La tête dans les nuages

Il y a des équipes qui font vibrer les fans de football, le temps d’un match, d’une compétition, avant que le quotidien ne reprenne son cours. Il y en a d’autres qui portent en eux l’âme d’un peuple, d’une ville, d’une histoire. Les joueurs de l’Olympique de Marseille sont de ceux-là. En armure bleue et blanche, poussés par un stade tout entier à prendre les armes, ils défendent non seulement leur but, mais une ville, une histoire, un honneur. 

Au dessus de ces jeunes guerriers, plâne la présence de leurs illustres prédécesseurs, contemplant dignement la succession, qui se bat pareillement pour (ré)écrire l’histoire. Il ne faut pas être fan de football pour supporter l’OM, car l’équipe est le cœur de la ville, son poumon, un échappatoire. Les performances de l’équipe influent sur des dizaines et des dizaines de milliers de passionnés, et peuvent changer leur quotidien. Aujourd’hui, les clubs prennent de plus en plus de place dans notre quotidien, et le cas marseillais en est probablement le parfait exemple. Des fans vivants pour leur club, fiers de leur identité très marquée, ainsi que de leur culture « Ultra ». Peut-être les ultras les plus importants du pays avec leurs homologues stéphanois, les Fanatics, Winners et consorts sillonent la France et l’Europe, quand ils ne sont pas dans l’arène du Vélodrome, pour supporter l’Olympique. Ces mêmes fans, qui dédient de plus en plus de temps de leur quotidien pour leur club, notamment pour la confection d’animations qui se dérouleront au stade. Imaginez, une contre performance, et, dès lors, les jours qui suivront, jusqu’à l’arrivée du prochain match, seront plus moroses…

Imaginez les phocéens, lorsque, le 26 mai 1993, à la 43ème minute de la finale de la Ligue des Champions opposant l’OM au Milan AC de Papin et consorts, Basile Boli, à la réception d’un corner d’Abedi Pelé, place sa tête dans les filets de Rossi… Une explosion, des fans en ébullition. Ce coup de tête de “Basilou” a eu la même puissance qu’un tremblement de terre de magnitude sept sur l’échelle de Richter pour les supporters du club phocéen. Un coup de tête qui a changé l’histoire de leur club, mais aussi celle du football français.

Une route à tracer…

Pour parvenir à ce coup de casque fatidique, l’OM a tout d’abord dû passer au delà des obstacles qui se présentaient sur son chemin pour arriver jusqu’en finale, face au grand Milan. Un parcours souvent considéré comme court et simple, du fait de la prétendue faiblesse des adversaires et du nombre peu conséquent de matchs. Détaillons : vainqueurs du championnat de France la saison précédente, l’Olympique de Marseille de Raymond Goethals s’évite la phase des tours préliminaires, pour directement accéder aux seizièmes de finales de la compétition aux grandes oreilles. Une double confrontation face aux nord-irlandais de Glentoran, réussie sans grande difficulté, avec un total de 8 à 0 scores cumulés. Les huitièmes de finale se disputeront face aux Roumains du Dinamo Bucarest. Un obstacle que la bande à Raymond Goethals passera non sans difficulté, après un 0-0 en Roumanie, puis un court 2-0 lors du match retour. Commence ensuite la phase de poule, où l’OM tire le groupe A, composé du Rangers FC, du FC Bruges et du CSKA Moscou, bourreau du tenant du titre barcelonais en seizièmes de finale. Une phase de poule dont l’OM se sortira en première place, avec un total de trois victoires et trois nuls. Une phase marquée par un importantissime nul acquis sur la pelouse de l’Ibrox Stadium des Rangers, et par une victoire écrasante au Vélodrome face au CSKA, avec notamment un triplé de Franck Sauzée. 

Le ticket pour Munich composté, l’OM se prend à imaginer une victoire finale, à quitter la planète Mars pour aller décrocher la lune. Pour cela, l’équipe du boss Bernard Tapie aligne une armada offensive comme défensive. Malgré les départs des indispensables Jean Pierre Papin, Chris Waddle et Carlos Mozer, respectivement vers le Milan, Sheffield United et Benfica, après une saison ratée sur le plan européen, l’OM a très su bien se renforcer pour la saison 1992-1993. Les départs précédemment cités ont été compensés par les arrivées de Marcel Desailly, de Rudi Voller, de l’extrêmement talentueux Alen Boksic ou encore de Jean-Marc Ferreri. De nouvelles recrues qui viennent s’ajouter à un effectif qui peut, en théorie, tenir tête, ou du moins embêter Milan…


