De l’importance d’Antoine Griezmann en Équipe de France

L’on dit souvent que le Football est une question d’espace(s) et de temps.

À ce petit jeu, puristes comme néophytes s’accorderont pour reconnaître le talent certain d’Antoine Griezmann. Que ce soit en Équipe de France ou avec l’Atletico Madrid, le natif de Mâcon a su s’imposer jusqu’à devenir un cadre technique mais également tactique de ces effectifs. Nous nous concentrerons toutefois sur le jeu de Griezmann en Équipe de France.

Depuis l’Euro 2016, Didier Deschamps organise le plus souvent ses compositions de départ en 4-2-3-1. Dans cette configuration, Griezmann s’installe en position de numéro 10 ou d’attaquant de soutien. Lors de la préparation de la Coupe du Monde 2018, et pendant cette dernière, c’est le défensif Matuidi qui occupait le flan gauche du milieu de terrain. Ceci a donc laissé une liberté de mouvement totale et absolue à Griezmann. En effet, la présence derrière lui de trois profils à dominante « récupérateur » (Matuidi, Pogba, Kanté, Tolisso voire Nzonzi) lui enlevait de la responsabilité défensive directe et lui donnait donc une amplitude latérale bien plus large. Ainsi, Griezmann jouit d’une véritable position d’électron libre, allant à son gré à gauche, à droite, plus haut ou plus bas sur le terrain. Toute proportion gardée, la position actuelle d’Antoine Griezmann pourrait rappeler aux plus nostalgiques d’entre nous la liberté d’un certain Michel Platini.

L’importance de Griezmann en Équipe de France n’est pas seulement offensive, comme nous pourrions facilement le croire. De tous les joueurs offensifs tricolores, Griezmann est de loin le plus efficace sur le plan défensif. Ce point ne saurait toutefois être abordé sans parler de l’énorme travail exigé par Diego Simeone à tous ses joueurs de l’Atletico Madrid. Cet « héritage » de l’effort est désormais ancré dans son jeu, qu’il exporte en Équipe de France avec des effets tout aussi bénéfiques.

Griezmann défend énormément :

Quantitativement, il profite de son excellente condition physique et de son endurance pour répéter de nombreux efforts tout au long du match et ce, souvent sur des zones éloignées de sa position de base.
Qualitativement, il est l’élément déclencheur de précieuses sessions de pressing collectif, n’hésitant jamais à aller au contact avec le défenseur ou milieu adverse. Ceci précipite donc la relance, créant un déchet technique permettant aux tricolores de rapidement récupérer la possession. Kanté, Pogba et Matuidi ont souvent achevé un pressing amorcé par Griezmann.
Cette agressivité dans l’attitude défensive (qui chamboule justement le terme de « défense » car c’est en réalité une « attaque de la défense adverse », mais nous développerons ce concept dans un prochain article) permet ainsi des transitions rapides, l’adversaire n’ayant pas entamé sa construction, et propres, le ballon est récupéré dans une position souvent optimale pour enchaîner au même endroit. En effet, récupérer des ballons hauts, en déstructurant le bloc adverse est d’autant plus fatal lorsque vous avez la vitesse d’un Mbappe pour enchaîner en percussion.

Griezmann est devenu l’élément central des transitions offensives. Constamment cherché par ses coéquipiers, il est reconnu pour sa capacité à orienter le jeu mais également pour offrir des solutions pertinentes lors des phases de conservation ou construction. Très mobile, il décroche énormément de sa position et souvent très bas. En effet, il n’est pas rare de le voir proposer en première intention à l’axe Varane-Umtiti, en étant aux côtés de Ngolo Kanté. Cette facilité de mouvement lui permet de se défaire aisément des marquages et de se retrouver entre deux lignes (Terre Sainte des footballeurs). Sans cesse attiré par le ballon, il va où le ballon est, ce qui donne la solution constante d’un joueur technique et à l’excellente vision de jeu. Son aisance technique, justement, lui permet d’être efficace aussi bien dans le jeu court vers un Pogba, voire en une touche ou dos au jeu, que dans le jeu long, avec des changements d’aile aérant le jeu et redonnant de l’espace. Hernandez, habitué de ces transversales du côté du Wanda Metropolitano, sait automatiquement lorsqu’il doit se projeter et, en effet, reçoit souvent des ballons dans l’intervalle de son coéquipier de club.

Cette capacité à changer le jeu fait d’Antoine Griezmann un réel meneur de jeu, ce qui manquait à l’Équipe de France depuis…un certain temps.

Enfin, le talent offensif pur du néo-barcelonais vient garnir ce profil déjà bien complet : Rapide, technique, ambidextre, physiquement résistant. Les qualités intrinsèques de Griezmann, en plus d’être indéniables, sont un réel atout dans les trente derniers mètres. Sa lecture du jeu lui permet de souvent se retrouver au bon endroit au bon moment. Son timing dans les courses lui fait exploiter les espaces libres avec intelligence et brio, bonifié par son judicieux jeu sans ballon. De plus, il est aussi à l’aise dans l’axe que sur les côtés. Tout cela est une aubaine, autant pour un Pogba qui va rechercher un soutien axial sur ses remontées de balle, que pour un Mbappe qui va intervertir de position pour repiquer dans l’axe, que pour un Pavard offensif qui cherchera à combiner en triangle pour prendre l’espace le long de la ligne.

Griezmann peut également se muer en buteur lorsque l’occasion se présente. Que ce soit du pied droit ou gauche, il ressort très souvent vainqueur de ses un contre un avec le gardien. Habile de la tête, il profite de son physique moins imposant pour échapper aux marquages serrés des défenseurs, comme contre l’Albanie et l’Irlande en 2017, où il est totalement ignoré par les défenseurs qui se concentrent sur Giroud. Sa complémentarité avec ce dernier est idéale. La puissance physique de l’ancien Gunner en fait un remiseur en pivot sur mesure. En attestent les buts contre l’Irlande et l’Islande à l’Euro 2016 et contre les Pays-Bas en 2017, tous suivant une combinaison avec Giroud en remise pivot et Griezmann en finisseur.

Enfin, « Grizou » est extrêmement précieux sur les coups de pieds arrêtés et cela n’a rien d’un détail. Sur des matchs fermés, un tel atout peut débloquer, ou lancer la partie. Le suffoquant France-Belgique de la dernière Coupe du Monde est l’exemple parfait. Le corner précis de Griezmann a trouvé la tête puissante d’Umtiti pour concrétiser ce qui sera l’une des seules occasions de cette demie-finale. Son coup-franc sur la tête de Varane contre l’Uruguay en huitièmes ou celui sur la (malheureuse) tête de Mandzukic en finale sont autant d’exemples de l’importance de ses coups de pieds arrêtés lors de la Coupe du Monde en Russie. Notons également que, sur tous ses penaltys tirés en Équipe de France, Griezmann n’en a tout simplement raté aucun.

Son récent transfert au FC Barcelone va le faire passer dans une nouvelle dimension et avec encore plusieurs années au très haut niveau devant lui, nul doute qu’Antoine Griezmann saura exploiter ces nouvelles opportunités. Avec un Euro 2020 déjà alléchant sur le papier, il sera un des éléments importants qui nous permettrait de ramener une nouvelle Coupe à la maison.

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