Les inventeurs du Football

 

L’Ecosse, une terre britannique, peuplée de celtes et de vikings, mystérieuse et vaillante. Si celle-ci a longtemps dû faire face à l’hégémonie britannique, il n’en reste pas moins la vaillance, le courage et la résilience de ses rois et reines, qui ont longtemps tenu la dragée haute à leur puissant voisin. Et si, par delà les montagnes, les plaines vertes, les villages enclavés et les mers tumultueuses, ce petit peuple avait pu nous donner l’occasion de voir évoluer Pelé, Johan Cruyff, Diego Armando Maradona, Juan Roman Riquelme, Paolo Maldini, Andrea Pirlo, Zinedine Zidane, Ronaldinho, Cristiano Ronaldo ou encore Lionel Messi ? Et si il avait pu permettre à Raymond Goethals, Sir Alex Ferguson, Arsène Wenger, Jurgen Klopp ou encore Pep Guardiola de mettre en exergue toute leur palette tactique? Et si, chaque week-end, chaque été, chaque soir, ils avaient permi à des millions de gens de se lever, euphoriques, hystériques, passionnés ? Et si, un beau jour, dans la cité de Glasgow, une petite bande de marchands et d’ingénieurs, les créateurs du Queen’s Park Football Club, avaient inventé ce football…?

Un club à part.

Le Queen’s Park FC, est, à l’instar de River Plate ou encore de Boca Juniors, un club tout simplement différent. Créé le 9 juillet 1867 selon la célèbre phrase « Tonight at half past eight o’clock a number of gentlemen met at No. 3 Eglinton Terrace for the purpose of forming a football club », il fait partie de ces clubs qui marqueront l’histoire de leur empreinte. Comme Queen’s a été le premier club de football en Écosse, ils ont été contraints de jouer à des jeux entre eux (avec des matchs entre «fumeurs» et «non-fumeurs» par exemple), et il a fallu près d’un an avant que le club ne joue un match de football contre un autre club et le 1er août 1868, Queen’s a battu son compatriote Glasgow Thistle de deux buts à zéro. 

Formé d’ingénieurs des Highlands, descendus à Glasgow en quête d’emplois, le Queen’s Park FC a établi son camp de base à Hampden Park, stade de l’équipe nationale écossaise depuis 1903, inauguré un 31 octobre lors d’une victoire 1 à 0 des Spiders face au Celtic Glasgow. Ce surnom, provient autant du maillot, rayé horizontalement de noir et de blanc,que de la philosophie de jeu du club. Celle-ci a amené des résultats exceptionnels : le Queen’s a connu le premier match nul de son histoire seulement en demi finale de Coupe d’Ecosse, face à Clydesdale (2-2), lors de l’édition 1875 ! La première défaite est intervenue en 1876, contre Vale of Leven, lors de la saison 1876.

Dans le dernier quart du 19ème siècle, le Queen’s Park va dominer outrageusement en Ecosse, remportant 10 fois la coupe nationale, entre 1874 et 1893. Emblématique, donc, mais emblématique sur la durée. Avec un palmarès sportif très rempli qui prend la poussière, le Queen’s est devenu un club de seconde zone en Ecosse depuis bien des années (le club est seulement devenu professionnel en 2019). Le maillot de l’équipe nationale, tout vêtu de bleu, lui, est inspiré du premier maillot du club. L’Ecosse est malgré tout à jamais liée à ses Spiders de Glasgow. 

Malgré cela, les premiers obstacles à la domination des Spiders vont vite arriver : la nécessité d’un calendrier régulier des rencontres, plutôt que de s’en remettre aux aléas des tirages au sort des coupes, a entraîné une demande croissante de la part des clubs et des spectateurs pour la mise en place d’un championnat. Le Queen’s s’y oppose résolument et y voit le premier pas vers une professionnalisation du football. Le club était contre le jeu payant, car il estimait que les gens iraient simplement voir celui qui les payait le plus et qu’il n’y aurait guère de fierté à jouer pour l’équipe locale. Cela peut sembler étrange à l’époque où la « cupidité est bonne », mais à l’époque victorienne, il y avait un grand prestige à représenter sa ville ou sa région en compétition. Comme l’a fait remarquer un représentant du Celtic, Queen’s aurait « aussi bien essayé d’arrêter le flux du Niagara avec une chaise que d’essayer de stopper l’avancée du professionnalisme », et la fédération écossaise, formée en 1873 a continué sans le Queen’s en 1890.