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...et un ogre italien à surmonter

26 mai 1993, l’Olympique de Marseille a rendez vous avec son histoire. Le point d’orgue du projet de Bernard Tapie, lancé depuis l’année 1986. Un jour pour faire passer le club dans une autre dimension, un autre monde, celui des vainqueurs de la plus belle des compétitions européennes, la Ligue des Champions. Ce soir-là, le 3-5-2 olympien s’oppose au légendaire 4-4-2 rossonero. Avec un onze notamment composé de Jean Pierre Papin, Marco Van Basten, Paolo Maldini, Franco Baresi ou Frank Rijkaard, le club jadis entraîné par Arrigo Sacchi part en toute logique favori. Mais l’histoire en a donc décidé autrement.

Les 22 acteurs de la finale. Crédit : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Marseille-Milan_1993-05-26.svg#/media/File:Marseille-Milan_1993-05-26.svg

Raymond Goethals aligne lui une défense à 3, dont la pierre angulaire se nomme Basile Boli, notamment connu pour sa performance ce soir-là, on se demande bien pourquoi… Au niveau offensif, le trio Voller-Boksic-Pelé a pour tâche de dynamiter l’arrière garde milanaise. 

La première vingtaine de minutes est dominée par les hommes de Fabio Capello, multipliant les tentatives, dont une frappe miraculeusement sauvée par Barthez à la 18ème minute.

Arrive la 43ème minute de jeu. Un corner est tiré par Abedi Pelé et une tête de Basile Boli perfore les filets italiens… La deuxième mi-temps est hachée, les marseillais mènent au score, ferment le jeu et fonctionnent sur des transitions offensives rapides. Maîtres de la possession, les milainais, quant à eux, ne se créent pas d’occasions franches. Coup de sifflet final, l’Olympique de Marseille est donc champion d’Europe.

Cette victoire sur le plan européen ponctue une saison très réussie pour le club olympien, avec à la clé le championnat de France, et ce malgré un début de saison timide (20 victoire, 10 nuls, 6 défaites), et une élimination prématurée en Coupe de France face à Saint-Etienne (2-1 a.p) en huitièmes de finale. Une année 1993 qui fera donc passer l’Olympique de Marseille dans une autre dimension, une saison pour l’histoire. Une euphorie qui restera cependant de courte durée, avec l’éruption de l’affaire VA-OM, qui verra le club être privé de son titre national, rétrogradé en D2 ainsi qu’une privation de participation en Ligue des Champions 1993-1994. De plus, le club phocéen sera privé de Supercoupe d’Europe et de la finale de la Coupe intercontinentale. Des sanctions dont le club ne se remettra pas, avec un dépôt de bilan dans les mois qui suivront.  

Depuis, l’Olympique de Marseille patiente, malgré les quelques épopées européennes, de retrouver la gloire que le club avait connu sous le règne de Bernard Tapie.

Depuis, l’OM est un géant endormi. Ne s’étant jamais vraiment remis de son ascenseur émotionnel et sportif de cette saison 92-93, le club a laissé le flambeau européen. PSG, Auxerre, Lyon, Monaco, et même Lille, se sont vus prendre la succession des phocéens. Jamais cependant ils ne l’assureront. Quelques épopées, (finale en 2004 ( défaite 3-0 contre Porto) et demie en 2017 pour Monaco (défaite face à la Juve de Buffon)  demie en 2010 pour Lyon, (défaite face au Bayern Munich), et multiples quarts et huitièmes pour le PSG depuis une décennie. Là encore, c’est l’OM qui est devant, avec une finale européenne (Europa League) en 2018, au Groupama Stadium (défaite face à l’Atletico Madrid). L’ADN européen sera à jamais celui de l’OM, et vice versa. Le club patiente donc, avant de retrouver son souffle, de retrouver son âme, et avec elle, les sommets.

Dans une ville où le club conditionne la vie des supporters, où ce club a une place inhérente dans la vie des supporters, dans une ville où les habitants vivent l’OM, ce trophée fût une juste rétribution pour ces passionnés. En plus de récompenséer l’Olympique de Marseille et ses acteurs, ce titre a récompensé des supporters dévoués, travaillant des heures sur des tifos, des bâches, chantant leur amour dans leur bouillant vélodrome. Man, self-made depuis le départ, Étoilé depuis l’époque oui de Bernard…

 

 

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