Les entraîneurs anglais : SOS fantôme ?

Harry Redknapp, Roy Hodgson. Ou les deux derniers entraîneurs anglais à s’être assis sur le banc d’un club très important de Premier League. Tottenham pour le premier cité, avec une réussite relative (un quart de finale de C1 et une finale de Coupe de la Ligue), et Liverpool pour le second, qui pour le coup lui a complètement échoué.

Vous l’aurez compris, Frank Lampard s’apprête à entrer dans un club très fermé, mais également dans un défi très périlleux, qu’est celui d’entraîner un top club de Premier League. Mais pourquoi si peu d’entraîneurs locaux réussissent à tirer leur épingle du jeu dans le championnat qui a dominé les coupes d’Europe cette saison ?

Une histoire récente très compliquée.

On ne peut pas dire que la génération de coaches anglais des années 2000, en fin de vie, ait marqué les esprits. Des grands noms, ou du moins des noms les plus connus, ressortiront. Sam Allardyce, Steve McClaren, Harry Redknapp, Roy Hodgson ou encore Ian Holloway. Parmi eux, Roy Hodgson est le seul à s’être exporté (Inter Milan notamment), et Harry Redknapp est le seul à avoir joué un quart de finale de Ligue des Champions. Ce sont les principaux faits d’arme de cette génération.

Parlons un peu du jeu. Le football anglais s’est très bien positionné en Coupe d’Europe depuis le début du XXIe siècle, grâce à une myriade de cultures. Mais existe-t-il une philosophie de jeu britannique comme il en existe en Espagne, en Allemagne, ou, jadis, en Italie ?

La réponse est non.

Aujourd’hui, l’identité de jeu du football anglais est un brassage culturel venant de tous les coins du globe. Les quelques entraîneurs anglais mentionnés n’ont pas de philosophie de jeu. Pour expliquer cela, certains supporters britanniques accusent les grands clubs, ne laissant pas assez leur chance aux entraîneurs nationaux. Ryan Giggs renchérit « Si tu ne reçois pas ta chance, c’est impossible de prouver ce que tu peux faire et on ne peut pas voir ce dont tu es capable avec une équipe talentueuse  ». Sam Allardyce eut l’audace de déclarer « Je ferais le doublé tous les ans, ou je remporterai au moins le championnat. Donnez moi Manchester United ou Chelsea, et je ferais pareil, sans problème. Je ne suis pas fait pour entraîner des clubs moins huppés ».

Mais cet argument est difficilement recevable. La plupart d’entre eux eurent leurs chances dans ces clubs. Petit inventaire.

Commençons par ce fameux Big Sam. Très récemment, il est embauché en tant qu’entraîneur d’Everton. L’aventure dura du 30 novembre 2017 au 16 mai 2018. Un Everton assez ambitieux, ayant plusieurs joueurs de qualité (Sigurdsson, Rooney, Coleman, Davies, Gueye etc.). Si les résultats s’avèrent corrects (il remonte de la treizième à la huitième place du championnat), il fait naître un réel rejet de la part des supporters des Toffees, horrifiés par le jeu de l’entraîneur anglais. A tel point que son aventure sera écourtée, alors que son contrat était de dix-huit mois au départ.

Continuons avec Roy Hodgson. L’actuel entraîneur de Crystal Palace se voit attribuer la très lourde tâche de succéder à Rafael Benitez, vainqueur de la C1 en 2005 et finaliste en 2007 avec les Reds. Cette aventure fut absolument catastrophique. Beaucoup de joueurs sont recrutés ; Joe Cole, Paul Konchesky, Raul Meireles, Jonjoe Shelvey, pour pas grand-chose. Elimination de la Coupe de la Ligue dès leur entrée en lice face à Northampton Town, matches nuls pauvres, défaites humiliantes. Notamment une à domicile contre le promu Blackpool, futur relégué. Il se fait ardemment critiquer par la presse et par les supporters. Sa réponse fût surréaliste « c’est un manque de respect de considérer que je ne peux pas gérer un grand club ou des grands joueurs », ou encore pire, « Liverpool n’est pas trop grand pour jouer le maintien cette saison ». L’aventure s’arrêtera le 08 janvier 2011, et aura duré à peine six mois.

