La France et l’Europe, une longue histoire de désamour…

 

Luiz Gustavo, après la finale de Ligue Europa perdue par l’Olympique de Marseille face à l’Atletico Madrid, le 16 mai 2018 ( 3-0 ) 

Entraîneurs constamment remis en question, niveau de jeu décrié, clubs aux stratégies sportives qui interrogent, qualifications européennes dilettantes…En effet, une décennie a passé et la “Liguain”, notre championnat de France pose question. Les (trop rares) épopées européennes prennent de l’âge et se lisent désormais dans les cheveux blancs de leurs glorieux acteurs. 1976, 1991, 1993, 2004, 2010, 2017… Des dates qui sonnent désormais comme de lointains échos, et qui sont les dernières traces d’épopées européennes au delà des quarts de finale de la Ligue des Champions d’un club français. 

L’Europe, l’inévitable baromètre.

En effet, le théâtre européen est -depuis la professionnalisation du football, intervenue dans le courant des années 1960- considéré comme le révélateur du niveau réel des clubs et donc, intrinsèquement, de leur championnat respectif. Depuis 1950, la France compte quatorzes finales européennes, C1, C2 et C3 comprises. Avec deux victoires sur les quatorzes finales disputées, victoires de l’OM en 1993 et du PSG en 1996 (C2, la “Coupe des Coupes”, aujourd’hui disparue ), la France est à la dixième place sur dix-neuf au nombre de trophées remportés. La France compte donc autant de Ligues des Champions que des pays comme la Roumanie, l’Ecosse, ou encore la République-Tchèque, dont les moyens des clubs et l’exposition des championnats est bien moindre. La faiblesse de la Ligue 1 ne date donc pas d’hier. Exceptée la décennie 90, la Ligue 1 s’est toujours retrouvée au second plan du football européen. Un lent déclin, semblant inexorable, s’amorce depuis celle-ci. Notre ligue n’a pas prit un tournant que le football européen a amorcé au début du XXIème siècle, conséquence de l’arrêt Bosman. Ce retard sur le Big 4 européen (Espagne, Angleterre, Allemagne, Italie), se traduit alors au classement de l’indice UEFA : la France se situe au cinquième rang, et compte 56 points (l’Espagne, première du classement, en compte 98). Nous avons onze points de retard sur l’Italie, et sept d’avance sur le Portugal, avantage qui tend à se réduire sur ces deux dernières années, et tout particulièrement pendant cette campagne 2019/2020. Pour la première fois depuis la saison 2011-2012, aucun pensionnaire de la Ligue 1 engagé en C3 ne parvient à sortir des poules, ce qui a pour effet d’un peu plus plomber l’indice UEFA  tricolore.

A l’échelle du continent, nos clubs font face à une grande frilosité tactique : Saint-Etienne, Rennes, Marseille, tant d’exemples de clubs qui ont “bétonné” face à des formations bien moins puissantes économiquement, et venant de championnats théoriquement plus faibles, telles Oleksandria (Ukraine), Konyaspor (Turquie) ou encore Cluj (Roumanie). On essaye pas de gagner mais plutôt de ne pas perdre, et cette philosophie digne du grand Antoine Kombouaré nous amène à de piteuses campagnes européennes de la part de nos clubs qualifiés. Nous avons tous un souvenir d’une purge proposée par notre club de coeur un jeudi soir sur W9, sur un terrain situé aux confins de l’Europe. Un match dont le principal objectif est plus de limiter la casse, que de produire un jeu léché. Nous pourrions vous citer la double confrontation ASSE Esbjerg lors des barrages d’Europa League en 2013, les multiples déboires de l’OM, l’OL, Nice face à l’Apollon Limasol, ou encore la victoire de MOL Fehérvar (à l’époque, Vidéoton) contre Bordeaux en 2017.  Le pragmatisme dira-t-on. Particulièrement en Ligue Europa, et en exceptant quelques cas comme le Stade Rennais cru 2018/2019, nos clubs jouent plus la qualification pour la Coupe d’Europe, que la Coupe d’Europe elle-même. 

Il en faut peu pour être heureux.