Si son palmarès prend la poussière, le club reste néanmoins un bon formateur, prenons l’exemple d’un certain Andy Robertson, international écossais et sûrement un des meilleurs latéraux du monde sur son côté gauche. Excellent avec Liverpool, passé par Hull City, Andy est en effet un gamin de Glasgow, formé au Queen’s Park FC. Une chose dont le club peut s’enorgueillir, avant, peut-être, de retrouver les sommets.    

Un jeu bien différent de celui que l’on connaît aujourd’hui.

A l’aube de l’histoire du Football, deux grands courants s’affrontent : le premier, porté majoritairement par les clubs anglais, était celui du “Football rugby”. Un football dur, physique, âpre et très individuel. Ce type de football était relativement dangereux, des morts étaient même parfois recensés sur les rectangles verts.

Ce football si différent de celui que l’on connaît aujourd’hui, était en majorité pratiqué par des Anglais de très bonnes familles. Du fait de leur statut social, ils avaient un comportement individualiste sur le terrain, ce qui amenait à un nombre de passes extrêmement dérisoire. Les passes étaient vues comme une faiblesse, la virilité devait l’emporter sur l’altruisme. Ce type de jeu peut s’apparenter à l’appellation “kick & run “ utilisée de nos jours, qui est une dérive lointaine de cet individualisme à outrance.

En face, se tenaient les lois de la “Football Association” : née le 28 octobre le 1863 dans un pub londonien ( le Freemason’s Tavern ), la “FA” avait pour but de différencier le football du rugby, et de le codifier. Oui, le codifier, car suivant les établissements, à Sheffield ou à Cambridge notamment, le Football était joué différemment. Les règles sont harmonisées, l’utilisation des mains est par ailleurs bannies (ce qui donnera naissance à la RFU, la “Rugby Football Union” en 1871).

Les précurseurs d’un “nouveau football”.

Dans sa continuité avant-gardiste, le Queen’s Park FC est le premier club écossais à se conformer aux règles de la Football Association, preuve encore une fois que ces hommes des Highlands étaient en avance sur leur temps, et, intrinsèquement, sur leurs adversaires. En effet, si le surnom des Spiders pouvait aisément leur être donné de par les rayures qui zébraient leur maillot, il fût acquis et pérennisé à cause (ou grâce), à leur façon de jouer. Privilégiant un jeu collectif, et donc de possession du ballon, ils étouffaient leurs adversaires en leur subtilisant le cuir, donnant l’impression de tisser une toile autour de ces derniers, les prenant au piège. C’est dire si la façon de jouer était novatrice et impressionnante pour l’époque.  

Les “Scotch Professors ont donc véritablement inventé un nouveau Football, le “passing game” tant la différence était flagrante sur le rectangle vert. Le contexte social n’était pourtant pas favorable au développement de ce type de jeu. En effet, plus le jeu était dur et individuel, plus il convenait aux standards de la noblesse anglaise. Plus petits et moins costauds que leurs adversaires, les écossais, s’il souhaitaient l’emporter, devaient éviter le plus possible la confrontation physique avec leurs homologues anglais. La statut d’homologue était seulement partagé sur le terrain, puisque les écossais n’avaient pas de titre de noblesse, et descendaient de la classe « moyenne-haute » des Highlands. C’est certainement ce contexte qui a poussé les écossais à se démarquer: aucune noblesse à “défendre”, et impossibilité de gagner “à la régulière” avec les règles de l’époque. Leur philosophie était de plus opposée à celle des anglais, en témoigne la devise du club: ”Ludere Causa Ludendi” ou “jouer pour le plaisir du jeu” en latin. Ils cherchaient donc le plaisir d’une partie de football, le plaisir de faire du sport à plusieurs, en partageant des valeurs de par le ballon qui circule. Cette philosophie donne une véritable bouffée d’air frais au Football, qui n’était jusqu’alors le prolongement de la guerre d’influence sociale de la noblesse anglaise. Le plaisir du jeu, du partage, d’avancer vers un objectif commun, la victoire, lance véritablement la destinée du sport Roi, qui connaîtra ses plus belles heures un siècle plus tard….   

L’impact sur le Jeu.

