Genio, Genio, Genio !

Rosario, Buenos Aires, Córdoba. Imaginez toutes ces équipes, le Rosario Central, Boca Juniors, River Plate. Imaginez ces stades, le Monumental, la Bombonera, la ferveur, la passion qui anime les supporters. Imaginez maintenant que tout cela se passe dans le même pays. Imaginez encore, plus loin, que lorsque la Céleste, l’équipe nationale, joue, tout le monde se rassemble, comme un seul homme, derrière son étendard. Maintenant soyez utopistes, et imaginez qu’avant Lionel Messi, Javier Saviola, Pablo Aimar, Juan Roman Riquelme ou encore Hernan Crespo, l’enfant du pays s’appelait Diego Armando Maradona. Ballon d’or, un des meilleurs joueurs de l’histoire du football. Vous l’avez ? Bon. Alors maintenant, fermez les yeux, et imaginez que, dans vos rêves les plus fous, en 1986, le magicien Maradona mène une équipe argentine revancharde dans le Nord du continent, à l’assaut de la Coupe du Monde…

Des espoirs et des surprises.

Envolons-nous donc vers le Mexique, à l’occasion de l’édition n°13 de la Coupe du Monde de Football. L’Argentine, menée par son “Pibe de Oro” ne fait, contrairement à la France ou l’Allemagne de l’Ouest, pas partie des grands favoris de la compétition. Les Français justement, vainqueurs de l’Euro deux ans plus tôt, dont faisaient notamment partie Platoche, Giresse ou Bats, met les pieds au pays des nachos avec de très grandes ambitions. Après des phases de poules et un huitième de finale face à l’Italie (2-0) réussi, ils affrontent le Brésil en quarts au stade Jalisco de Guadalajara. Match de très haute volée qui restera dans l’histoire de la Coupe du Monde…un but égalisateur de Platini, mais qui n’empêchera pas les Bleus de se faire sortir cruellement aux tirs au but face à la Seleçao. En baroud d’honneur Giresse et consorts affronteront la Belgique d’Enzo Scifo, le magnifique meneur de jeu des Diables Rouges lors du match pour la troisième place. Victoire 4-2, mais un sentiment de gâchis, surtout quand l’on connaît les résultats des deux éditions suivantes, complètement sabordées…

Sur le papier, l’Albiceleste semble  bien moins armée footballistiquement que les tricolores. Outre Diego, l’effectif argentin paraît assez frêle, sans grand talent. Malgré cela, trois joueurs sont tout de même à signaler : Jorge Valdano, le redoutable neuf du Real Madrid, le libero Oscar Ruggeri et le poumon du milieu de terrain Jorge Burruchaga, joueur du FC Nantes à l’époque sont les autres éléments clés des champions du monde. Téofilo Cubillas, légende du football péruvien, résume la situation dans laquelle le 10 argentin évolue ainsi : « Pelé avait une immense équipe autour de lui. Maradona agit seul« . Une équipe qui reste aussi sur l’échec cuisant de 1982, avec cette élimination en phases de poule…

Maradona seul au monde.

Auteur de cinq des cinquante deux buts inscrits lors des cent-vingt-huit matchs de ce Mondial, Diego Armando Maradona a probablement réalisé l’une des plus grandes performances individuelle de l’histoire lors d’une Coupe du monde. Il y a match avec le roi Pelé édition 1958. Un but et quatres passes décisives en poules, un doublé en quarts, un nouveau doublé en demies et une autre passe décisive en finale, le petit lutin argentin était sur une autre planète, pendant que ses coéquipiers se trouvaient eux, bien au Mexique. Certes, statistiquement, il est en dessous du meilleur buteur de la compétition Gary Lineker, avec ses six réalisations, mais les quelques 46 000 personnes présentes au stade en moyenne ont pu admirer son mélange de génie et de malice, le faisant devenir meilleur joueur de la compétititon.

