Brentford, 73 ans après

Alors que deux défaites lors des deux derniers matches de Championship ont coûté à Brentford la promotion directe en Premier League, le club dispute ce dimanche son premier match de play-offs contre Swansea. Il peut ainsi encore croire à une remontée dans l’élite du foot anglais, soixante-treize ans après l’avoir quitté. Retour en quelques anecdotes sur l’histoire des plus grandes abeilles de Londres.

21 septembre 2019, le « subway » a déjà laissé derrière lui une grande partie de ses passagers lorsqu’il arrive à la station de South Ealing, dans le borough de Hounslow, à l’ouest de Londres. Environ un miles plus loin, Ealing Road traverse un quartier résidentiel, rouge des briques dont sont faits la plupart de ses bâtiments. Se dessine progressivement la devanture noire et blanche du Princess Royal, un pub autour duquel fleurissent les maillots rayés rouges et blancs et les Bees, qui trônent fièrement sur le torse des supporters de Brentford. Sur la droite, le fumet des barbecues, les chants et les rires des fans emplissent Braemar Road d’une atmosphère familiale et bon enfant. On passe alors devant la petite boutique du club, avant d’atteindre, quelques dizaines de mètres plus loin, l’entrée de Griffin Park, stade à l’anglaise s’il en est, l’antre centenaire de Brentford.

Le coup d’envoi est donné à 16h, les locaux reçoivent Stoke. A l’orée de cette 8e journée, les deux équipes sont mal classées et les Bees ne se sont imposées que deux fois. Le match, assez pauvre, se solde par un terne 0-0. Difficile alors de voir en Brentford un candidat crédible à la promotion. Et pourtant, le club peut aujourd’hui légitimement croire à une remontée dans l’élite du football anglais, presque trois quarts de siècle après l’avoir quittée.

Brentford-Stoke à Griffin Park, EFL Championship, 8e journée (© Yvain Praud)

Genèse.

En 1889, à Chistwick, en banlieue de Londres, est décidée l’ouverture d’un terrain de loisir. Brentford abrite déjà à ce moment-là un club d’aviron dont les membres cherchent une activité à pratiquer l’hiver. Après avoir envisagé le rugby, ils optent pour le football ( tous deux sont alors considérés comme des sports d’hiver ). Le projet d’occupation du terrain tombe à l’eau, mais le club, lui, est bien fondé.

Il se distingue rapidement au niveau amateur, à tel point que dès 1889, Brentford accède au statut professionnel après avoir été déclaré coupable par la fédération de rémunérer ses joueurs, pratique courant bien qu’illégale à l’époque.

Le club est alors rapidement promu en première division de Southern League, le championnat des équipes du sud de l’Angleterre ( les équipes du nord ont plus tôt voulue devenir professionnelles et ont fondé la Football League, que les meilleures équipes du sud ne rejoindront qu’à partir du début des années 1920. La FA Cup est donc à cette époque la principale occasion de voir s’affronter les clubs du nord et du sud ).

B to bee.

Le club prend progressivement l’allure qu’on lui connaît aujourd’hui, puisqu’il emménage à Griffin Park en 1904, stade qui vit aujourd’hui sa dernière saison avant que l’équipe ne le quitte pour son nouveau Community Stadium l’année prochaine. Les rayures rouges et blanches sont quant à elles adoptées en 1925.

Mais le symbole le plus caractéristique du club est sans aucun doute l’abeille, emblème dont l’origine est pour le moins rocambolesque. Lors de la saison 1894-95, Joseph Gettins, étudiant du Borough Road College joue pour Brentford. Un jour, ses amis se rendent au stade pour le voir jouer, et entonnent le chant de l’école « Buck up B’s », que la presse retrasncrit en « Buck up Bees ». Le surnom est né et ne quitte dès lors plus le club. Un surnom que auquel les supporters sont extrêmement attachés, en atteste la réaction de certains fans lorsque le logo du club a été modifié en 2016. Beaucoup d’entre eux s’y sont opposés car ils considéraient que l’animal y figurant ressemblait davantage à une guêpe qu’à une abeille.

L’apogée des Abeilles.

Si le club est déjà professionnel au début du XXe siècle, c’est avec l’arrivée d’Harry Curtis à la tête de l’équipe qu’il connaît ses plus belles heures. Ancien joueur et arbitre, Curtis débarque en 1926. Dès sa première saison, il emmène Brentford en huitièmes de finale de FA Cup. Sous ses ordres est établit un record de vingt-et-une victoires consécutives à domicile. Surtout, le club connaît deux promotions en trois saisons entre 1932 et 1935. Il se fait, pour la première fois, une place parmi l’élite. Les Bees y réalisent alors immédiatement le meilleur classement de leur histoire. Leur 5e place en fait également le meilleur club de Londres cette année-là. La saison suivante est la plus belle de l’histoire du club selon un sondage réalisé auprès des fans pour les cent vingt-cinq ans du club. Brentford termine 6e et atteint les quarts de finales de FA Cup. Harry Curtis, toujours selon le même sondage, reste lui comme le meilleur manager que le club ait connu.

