La Ligue 1, une impasse économique.

 

 

Un mur, une montagne, un obstacle presque infranchissable. Telle est la silhouette trouble, terrifiante, qui fait face au Paris Saint Germain lorsque que les phases finales de la Ligue des Champions se profilent à l’horizon. Un PSG ambitieux, qui chaque année, part en quête du Saint Graal. Mais le club de la capitale fait chaque année figure d’Hercule, et semble porter chaque année, les échecs passés sur ses épaules. Comment justifier ces échecs, cette psychose, cette angoisse récurrente qui accompagne un match éliminatoire de nos clubs français, et plus particulièrement du PSG ? 

Une chose est sûre, l’expliquer par la faiblesse du championnat n’est pas, ou n’a jamais été un argument valable. Regardons l’Eredivise : moyens bien plus faibles que la Ligue 1, et pourtant, les résultats européens sont là : l’Ajax, depuis quelques années, enchaîne les premières ou deuxièmes places, accompagné par le PSV ou le Feyenoord Rotterdam pour disputer le titre. Derrière ce trio? Un gouffre niveau comptable, très souvent au delà des dix points en fin de saison. A l’image du Paris Saint Germain, le club du “Hollandais Volant” a très peu l’occasion de se tester à très haut niveau au cours de la saison, mais parvient à décrocher une demie-finale de Ligue des Champions. Si l’on ne peut pas prendre le championnat pour excuse, il faut alors se pencher sur les possibles autres problèmes de nos clubs.

Un manque de moyens ? 

La fiscalité des clubs français est très désavantageuse comparée aux autres pays membres du “Big 5”. Des clubs comme l’Angers SCO ou encore le Montpellier Hérault SC  par exemple, paient plus de cotisations sociales qu’un monstre du pays footballistique européen : le Real Madrid. Le PSG, lui, en paye plus que l’ensemble des clubs de Bundesliga, de Liga, de Premier League et de Serie A réunis. En Allemagne ou encore en Espagne, le plafond des charges patronales est atteint à un niveau salarial relativement bas : un joueur gagnant 5000, ou un million d’euros occasionnera les mêmes charges pour son club. Ses charges n’augmentent pas en fonction du niveau des salaires, ce qui est loin d’être le cas en Ligue 1. De quoi permettre aux clubs de Bundesliga ou de Liga des promesses salariales sur lesquelles ne peuvent s’aligner les clubs hexagonaux.

Les droits télévisuels de la Ligue 1 sont faibles. Même si une lueur d’espoir arrive avec leur explosion en 2020, ils vont, malgré cela, rester en deçà du “Big 4”. A la suite de leur très probable augmentation dans les prochains mois, ceux de nos voisins atteindront des chiffres exorbitants : A l’heure actuelle, les droits de la Ligue 1 valent un peu moins d’un milliard d’euros, contre 2.3 en Premier League. Pour exemple, le champion en Ligue 1 touche 60 millions, alors que le dernier de Premier League (relégué en Championship) touche plus de cent millions d’euros. Un gouffre donc, qui peut expliquer ce manque de ressources budgétaires. L’argument est cependant à nuancer, car des clubs comme l’Ajax, le PSV, AZ ou encore le Feyenoord Rotterdam, évoluant tous en Eredivise, touchent bien moins d’argent grâce à ces droits. Seulement, ils restent compétitifs sur la scène européenne. Le problème va donc au delà de l’aspect économique.

Notre pays pâtit surtout d’un manque cruel de culture foot. Ce manque se traduit par des stades très loins d’être remplis sauf rares exceptions (Marseille, Saint Etienne, Lens, quand les interdictions de stade ne sévissent pas). La moyenne de spectateurs présents pour un match de Ligue 1 est de 22 800 personnes, pour un taux de remplissage moyen de 69%. La meilleure affluence moyenne française, l’Olympique de Marseille et son (Orange) Vélodrome, pointe seulement au 17ème rang européen, avec ses 52 000 fans présents en moyenne, (classement dominé par le Signal Iduna Park de Dortmund  avec environ 80 000 spectateurs en moyenne ). Ces chiffres peuvent par ailleurs s’expliquer par le fait que seuls deux clubs français possèdent un stade pouvant accueillir plus de 50 000 spectateurs, et les deux tiers des stades de notre championnat ne peuvent pas en contenir plus de 30 000. Cela constitue un énorme contraste avec la Bundesliga, où tous les stades sont pleins, même en D2 : Un Hanovre – Hambourg, grande affiche de Bundesliga.2, ponctuée par un match nul (1-1), a comptabilisé une affluence hallucinante de 49 000 personnes, dont 20 000 supporters Hambourgeois, impensable en France. 

Quid de leur utilisation ?