L’exemple type de ce mélange est le quart de finale face aux Three Lions : quatre ans après la guerre des Malouines, ce match n’a pas seulement un rayonnement sportif, il est bien plus étendu que cela. Le peuple argentin veut sa revanche face aux anglais, qui, suite à leur victoire lors de la guerre des Malouines, a poussé vers la destruction le régime politique argentin (junte militaire) en place à l’époque. L’Angleterre, menée par la Dame de Fer Margharet Thatcher affirme sa puissance sur ces territoires, l’Argentine elle, s’enfonce encore un petit peu plus dans la crise à laquelle elle était confrontée.

Maradona ne doit donc plus uniquement porter sur ses épaules une équipe de football, il doit, pendant quatre vingt dix minutes, porter toute sa nation, tout le peuple argentin. Contrairement à l’invasion argentine de 1982, la mission de Diego va être elle couronnée de succès. Alternant actions magiques comme action douteuse, D10S fait valser la défense anglaise durant toute la rencontre. Une performance stratosphérique, opposant même les deux faces du meneur de jeu napolitain :

Le Bien, symbolisé par le “but du siècle”. Un rush débuté de la ligne médiane par le “cerf-volant cosmique”, suivi par l’élimination consécutive de toute la défense et du gardien anglais, pour enfin conclure l’action dans un but totalement vide. Les commentateurs argentins en pleurent, le pays se soulève, leur Dieu est en train de réaliser l’inimaginable, il est sur le point de venger leur pays en ridiculisant l’adversaire. « Pour nous, il n’était pas question de gagner un match, il s’agissait d’éliminer les Anglais, raconte Maradona. On voulait rendre honneur à la mémoire des morts. » (Ma vérité, Hugo Sport).

Le Mal est lui intervenu quelques minutes plus tôt dans cette rencontre qui est décidément bien rentrée dans l’Histoire. « Un peu avec la tête de Maradona et un peu avec la main de Dieu » : voilà comment le buteur lui même décrit son chef d’oeuvre. Une déclaration aussi mythique que le cocasse “I recup the ball” de Nabil Fekir après son but face à Manchester City en Ligue des Champions. La réalisation de Maradona, est autrement plus importante. Elle permet à l’Albiceleste d’ouvrir le score…un ballon aérien dévié, Maradona anticipe la trajectoire, et cela fait 1-0. Le geste de la main est flagrant, les anglais se ruent vers l’arbitre pour protester mais rien n’y fait, la Main de Dieu est validée et le stade Azteca explose.

Gary Lineker, encore lui, réduit le score en fin de match, mais cette fois c’est fait, la mission de Diego est terminée, au moins pour un temps. L’Argentine est qualifiée pour la demie finale de la Coupe du Monde. Suivra une demie finale un petit peu plus tranquille avec un Maradona toujours aussi étincelant face aux Belges. 

La finale aura lieu le 29 juin 1986, de nouveau au stade Azteca de Mexico, face à l’Allemagne de l’Ouest de Matthaus ou Rummenigge. Contrairement aux matchs précédents, le numéro 10 de l’Albiceleste est parfaitement cadré par la mise en place tactique adverse. Les allemands cadenassent Maradona, rendant les numéros de solistes et exploits individuels complètement impossibles. Il devra donc changer son jeu, passant de sauveur à un véritable facilitateur de jeu, distribuant passes sur passes vers ses coéquipiers. Une recette qui fonctionnent dans un premier temps, avec les réalisations de José Luis Beown et de Jorge Valdano. Malgré cela, la bande de Franz Beckenbauer ne renoncera jamais, et reviendra au score en fin de match, par l’intermédiaire de Rummenigge et Voller. Le but de la victoire se fera attendre jusqu’à la 84ème minute, et il arrivera du côté argentin. Un ouverture impeccable de… Maradona, une finition tout aussi parfaite malgré une dernière touche un peu longue de Burruchaga et les argentins de Carlos Bilardo prennent les devants dans cette finale, pour ne jamais les quitter…

L’Argentine soulève la deuxième la deuxième Coupe du Monde de son histoire, portée par son héro Diego Armando Maradona. De retour au pays, le natif de Lanus obtiendra une aura bien plus étendue de celle d’un simple joueur du football. Diego Maradona, el salvador de la nación Argentina.

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