Blood, toil, tears, sweat and trophies.

Bien que leurs performances soient tout à fait honorables ces années-là, le palmarès des abeilles reste assez peu fourni. C’est finalement en temps de guerre que le club va garnir son armoire à trophée. Les compétitions régulières sont alors suspendues, mais le football, lui, ne s’arrête pas pour autant.

La London Combination voit le jour en 1915. La compétition rassemble à l’origine douze clubs londoniens parmi lesquels Arsenal, Chelsea, Tottenham, Crystal Palace, West-Ham, QPR, Milwall, Fulham et donc Brentford. Elle permettait aux clubs de réduire leurs frais de déplacements dans le contexte de guerre. Evidemment, les effectifs y sont chamboulés, le turnover y est important et il n’est pas rare de voir de nombreux joueurs invités intégrer le onze des équipes participantes. Des joueurs invités qui permettent à Brentford de s’adjuger le trophée en 1919.

L’histoire se répète un quart de siècle plus tard puisque la saison 1939-40 est arrêtée après seulement trois journées. La Wartime League, qui comprend elle-même des ligues régionales est créée pour s’y substituer. La FA Cup est elle aussi suspendue et plusieurs compétitions émergent pour la remplacer temporairement. Parmi elles, la London League War Cup, qui n’a lieu qu’à deux reprises. Brentford est par deux fois finaliste pour une issue malheureuse contre Reading et un succès contre Portsmouth l’année suivante.

L’après-guerre s’avère néanmoins bien plus compliqué. Malgré un quart de finale pour la première FA Cup d’après-guerre, le club est relégué à l’issue de la saison 1946-47. Une nouvelle descente survient en 1954, et Brentford tombe en quatrième division en 1962.

Dépenser sans compter n’est pas gagner.

En 1962, Jack Dunett reprend le club. Il est alors député de Nottingham et plus tard Président de la Football League et de la Football Association. Son projet est de faire remonter Brentford rapidement en achetant des joueurs confirmés. D’abord payante, puisque le club est immédiatement promu, la stratégie ne présente ensuite pas les résultats escomptés et s’avère bien trop coûteuse pour un club de troisième division. Face aux difficultés financières encontrées, Dunett et son homologue des Queen’s Park Rangers s’accordent sur la reprise de Griffin Park par le rival QPR, avec pour conséquence la dissolution de Brentford. Soutenu par les fans, un consortium d’hommes d’affaires parvient finalement à racheter le club et à lui éviter la disparition.

Un peu plus tard, c’est Ron Noades, ancien Président de Crystal Palace, qui, en juin 1998, rachète le club et se nomme Président-manager du club. Une stratégie dispendieuse permet une nouvelle fois de connaître une promotion rapide en troisième division. Brentford se heurte ensuite néanmoins à l’obstacle des play-offs de promotion. Et car il connaît de nouvelles difficultés financières, le club échappe de peu à l’Administration (proche équivalent du redressement judiciaire) et son avenir à Griffin Park est une nouvelle fois compromis. Noades accepte néanmoins de laisser la gestion du club à Bees United, une fondation créée par les fans. C’est cette même fondation qui acquière le club en 2006 grâce au soutien d’un certain Matthew Benham.

Lère Benham.

Matthew Benham est originaire de Brentford et supporter des Bees depuis son enfance. Ancien trader à la City, il fait fortune dans les paris sportifs grâce à l’utilisation de modèles mathématiques.

Il rachète ainsi Brentford en 2012, ainsi que le club danois de Midtjylland en 2014. Fort de son expérience, il est un des pionniers du recours à l’analyse mathématique et statistique des performances dans le foot. Des méthodes que le club utilise désormais aussi bien dans l’évaluation du niveau ponctuel et global de l’équipe que dans le scouting et le recrutement. Dans cette veine, il s’entoure de Rasmus Ankersen, ancien joueur professionnel danois et par la suite auteur et conférencier en développement personnel et de la performance.

 

Remontée en Championship à l’issue de la saison 2013-14, le club est aujourd’hui assez unanimement reconnu comme un modèle de cohérence et d’innovation, ce qui devrait lui permettre, si ce n’est cette année, de se refaire prochainement une place parmi l’élite du foot anglais.

Club centenaire à l’histoire chaotique, Brentford est aujourd’hui en passe de goûter à nouveau au plus haut niveau du football anglais, soixante-treize ans après l’avoir quitté. Grâce à un projet cohérent et innovant, les abeilles voient un futur florissant se dessiner devant elles.

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