Mesut Ozil, le Mozart du Football

Pour nous autres passionnés, le football est, à l’instar de la musique classique, un art noble, alliant précision, finesse, légèreté mais aussi force et caractère. Comme dans la musique, donc, certains excellent, se distinguent, et manient les notes de telle façon qu’ils en deviennent des maestros.  

Mesut Ozil est de ceux là. 

Le petit Mesut naît le 15 octobre 1988 à Gelsenkirchen, en Allemagne. Allemand d’origine turque, comme Emre Can ou encore Ilkay Gundogan, il fait toutes ses classes junior dans la banlieue de sa ville natale, avant d’être repéré en 2005 par LE club de la ville, Schalke 04.  Après un an très satisfaisant en jeune, il signe pro au Nulvier en 2006. Dans une équipe ultra performante (vice-championne en 2006-2007), les jeunes peinent à s’imposer et Ozil n’échappe pas à la règle. Après un an et demie de temps de jeu clairsemé (37 matchs, 1 but et 5 passes décisives) le jeune milieu offensif s’engage au Werder Brême en janvier 2008, pour 4.5 millions d’euros. 

En concurrence avec la légende du club, Diego, Ozil obtient un temps de jeu régulier, sans pour autant réellement s’imposer. En 15 matches toutes compétitions confondues, il livre des performances convaincantes, tout comme son compère du milieu, et aidera le club à finir vice-champion 2007-2008, à 10 points d’un intouchable Bayern Munich. 

Au cœur d’un programme chargé, le jeune allemand déçoit, tout comme sa star de coéquipier. Brême est à la peine, en championnat, comme en Ligue des Champions. 3eme d’un groupe plutôt abordable, derrière l’Inter de Milan et le Panathinaïkos, le Werder se voit reversé en Coupe de l’UEFA. Après un parcours exemplaire, qui voit notamment Brême renverser la situation face à ses compatriotes d’Hambourg dans un match fou en demie-finale, les « Werderaner » s’inclineront face au Shaktior Donetsk (2-1 AP). Diego suspendu, Ozil jouera l’intégralité du match, sans pourtant réussir à peser sur le résultat final.  Déçu, l’espoir allemand marquera quelques jours plus tard face à Leverkusen en finale de la Coupe d’Allemagne, qu’il remportera. Il soulève alors son premier trophée. Auteur d’une saison pleine, (5 buts, 20 passes décisives en 47 matchs TCC), Ozil prends une envergure considérable au sein du Werder. Envergure d’autant plus confirmée la saison suivante. Devant faire oublier Diego, parti à la Juventus, Ozil se voit confier les clés de l’organisation offensive du Werder.  Dans un club au parcours anonyme en Coupe de l’UEFA, mais solide sur la scène nationale ( finaliste de la Coupe d’Allemagne pour la deuxième saison consécutive, 8ème de Bundesliga), le milieu allemand brille de mille feux (9 buts et 17 passes décisives en 31 matchs en championnats, 9 buts et 26 passes décisives en 44 matchs TCC). 

Sélectionné, et acteur majeur d’une Allemagne brillante au Mondial 2010 (3ème), Ozil suscite en cet été de football, toutes les convoitises. Arsenal, le FC Barcelone, le Real Madrid, sont notamment sur les rangs.  Alors qu’il s’est mis d’accord avec l’Inter Milan, acteur surprise du dossier, Ozil et son entourage reçoivent l’appel d’un éminent personnage, en la personne de Florentino Perez. Le boss de la maison blanche propose au Werder et au jeune allemand une offre moins clinquante. Seulement, le jeune allemand, rêvant d’intégrer les merengues, accepte l’offre du Real Madrid. 

C’est ainsi, qu’à l’été 2010, Ozil prend la direction du Real Madrid pour 15 millions d’euros : Au sein d’une équipe d’exception (Van Nistelroy, Kakà, Cristiano Ronaldo, Karim Benzema, Guti ou encore Sergio Ramos et Iker Casillas), l’allemand joue son meilleur football. Technique, altruisme, tranchant, vista, percussion, précision, efficacité, capacité à être décisif dans la majorité des rencontres, Ozil brille, et s’impose comme la pièce maîtresse du Real de Mourinho, dont les bons résultats ne sont pas étrangers à l’état de grâce du n°10 allemand. Au terme d’une excellente saison, ou il inscrira 10 buts et 26 passes décisives, Ozil remportera une Copa del Rey, empêchant ainsi le rival barcelonais de rafler tout sur son passage, devenant ainsi, le meilleur passeur d’Europe pour sa première saison.

La saison suivante, Ozil est plus irrégulier. Capable du meilleur comme du pire, l’allemand est moins décisif, et se voit imposer une rotation avec son compère brésilien Kakà. Malgré cela, Ozil est une nouvelle fois décisif dans le bon parcours Merengue en Ligue des Champions (défaite en demie finale face au Bayern Munich) et dans la conquête du championnat, avec notamment une performance étincelante lors de la « finale de la Liga », le classico face au FC Barcelone.  Élu joueur allemand de l’année 2011, Ozil affiche un bilan de 6 buts et 24 passes décisives TCC, dont 17 en Liga, dont il est le meilleur passeur. Suite à l’Euro 2012, pendant lequel Ozil a une nouvelle fois rayonné au sein de la NationalMannschaft, l’allemand continue sur sa lancée dorée et réalise un match complet lors de la victoire de son équipe face au FC Barcelone, lors de la Supercoupe d’Espagne. En concurrence avec Modric en Liga, il commence mal sa saison. Malgré tout, il est une nouvelle fois élu meilleur joueur allemand de l’année, grâce à ses performances de haute volée en sélection, qui lui valurent d’être le joueur le plus utilisé par Joachim Low en 2012.  Au final, le n°10 merengue bouclera son exercice avec 10 buts (9 en Liga, son record) et 22 passes décisives en 52 rencontres TCC. Il terminera deuxième meilleur passeur de Liga avec 13 unités, à 3 longueur d’un Andrès Iniesta une nouvelle fois au top de sa forme.