Les clubs de Ligue 1 subissent pour la plupart des gestions sportives…folkloriques. La plupart des nouveaux investisseurs qui misent sur des clubs de notre hexagone favorisent aujourd’hui le but lucratif au but sportif. La méthode du trading de jeunes joueurs à fort potentiel vers l’étranger est devenue courante dans notre championnat. De plus, une grande partie des clubs de Ligue 1 dépendent de ce trading s’ils veulent réinvestir sur le marché des transferts. Aujourd’hui, les clubs de l’hexagone dépensent plus que ce qu’ils génèrent, mais cela est aujourd’hui compensé par le trading de joueurs. Des clubs comme Lille ou Bordeaux doivent rembourser des prêts de plusieurs dizaines de millions d’euros à des fonds d’investissements privés, comme Elliott Management. Le problème de ces remboursements va encore s’accentuer, dû aux effets de la crise sanitaire que connaît le monde aujourd’hui. Droits TV partiellement payés (source de la moitié des revenus annuels des clubs de Ligue 1), recettes de matchs manquantes, vitales notamment pour les formations écossaises qui en dépendent fortement…l’ensemble des clubs va manquer de liquidités au moment du mercato estival. L’espoir de revendre des joueurs à fort potentiel vers l’étranger va s’apparenter à une chimère, sachant que les clubs anglais notamment sont de plus en plus sélectifs. Le Brexit marque la sortie du Royaume-Uni de l’Europe, et donc d’un circuit fermé du mercato. Destination privilégiée des joueurs de Ligue 1 vendus dans le cadre de ce trading, ces ventes vont devenir de plus en plus compliquées, un transfert en Angleterre demandant désormais un permis de travail… Les problèmes financiers vont donc s’accentuer au moment de payer les salaires des joueurs et de l’ensemble des staffs. Une “grande braderie”, moyen de récupérer des liquidités, est donc à prévoir cet été…  

En oubliant ces problèmes liés au Covid-19, la situation de notre “Ligue des Talents “ ressemble de plus en plus à une coopérative de fermiers faisant grandir leurs jeunes pousses, avant de les revendre sur le marché annuel du football. D’un côté, les retombées économiques de ce trading sont la : enrichissement ( parfois personnel, tous les transferts n’ont pas un seul but sportif ) global pour la quasi totalité des clubs. Mais en contrepartie, un aspect sportif beaucoup plus négatif se fait ressentir. Les effectifs sont constamment renouvelés chaque année, ce qui fragilise considérablement l’équilibre d’un groupe. Preuve cette saison avec l’Atalanta Bergame de Gian Piero Gasperini, qu’ un groupe se connaissant depuis des années, ayant évolué ensemble un nombre considérable de matchs, peut aboutir à de grandes choses. Une instabilité permanente des effectifs de notre championnat paraît donc être à un obstacle à des résultats concluants en compétitions européennes… 

Au delà du trading ,le gaspillage ponctuel du potentiel économique de nos clubs impacte le sportif, et constitue une deuxième facette des problèmes économiques. L’exemple le plus limpide est celui de l’Olympique de Marseille. Trois ans après la reprise du club par la bande à Franck McCourt, le résultat est sans appel : autour des 200 millions d’euros investis, une finale d’Europa League certes, mais aucun podium depuis le rachat, synonyme d’absence de qualification en Ligue des Champions. Malgré quelques bonnes pioches telles Duje Caleta-Car ou encore Alvaro Gonzalez, la plupart des transferts réalisés par Jacques-Henri Eyraud et ses hommes se sont transformées en catastrophes retentissantes. Au delà du cas Grégory Sertic, une des conséquences de cela est que l’OM n’a qu’un seul latéral gauche de  » niveau Ligue 1  » dans son effectif, ses deux latéraux droits se nomment eux Bouna Sarr et Hiroki Sakai. De même, les salaires de Sertic, Abdennour, Rami, ont pesé de façon significative sur les finances du club. Inquiétant après tant d’argent dépensé. Et plus les rachats s’enchaînent, et plus ces mécanismes se réalisent sans cesse, ce n’est pas le GACP bordelais qui contredira cela….

Et la LFP dans tout ça ?

La Ligue de Football Professionnelle, elle, avance masquée. En atteste la nouvelle appellation “ Ligue des Talents “ ou encore le partenariat avec Uber Eats, les têtes pensantes du football français se préoccupent davantage de l’aspect économique que du rectangle vert. Dans ce contexte, nous avons pu assister depuis 2019 à des matchs de Ligue 1 à 13h sur Canal+, le tout pour convenir au marché asiatique. Parfait donc pour exporter la Ligue 1 à travers le monde, mais horaire médiocre pour les clubs et les supporters français, qui ne peuvent que se plaindre de cette nouvelle réforme. Pour plaire aux marchés étrangers, il faudra davantage passer par un jeu léché et agréable à regarder, plutôt que d’essayer de placer les matchs durant le JT de Laurent Delahousse…

En ces temps difficiles, nous tenons, pour leur travail exemplaire, pour le don de leur vies pour sauver les nôtres, pour l’incroyable sensibilité et chaleur humaine dont-ils font preuve, à remercier l’ensemble des personnels soignants, livreurs, chauffeurs routiers, employés de centrales d’achats, et fonctionnaires, qui continuent d’exercer leurs postes, en première ligne face à la pandémie mondiale que nous devons actuellement traverser. Au delà du sport, au delà même du football, il y a la vie. Ces gens, dans une infinie bontée, nous permettent d’envisager sereinement l’avenir, et de parler, avec espoir et passion, du plus beau sport du monde…

 

Maximilien Regnier et Loris Bracco

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