviez jamais leur tourner le dos une seconde, sinon vous étiez fait comme un rat. Mais ce qu’il faut retenir de ces deux joueurs, c’est que c’était surtout deux grands joueurs. De vrais bons joueurs qui savaient tout faire ».

Ainsi, après avoir étouffé ou plutôt détruit littéralement leurs adversaires grâce à leur pressing mais également à leur impact physique, ce sont de grands ballons qui sont envoyés devant pour leur meilleur buteur, Peter Lorimer. Car oui, le pressing de Leeds n’est pas un pressing fait pour construire une attaque à la récupération du ballon, mais bien pour emmener le plus vite et le plus de fois possible le ballon devant les buts adverses. L’utilisation massive du « kick and rush » devient ainsi la marque de fabrique des « peacocks » mais également un facteur de haine pour les autres supporters anglais. Un de plus.

Malgré tout, Leeds reste cependant une équipe avec des joueurs de talents qui quand il le faut sont capables de jouer très juste. En atteste leur première saison en tant que promu dans ce qu’il s’appelait alors la Football League. 

Première division et premiers trophées.

Ce n’est ni plus ni moins qu’une saison quasi-parfaite que signe Leeds United pour sa première année en Football League. Avec 7 victoires sur les 14 premiers matchs, les « peacocks » se retrouvent très vite à jouer les troubles fête dans les premières places du championnat. Preuve que ce parcours ne doit rien au hasard, Liverpool alors champion en titre vient sombrer dans l’enfer d’Ellan Road tout comme les londoniens de Tottenham. Les « peacocks » vont même jusqu’à offrir à leurs supporters une victoire sur la pelouse de Manchester United, alors leur plus grand rival. Au terme de cette saison 1964-1965, Leeds United finit à une incroyable deuxième place, dauphin d’un Manchester United champion uniquement grâce à une différence de but supérieurs aux hommes de Don Revie. En plus d’avoir été tout proche de remporter le championnat, Leeds échoue également en finale de FA Cup contre les Reds de Liverpool. Cette saison, même si elle est incroyable pour un promu avec notamment une qualification européenne, laisse définitivement un goût amer dans la bouche du coach anglais. Les deux saisons suivantes sont tout aussi difficiles à digérer pour Don Revie pour qui seule la victoire finale compte. Une deuxième et cinquième place en championnat, une demi-finale de Coupe des Villes de Foires (ancienne Europa League) perdu face à Saragosse ainsi qu’une finale également perdue contre le Dinamo Zagreb, le Dirty Leeds devient le Dirty Loose. Si Leeds ne parvient toujours pas à remplir son armoire à trophées, le constat est tout autre pour Ellan Road. Alors que quelques milliers de personnes venaient voir les « peacocks » quand Revie reprenait les rênes de l’équipe, c’est plus de 35 000 spectateurs de moyenne qui viennent se casser la voix dans l’enceinte du Leeds United durant la saison 1965-1966. 

À l’aube de la saison 1967-1968, Leeds affiche clairement ses ambitions en signant l’attaquant Mick Jones pour 100 000 livres (presque 2 millions d’euros d’aujourd’hui), faisant de lui le plus gros transfert de l’histoire du club. Seulement, en championnat, tout ne se passe pas comme prévu et Leeds se concentre vite sur les autres compétitions. Après Liverpool en 1965 et Zagreb en 1967, Leeds retrouve les londoniens d’Arsenal pour la final de League Cup à Wembley. Leeds l’emporte 1-0 après un match qui ne restera pas dans l’histoire comme étant spectaculaire. Peu importe, les « peacocks » viennent de remporter leur premier trophée sous l’ère Revie. Fort de leur victoire en League Cup, c’est avec le plein de confiance que le club de Leeds se prépare à jouer sa deuxième finale de la saison. Opposés aux hongrois du Ferencvaros, les anglais remporte leur premier titre européen au terme d’un match nul 0-0 en Hongrie après avoir remporté le match aller 1-0 à Ellan Road. Seulement, les « Whites » ne veulent pas se contenter de ce doublé historique. Le véritable objectif de Don Revie, c’est le championnat. Détruire ses adversaires, telle est la philosophie de Leeds. Lors de la 15e journée, Leeds s’incline lourdement 5-1 face à Burnley, c’est alors leur deuxième défaite de la saison. Il n’y en aura pas une de plus. 27 matchs sans défaite se succèdent pour atteindre le record de point à la fin de la saison de 67 points. Les voilà désormais champion d’Angleterre et champion d’Europe seulement 4 ans après avoir quitté la deuxième division. La boucle est bouclée.

Don Revie ne le sait sans doute pas, mais il vient d’écrire une des plus belles pages de l’histoire du football anglais. Celle d’une équipe qui a réussi à se hisser au sommet de l’Angleterre et de l’Europe mais également dans le cœur de leurs supporters. Encore aujourd’hui, l’histoire de Don Revie est sujet à débat. D’un côté, les fans qui gardent en mémoire un homme précurseur dans sa manière de coacher avec une approche scientifique des matchs et un professionnalisme jusqu’alors jamais vu. Pour les autres, un homme prêt à tout pour gagner et qui doit ses trophées à des magouilles et à la chance. Peu importe, tout le monde s’accorde pour dire que le coach anglais a su transmettre sa soif de victoire à une ville qui était endormie depuis trop longtemps. Et comme toutes les bonnes histoires ont une fin, l’été 1974 marque la fin de l’idylle entre l’homme de toute une ville et ce club qui lui est si chère. Parti pour diriger la sélection anglaise, Revie laisse derrière lui 13 années au club mais surtout 2 Coupes de Villes de Foires, 1 League cup, 1 FA Cup, 1 Community Shield et enfin 2 championnats d’Angleterre.

La récente accession en Premier League du club avec Marcelo Bielsa semble avoir ravivé d’excellents souvenirs. Un coach sulfureux qui après deux années fait monter le club en première division grâce à son jeu très singulier. Alors pourquoi pas, peut-on rêver d’un nouvel âge d’or à Ellan Road ?

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