Le football en Finlande, tour d’horizon

 

Le président de République, Emmanuel Macron, accompagné du vice-président du parlement finnois, Antti Rinne, lors d’une rencontre au palais de l’Elysée.

 

Souvent plus connu pour ses sports mécaniques ou d’hiver que pour sa ferveur envers le sport roi, la côte du football ne fait que croître depuis quelques années au sein de la terre mère de Kimi Raikkonen, ou encore de Teemu Tainio. La qualification pour l’Euro de la bande à Teemu Pukki, entraînée par Markku Kanerva , les “Hiboux Grands Ducs” réchauffe tout un pays au caractère glacial.

Depuis longtemps dominée footballistiquement par ses voisins scandinaves, la sélection finnoise a atteint son point d’orgue avec cette qualification pour l’Euro 2020. Une qualification obtenue après une victoire sur le score de 3 buts à 0 face au Liechtenstein, à la suite d’un parcours de qualification admirable. Le pays n’avait probablement plus connu d’équipe nationale ayant un joueur de la trempe de Teemu Pukki depuis le formidable meneur de jeu qu’était Jari Litmanen, ayant porté sa sélection, ainsi que l’Ajax d’Amsterdam, durant les années 90. Cet épisode fût probablement le seul moment glorieux du football finlandais. Pour exemple de ce quasi néant, entre la fin de la deuxième guerre mondiale et le premier match victorieux de l’équipe nationale finlandaise, vingt très longues années se sont écoulées. 

Mais cette qualification historique ne sort pas totalement de nulle part, la place du football dans la société finnoise étant grandissante d’années en années. Bien qu’il vive toujours dans l’ombre du hockey sur glace ou du WRC, la popularité du football connaît une progression exponentielle ces dernières années. On recense en effet 10% de licenciés supplémentaires par an au sein de la fédération finnoise.

L’énorme travail de la Fédération.

La Fédération de Football finnoise y est ici pour beaucoup : de nombreux investissements ont été réalisés depuis cinq ans, notamment de terrains couverts aux quatres coins du pays. Le climat étant souvent extrême (ce qui perturbe parfois la progression du championnat national ), la pratique du football en extérieur, sous des températures glaciales, est une réticence pour les finlandais, et tout particulièrement les jeunes. Le pays est désormais pourvu de terrains couverts et chauffés. A l’image de ses investissements massifs, la fédération a basé sa stratégie long termiste sur la formation des jeunes, afin de pérenniser les résultats des Huuhkajat dans le temps, malgré un bassin de population peu élevé. En effet, la Finlande compte 5,6 millions d’habitants. Le projet  prendra surement beaucoup de temps, mais, d’ici cinq à dix ans, il pourrait permettre à l’équipe nationale finlandaise de devenir bien plus compétitive qu’elle ne l’est actuellement. 

La fédération finnoise a lancé le programme “ Sukupolvien unelma “ (Rêve des Générations), essentiellement axé sur la formations des jeunes et du football féminin. De plus, l’aspect médiatique du football est aussi en cours de développement : grâce notamment à la plateforme de streaming Rutuu, qui diffuse les matchs de première Division et de Coupe, en plus de la NBA ou de la Serie A. L’objectif de ce projet est de créer un réel environnement de travail pour les nouvelles générations de footballeurs finlandaises : “ Il vise à renforcer les ressources à long terme au niveau du football de haut niveau. Des entraîneurs qualifiés sont la clé du succès, ils s’assurent que les jeunes tombent amoureux du sport. Le club est le domicile du joueur, seul un club prospère peut réussir à développer ses joueurs, le maintien de cette prospérité est donc primordiale. Le rêve des générations crée de meilleures conditions pour que les clubs réussissent.” Les formations de jeunes joueurs dès le plus jeune âge et de leurs entraîneurs au sein de leurs clubs est un point fondamental aux yeux de la “Suomen Pallolitto”, qui y attache une grande importance  (la FFF pourrait par ailleurs s’en inspirer).