Nous pouvons également évoquer le cas de Harry Redknapp et Tim Sherwood à Tottenham, tous aussi dramatiques et drôles en anecdotes, mais nous ne sommes pas là pour accabler ce pauvre Giggs.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Ces expériences ont agit comme un vaccin. Plus aucun coach anglais ne foule un banc du top 6 depuis Harry Redknapp. Les clubs préfèrent les valeurs sûres étrangères. Et ce phénomène s’est récemment étendu aux clubs hors big 6, voire même aux grands clubs de ChampionShip. A l’entame de la saison 2018-2019, quatre entraîneurs anglais seulement ont démarré sur un banc de Premier League. Eddie Howe à Bournemouth, Sean Dyche à Burnley, Neil Warnock à Cardiff et Roy Hodgson à Crystal Palace.

Il est difficile d’entrevoir le bout du tunnel. En outre, il existe peu de moyens accéder à l’élite pour un jeune entraîneur. Un d’entre eux, c’est de gravir les échelons. Chose faite par Eddie Howe, arrivé à Bournemouth en League One (troisième division anglaise), et Sean Dyche, arrivé à Burnley en 2012, le club évoluait alors en milieu de tableau de ChampionShip. L’entraîneur actuel est vu comme LE symbole de la jeunesse anglaise des entraîneurs. C’était le précurseur. D’autres s’y sont greffés, comme Gareth Southgate, avec un jeu pratiqué au sol, un mélange d’un jeu à l’espagnole et du jeu direct allemand.

Un second moyen, c’est user de son passé de joueur comme argument. Cependant, jusqu’à présent, certains joueurs préfèrent embrasser une carrière de consultant. En effet les montants des salaires anglais n’ont rien à voir avec ceux pratiqués en France. A titre d’exemple, Thierry Henry touchait 4,5 Millions de livres à l’année. Toucher un tel salaire, pour parler de sa passion, exercer un métier avec peu de pression, cela motive plus que faire ses gammes en dans la complexe ChampionShip avec le risque de se faire licencier, critiquer. C’est ainsi que Rio Ferdinand, Michael Owen, Owen Hargreaves entre autres, restent sur les plateaux TV. Paul Scholes a aussi longtemps été consultant et n’a jamais pris sa carrière d’entraîneur au sérieux. Sa seule tentative était dans son club de cœur d’Oldham Athletic, club de League One (troisième division anglaise). Tentative catastrophique, qui s’achève au bout de quelques mois (il déclarera même que le club ne pouvait même pas offrir d’eau chaude à ses joueurs !).

Heureusement, deux grands espoirs se sont émancipés de leur contrat de consultant pour se lancer. Steven Gerrard, autrefois à BT Sport, aujourd’hui entraîneur des Glasgow Rangers. La saison dernière, il termine à la deuxième de ce championnat, neuf points derrière l’intouchable Celtic. Mieux que l’exercice 2017-2018, 3e à 12 points du champion.

Ensuite, une autre star, Frank Lampard, également à BT Sport, rejoint Chelsea. Après une saison à Derby County, et une finale des play-off pour la montée (défaite face à Aston Villa) et à la cinquième place du championnat, il s’est vu offrir la possibilité de succéder à Mauricio Sarri.

Forcément, ce dernier fera partie des porte-drapeaux de cette génération. Avec Eddie Howe, le pionnier, Steven Gerrard pour sa postérité, et Gareth Southgate, pour son travail à la tête de la sélection anglaise.

D’un côté une vieille génération apocalyptique pour l’image des entraîneurs anglais, de l’autre une nouvelle qui a mis du temps à apparaître. il était difficile de ne pas continuer à penser Ce problème dans la formation des entraîneurs outre-Manche va-t-il être résolu dans les années à venir ? Rendez-vous dans quelques années !

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