À l’orée 2013, Ozil reprend la saison sous la direction de Carlo Ancelotti. Le technicien italien titularise le métronome allemand durant les deux premières victoires de la saison (2-1 face au Bétis Séville, 0-1 face à Grenade), sans jamais terminer les rencontres.  Suite à cela, l’ancien du Werder est relégué sur le banc, assistant, presque impuissant, à l’explosion d’Isco Alarçon à son poste. Le petit espagnol inscrira deux buts, donnant la victoire à la maison blanche (3-1). Avec l’arrivée de Gareth Bale en provenance de Tottenham pour un transfert record à l’époque (autour de 100M€), le secteur offensif madrilène semble bouché.

Le nom de l’allemand circule avec insistance sur le marché des transferts : Pisté par Manchester United et le Paris Saint-Germain, en quête d’un milieu créatif, il s’envole finalement pour Arsenal, qui réussit à l’attirer dans ses filets, après l’échec de 2013. Avec un transfert autour de 50M€,  plus gros transfert d’Arsenal et deuxieme plus grosse vente du Real, les attentes autour du milieu offensif, qui perçoit un salaire de 8.5 M€ annuels, sont énormes. Après un bon début de saison, le milieu baisse en intensité, et ne pèse pas autant qu’attends sur le jeu offensif de son équipe. Éliminé dès son entrée en lice en League Cup face à Chelsea (0-2), il n’aura pas pesé sur le résultat. Face à Liverpool lors de la 25ème journée, il est clairement fautif sur 2 buts encaissés par son équipe lors de la débâcle (5-1) des Gunners. Avec un penalty mollement tiré face au Bayern Munich en 8eme de finale de Ligue des Champions, stoppé par Manuel Neuer, il précipite la défaite de son équipe (0-2) et son élimination. Remportant la Coupe d’Angleterre (fin de huit années de disette pour le club) et terminant 4eme de Premier League, se qualifiant pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions, Arsenal et Ozil sauvent leur saison.

Les saisons suivantes seront une alternance d’irrégularités. Blessé partiellement aux ligaments croisés, en 2015, il confirmera son retour en forme et son talent exceptionnel en terminant la saison 2015-2016 avec 8 buts et 20 passes décisives en 45 matchs TCC dont 19 en Premier League en 35 matchs, son record. Il finira meilleur passeur de Premier League. Il continuera ensuite des prestations plus linéaires, qui mèneront Arsenal dans une bonne saison. Lors du match retour face au Ludogorets Razgrad en poules de Ligue des Champions, l’allemand inscrira un but d’anthologie, mystifiant le gardien et les deux défenseurs d’un sombrero et d’une feinte de frappe, avant de conclure, victorieux. Arsenal, s’étant écroulé en fin de championnat, remportera la FA Cup, sauvant sa saison après sa cinquième place. En janvier 2018, il prolongera son contrat, portera le n°10 d’un Jack Wilshere sur le départ… 

Suite à cela, Ozil sera dans une situation particulière : Encensé par Arsène Wenger, il aura des relations difficiles avec Unai Emery. Nonchalant, rechignant aux retours défensifs, l’allemand est en délicatesse au sein des Gunners, et démarre titulaire par intermittence.  Lors de cette saison 2019-2020, Ozil est tombé en disgrâce. Avec l’arrivée de Mikel Arteta, qui prône un système de jeu basé sur la solidarité, le mouvement et la répétition des efforts défensifs et offensifs, Ozil ne trouve plus sa place. Le technicien espagnol dit compter sur lui « sachant ce qu’il apporte », et l’allemand veut aller au bout de son contrat à l’Emirates Stadium, mais la situation reste plus que précaire pour l’enfant de Gelsenkirchen.

Si Ozil est un maestro, si je compare Ozil à Mozart, c’est qu’il déborde de talent, tout comme le petit musicien autrichien à son époque. C’est aussi car, malheureusement, son moment de grâce n’aura pas duré. L’un, étant terrassé par la maladie dans ses plus belles années, l’autre, par un caractère feignant, l’empêchant d’exploiter son talent débordant. Mesut Ozil est un magicien, un joueur magnifique, un champion du monde (en 2014), un métronome, un formidable meneur de jeu.  Lorsque Arsène Wenger fut interrogé sur la différence que faisait le départ d’Alexis Sanchez, véritable pièce maîtresse de l’attaque des Gunners, sur son équipe, le français répondit « aucune ». Surpris par cette réponse, le journaliste demanda à Wenger ce qui lui faisait dire cela. Avec un grand sourire, Wenger répondit « Mesut Ozil »

Étincelant partout où il est passé, également trop irrégulier, Mesut Ozil restera à jamais ce joueur magnifique, ce technicien hors pair, ce maestro qui distribuait les passes décisives aussi facilement que Mozart écrivait ses opéras.

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