Elle a aussi lancé le programme “Mitä Seurojen Palloliitto” (Association des clubs de Football). Ce programme, en développement depuis approximativement deux ans, a prit effet le premier janvier 2020, et consiste à aider à l’échelle nationale l’ensemble des clubs finlandais, de la première division au district. L’objectif est de transférer une quantité importante de ressources de l’administration vers le terrain, afin que les clubs finlandais puissent se développer plus facilement. De facto, un club prospère pourra plus facilement développer ses jeunes joueurs. Le succès de tous ces objectifs se traduit par une série de promesses : Maîtrise et continuité de la compétition malgré les contraintes climatiques, une organisation opérant localement dans toute la Finlande (services locaux renforcés), des formes de soutien financier (accompagnement des talents et de leurs formateurs, les indemnités pouvant varier suivant la qualité de la formation proposée), formation de coachs “le rêve est d’avoir un coach compétent et éduqué pour chaque enfant et adolescent”… Des évènements peuvent s’organiser sous forme de forums (présidents, entraîneurs, gestionnaires, etc.) : “ les groupes de pairs partagent leurs connaissances, leur expertise et leur expérience au sein des clubs. Dans le même temps, les points de vue des clubs sur les problèmes, préoccupations, espoirs et besoins actuels seront collectés. “ 

L’objectif de toutes ces innovations sera surement d’aller concurrencer dans les années à venir les autres pays scandinaves comme la Suède et le Danemark, qui, depuis un peu plus d’une décennie, ont réussi à quantifier leurs progressions par des qualifications récurrentes dans des grandes compétitions continentales ou inter-continentales.

L’équipe nationale, autre facteur de ce développement.

Mais pour fédérer les jeunes à ce “nouveau” sport, il faut une équipe nationale capable de leur montrer la voie : et c’est ici que les récentes performances de la bande à Teemu Pukki sont très importantes. Le 4-4-2 à plat mit en place par Markku Kanerva fonctionne parfaitement bien. Sur ses dix matchs de qualification pour l’Euro 2020, la Finlande affiche un bilan de 6 victoires pour 4 défaites, avec deux courts revers face à l’Italie de Roberto Mancini ( 2-0 à Udine puis 1-2 à Helsinki ). Avant cela, la Finlande avait aussi terminé première de son groupe de Ligue des Nations, en battant  la Grèce (qu’elle battra de nouveau lors des poules de qualifications pour l’Euro 2020), la Hongrie et l’Estonie. Les Suomi appliquent un jeu de possession, bien qu’elle soit apte à subir face à de meilleures équipes : elle totalise une possession moyenne de 52% sur sa campagne de qualification à l’Euro, avec un pic à 72% face au Liechtenstein, et un minima face à l’Italie, avec 40% de possession au cours de ce match. 