Ce manque récurrent de résultats conduit à une culture simpliste de satisfaction minimaliste. En effet, l’exemple de la campagne de Ligue Europa 2018/2019  du Stade Rennais a vite pris une ampleur considérable dans le paysage audiovisuel sportif tricolore. La raison ? Une qualification en 16èmes de finale. Autrement dit, le club a réussi à s’extraire de sa poule sur le fil, en battant le FC Astana (2-0) à domicile. Dans une poule où figuraient le Dynamo Kiev, plus vraiment un astre majeur en Europe, le champion du Kazakhstan en titre et le FK Jablonec, troisième de Liga tchèque, s’en extraire n’aurait normalement dû n’être qu’une formalité pour le 5ème de Ligue 1 l’année précédente, et futur vainqueur de la Coupe de France. Seulement, Rennes, qui pouvait faire figure de favori dans une poule ouverte et accessible, a dû batailler, durement. Ce fut la dernière journée, salvatrice, qui permit finalement aux bretons d’accéder à leur premier tour à élimination directe de leur histoire. Un “exploit” dit-on. Oui,si  sortir de sa poule en se trouvant en ballotage défavorable à l’issue de la phase aller est un exploit, sortir de cette poule est en revanche une obligation pour une équipe comme Rennes, avec l’effectif et les moyens plus élevés par rapport à leurs trois adversaires. Certes, la suite fut admirable : en battant le Bétis Séville de Quique Setién, tombeur du Milan en poules, les bretons s’offrent un huitièmes de finale de prestige face à Arsenal, futur finaliste, qu’ils inquièteront à l’aller au Roazhon Park (3-1), avant de finalement sombrer contre de solides Gunners à l’Emirates Stadium (4-1). C’est donc la notion “d’exploit” qui interpelle. Ce qui aurait dû être une formalité se transforme en une rude bataille, qui est donc couverte de louanges. L’on pourrait donc traduire ces réactions par un manque d’ambition criant, dû à ce manque de résultats récurrent, dans le passé, comme dans le présent. Seulement, les clubs jouant la Ligue Europa donnent l’impression de se placer dans une mentalité de “gestion”, lors de ces soirées européennes. 

La Ligue 1, outsider malgré elle ?

En résulte donc aujourd’hui une culture de “l’exploit” : En effet, le contexte actuel de notre Ligue 1 et la santé de nos clubs sur la scène européenne (hors PSG), place ces derniers, lors de chaque confrontation d’un cador de notre championnat avec un cador de Serie A, de Premier League, de Liga ou encore de Bundesliga, en position (justifiée) mais systématique, d’outsider. Aucun de ces clubs ne pourrait prétendre regarder dans le blanc des yeux la Juventus Turin, le Bayern Munich, ou l’Atletico Madrid. Il en va de même pour les confrontations opposant nos clubs français face au CSKA, Valence ou le Zénith. Le justifier par le manque de moyens ou de compétitivité ? Certainement un argument non valable. L’Ajax Amsterdam dispose d’un budget 2 fois inférieur à l’AS Monaco, et 3 fois inférieur à celui de l’Olympique Lyonnais. Seulement, cette équipe, mue par un tacticien hors pair, avec une mentalité conquérante, élimine le Real Madrid et la Juventus Turin avec panache, en faisant figure d’outsider, tandis que la récente victoire de l’OL (1-0) face à la Vieille Dame à domicile au terme certes, d’un match abouti, fait figure d’exploit absolu, qui, selon toute la presse et l’opinion tricolore, sera impossible à réitérer lors de la confrontation retour. La différence est ici très importante. Une différence abyssale de budget, deux clubs (dont les cultures européennes sont certes très différentes et très à l’avantage de l’Ajax), deux statuts d’outsider, mais également deux mentalités différentes, la plus flandrienne des deux faisant oublier le rapport de force déséquilibré par une démonstration de cette dite force sur le terrain.

Nous avons transformé la “culture de la gagne” en “culture de la défaite”, en atteste le PSG quand le mois de mars arrive. Un effectif se décomposant à petit feu, cadre compris, quand les phases finales de Ligue des Champions approchent. Le syndrome de la défaite est bien là, et il faudra bien des victoires pour l’enrayer. 

 

Maximilien Regnier et Loris Bracco

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