Avec des changements aussi importants amenés par les hommes des Highlands, leur impact sur le football ne pouvait être minime. En effet, Queen’s Park est le club star en Ecosse et dans le monde (très restreint à l’époque), du Football. En effet, en 1898, la ville de Copenhague ( Danemark ) fait appel aux services du Queen’s Park afin de développer le football au pays des Michael Laudrup et Peter Schmeichel. Le Queen’s devient le premier club à faire découvrir un sport où 22 joueurs courent après un ballon en dehors du Royaume-Uni. Longtemps peu apprécié pour sa relative dangerosité, le ballon rond a ensuite conquis les coeurs européens : pour exemple, à son arrivée en Espagne, les mairies de villages espagnols parsemaient des pancartes en ville avertissant du danger que pouvait représenter ce sport, les parents devaient donc au maximum empêcher leurs enfants d’aller sur le fameux rectangle vert. 

Auparavant, en 1870, le Queen’s rejoint la Football Association Anglaise afin de former la Coupe d’Angleterre. Durant les premières éditions, les frais de déplacements de Glasgow vers l’Angleterre via le train empêcherons le club de disputer certains matchs retours. Cependant, le Queen’s atteindra la finale de la coupe en 1884 et 1885, tout cela pour un club…écossais. La finale de l’édition 1884 a vu le Queen’s perdre par deux buts à un, mais la défaite a contribué à une harmonisation des règles du football. Queen’s avait marqué un but qui était légal selon les règles en Écosse, mais pas en Angleterre, le club donc a joué un rôle déterminant dans l’harmonisation des lois du jeu, puisque la règle liée à ce but a été modifiée en Angleterre à la suite de ce match.

Le 30 novembre 1872, le premier match international de l’histoire a lieu, au West of Scotland Cricket Ground, au beau milieu du quartier de Partick, à l’ouest de Glasgow. Ce match oppose les équipes nationales d’Angleterre et d’Ecosse. L’équipe écossaise est elle entièrement composé par les joueurs du…Queen’s Park. Tous vêtus de bleus, les écossais sont physiquement bien moins imposants que leurs adversaires du jour. Les Anglais partent donc ultra favoris. Au niveau tactique, l’Ecosse aligne une formation en 2-2-6, face au 1-1-8 des Anglais. Certes, le match se terminera sur un score nul et vierge, mais les écossais auront fortement impressionnés. Totalement opposés au plan de jeu anglais qui consistait à jouer en groupe de 6 à 8 joueurs groupés autour du joueur ayant la possession du ballon, jusqu’à ce que ce dernier soit plaqué et ne perde le cuir. Les écossais eux, redoublaient les passes, expérimentaient le jeu sans ballon et les triangles de jeu, utilisaient le terrain sur la largeur…révolutionnaire donc. 

La promotion de ce jeu combiné par l’Écosse mènera finalement à l’introduction du professionnalisme en Angleterre en 1885, en raison de la grande importation de joueurs écossais dans les Midlands et le nord de l’Angleterre. Cela a par ailleurs contribué a faire disparaître les Spiders des radars.

Selon Andy Mitchell, historien du Football, l’héritage du Queen’s Park FC est énorme  : «Ils ont amené leur version du football en Écosse comme missionnaires pour encourager à la diffusion du football. Par conséquent, ils ont eu un rôle décisif dans les débuts du foot écossais et, même si les règles de «l’association football» seraient probablement arrivées à un moment donné, Queen’s Park a permis que ce sport décolle dans les années 1870.»

Le Queen’s a notamment permis  la diffusion de joueurs de football de couleur en Écosse : Andrew Watson est le premier joueur noir à participer à un match. Peu importe pour le club d’après Andy Mitchell : «Quand Andrew Watson a rejoint Queen’s Park en 1880, c’était pour ses compétences comme arrière. Il n’y a pratiquement aucune mention de sa couleur dans les comptes-rendus de l’époque, puisque le plus important était qu’il soit un «gentleman».

Sans prétentions, de l’anonymat des Highlands à la célébrité dans l’Europe entière, les Spiders de Glasgow ont révolutionné un sport qui enchantera des millions de personnes durant des années, et des années encore après nous. Souhaitant juste triompher d’un sport qui n’accueillait pas leur caste, ils ont, malgré eux, et pour des siècles durant, changé l’histoire…

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