L’une des bases de la qualification finlandaise, c’est certainement son effectif. Markku Karneva a pu s’appuyer sur des joueurs d’expérience, et non dénués de talent. Beaucoup évoluent dans des grands championnats européens. Le premier d’entre eux est justement un des joueurs d’expérience des Hiboux Grands Ducs. En effet, Lukas Hradecky est un pilier de la sélection. Le gardien de 30 ans, formé au pays (TPS Turku) a débuté sa carrière pro en 2009 au Esjberg fB. Passé notamment par le Brondby IF et l’Eintracht Francfort, il est depuis l’été 2018 un titulaire indiscutable au Bayer Leverkusen. Seulement un an après la signature de son premier contrat professionnel, il connaît, à 20 ans, sa première sélection en équipe nationale, en rentrant à la mi-temps du match amical contre l’Estonie (0-2), le 21 mai 2010. Avec 36 sélections, il est aujourd’hui le gardien numéro 1 des Hiboux, et fût décisif dans la phase éliminatoire, avec 6 clean sheets. Il est très bien suppléé par Jesse Joronen. Le joueur de 26 ans, pro depuis 2009 et passé par Fulham ou encore Copenhague fait aujourd’hui les beaux jours de Brescia (Serie A). Bloqué par Hradecky, il ne fait pas figure de relève, avec seulement 4 ans de moins que le joueur de Bundesliga. Ce duo permet en revanche aux Hiboux de bénéficier de gardiens d’expérience. Joronen a dernièrement pris part au match de la dernière journée des éliminatoires de l’Euro, face à la Grèce (défaite 2-1), sa cinquième apparition sous le maillot finnois. D’autres joueurs d’expérience, comme Joona Toivio, 31 ans, 32 sélections, passé par l’HJK Helsinki, l’AZ Alkmaar et maintenant à Molde, ont contribué au parcours historique des Hiboux, au même titre que Pukki, qu’on ne présente plus. Cet effectif est remarquable d’homogénéité et de diversité, puisque veille garde côtoie la jeune génération. Portée notamment  par Gleen Kamara et Leo Vaisanen. Le premier fait la loi en Scottish Premiership. Titulaire très régulier ( 21 matchs depuis le début de la saison ) avec les Glasgow Rangers, son rayonnement au sein de l’effectif de Steven Gerrard lui permet de frapper depuis 2017, à la porte des Hiboux Grands Ducs (9 sélections, 1 but). Dans son sillage, Leo Vaisanen émerge également. Le jeune défenseur central de l’IF Elfsborg (22 ans) entre petit à petit au sein de la sélection finnoise. Il fait donc figure de relève de cette vieille garde et a déjà eu deux fois la chance de chanter son hymne national sous les couleurs bleues et blanches. 

Figure de proue de la sélection, Teemu Pukki est la révélation de cette campagne de Premier League 2019-2020. Avec 11 buts et 3 passes décisives à la pointe de l’attaque de Norwich City, il braque sur lui tous les regards. Star incontournable des Huuhkajat, l’ancien de Bondby IF ou encore du Celtic Glasgow est devenu un personnage très suivi et populaire en Finlande, comme peuvent l’être Kimi Raikkonen ou encore Raimo Helminen. Ses 25 buts en 80 matchs pour sa sélection ne vont pas déroger à la règle , Teemu est là pour porter son pays, et rien d’autre. Cette popularité acquise par le natif de Kotka permet à l’équipe nationale d’être bien plus exposée médiatiquement, et donc, par conséquent, d’être potentiellement plus suivie à travers le pays.

Preuve de cette importance du buteur, les droits TV  de la Premier League s’arrachent, contrairement à ceux de la Veikkausliiga, qui, disons le, n’intéresse pas la grande majorité des finlandais. 

Cette équipe a redonné foi en un sport rejeté par tout un pays. Un sport qui a connu bien plus d’échecs que de succès depuis sa création. Un beau parcours des Hiboux-Grands-Ducs lors de l’Euro pourrait susciter un plus grand nombre de vocations auprès des jeunes, et donc d’accélérer la de démocratisation de ce merveilleux sport qu’est le football. Disposant d’un contexte beaucoup plus favorable que la sélection kosovare, pays où l’équipe nationale monte en puissance, la Finlande va pouvoir se développer tranquillement footballistiquement, et pourquoi pas, être capable de se qualifier durablement à chaque compétition internationale dans les années à venir.  Avec un effectif remarquable de sanité et d’expérience, ponctué de jeunesse, un projet de formation ambitieux, la Finlande n’a pas fini de faire parler d’elle dans le monde du football. C’est donc sans complexe que Teemu Pukki et les Huuhkajat s’avancent vers l’Euro 2020, immense défi pour toute une génération de joueurs, encore marquées par l’échec de 1995 face à la Hongrie…

 

Maximilien Regnier et Loris Bracco

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