Le football féminin va-t-il prendre son envol ?

Cette année, la Coupe du Monde féminine de football a connu une explosion exponentielle. Les parts d’audience TV ont atteint 50% lors du quart de finale face aux USA. Chacun des 5 matchs des Bleues ont enregistré des pics dépassant les 10 millions de téléspectateurs. Tous les matches des françaises se sont déroulés à guichets fermés. Cette Coupe du Monde à domicile est un succès populaire. Lors de la dernière édition en 2015, le quart de finale des Bleues contre l’Allemagne avait été visionné par 4 millions de téléspectateurs. 3 fois moins que le match contre les américaines. A titre de comparaison, la finale des garçons en 2018 avait frôlé les 20 millions.

Football féminin, état des lieux.

Pour le moment, il subsiste encore trop d’écarts entre une poignée d’équipe et les concurrentes. Ce constat est valable aussi bien entre les nations qu’en club. Prenons l’exemple de l’Olympique lyonnais. Depuis 2010, l’équipes féminines a joué 8 finales de Ligue des Champions et en a remporté 6. Sans occulter le formidable travail du Président Aulas et de ses collaborateurs, cette hégémonie semble démontrer un flagrant manque de concurrence.

Le football féminin n’en est qu’à ses balbutiements. Le format moderne de Ligue des Champions n’a pas 20 ans. Les premières Coupe du monde officielles naissent dans les années 90. Christophe Kuchly, coauteur du livre Les Entraineurs révolutionnaires du football, rédacteur pour les Cahiers du foot, journaliste, corrèle avec brio les débuts du foot masculins dans les années 70 avec le foot féminin actuel : en bref, une attaquante physique, de part sa robustesse et son cardio, est largement avantagée.

Le sport roi a toujours été décrié. Comme le dit l’expression consacré, « on en peut plaire à tout le monde ». Avec cette Coupe du Monde, le football a acquis un nouveau public : des mères de famille, des petites filles. En somme, de nombreuses femmes ont suivi avec attention le Mondial des Bleues. Il aura été un formidable porte étendard de la cause féministe. Pourquoi pas faire fondre de tenaces stéréotypes.

Où sont donc passées les partisanes du « le football est un sport beauf, d’idiots surpayés qui courent derrière un ballon ». Toujours la même rengaine. Les footballeuses ne le seraient-elles pas ? Miraculeusement converties en supportrices, ces discours ont soudainement disparu. Qu’il est beau le football !

À l’inverse, certains hommes n’hésitent pas à faire les paons, et tentent de discréditer les moindres prestations des femmes. Comme expliqué par Jérôme Latta, rédac’ chef des Cahier du football, le moindre geste technique raté, le moindre matche ennuyeux seront mis en avant. Ces hommes n’auraient-ils jamais regardé le multiplex Ligue 2 du vendredi soir ? Il semble aberrant de regarder un sport selon la seule base du niveau, tout en comparant sans cesse les prestations des hommes et des femmes.

Le foot féminin doit aussi être vecteur de l’éradication du sexisme. La brésilienne Marta en a fait son fer de lance et est engagée auprès de l’ONU comme ambassadrice femmes. Selon elle « le sport favorise l’autonomisation des filles« . Après le quart de finale contre la France, elle a à nouveau pris la parole « On devrait beaucoup plus valoriser le foot féminin. Demandons à être soutenues, même si nous devons aussi valoriser nous-même ces moments. […] c’est ce que je demande aux filles. Il n’y aura plus jamais de Marta, il n’y aura plus jamais de Cristiane, la survie du foot féminin dépend de vous« .

Des messages ô combien important pour inciter les plus jeunes à pratiquer et persévérer dans le sport qu’elles aiment. Populariser le football féminin est un excellent combat contre le sexisme. Hommes et femmes devraient s’assoir à la même table pour discuter et trouver des solutions viables pour faire le progresser. Tout le monde gagnerait à ce que le niveau d’exigence soit plus élevé : joueurs, attractivité, supporters et spectateurs.

Le journaliste Thibault Rabeux a eu la gentillesse de m’envoyer son livre intitulé Football Féminin, les Coupes du Monde officieuses. J’ai par la suite eu l’idée d’étendre la simple analyse à une interview sur ses motivations.

Le livre.

Dès l’avant-propos, l’accent est mis sur l’incontournable rôle qu’on pu avoir ces événements officieux, décrit comme cruciaux.

Après un essor pendant l’entre deux guerres, le football féminin est réprimé. Les réflexions masculines sont très incisives et espiègles envers les femmes qui pratiquent le football. L’ouvrage retrace l’histoire du foot féminin et son inexistante crédibilité aux yeux des hommes, dans un premier temps. La FIFA elle-même ne leur offrait aucune considération.

Les manœuvres fallacieuses d’hommes d’affaires en quête de gros sous auront toutefois permis une certaine exposition du foot féminin. La mayonnaise prend et l’ampleur avec. Après l’Europe, l’Amérique et l’Asie organisent des compétitions. De grandes télévisions nationales suivent l’engouement des compétitions, les stades accueillent entre 5 et 100.000 spectateurs.

Chacune des compétitions regorgent d’anecdotes. Des histoires qui a mon sens peuvent être lues indépendamment les unes des autres. Malgré la logique chronologique suivie par le livre. Thibault a rédigé un ouvrage pertinent, enrichissant, aux événements inconnus et pourtant fondamentaux pour le développement foot féminin.

Les dessous du projet

Le livre est le fruit de plusieurs années de réflexion et de travail. Le football féminin est encore un sujet très peu développé. Nous vous proposons de découvrir Thibault Rabeux et ses motivations.

Thibault, le sujet est pour le moins original, comment a germé ce projet ?

Lorsque je travaillais pour le site Foot d’Elles, j’avais lancé une rubrique baptisée « les chroniques du football féminin » dans laquelle je racontais des histoires méconnues du foot féminin. Puis un jour j’ai découvert l’existence de ces compétitions « officieuses » et déjà à l’époque, il y a cinq ans, je m’étais dit qu’un jour j’en parlerai soit au travers d’articles, soit au travers d’un livre. Ce que j’ai finalement fini par faire. J’ai toujours aimé l’histoire du sport en général et j’ai vraiment envie de raconter aux lecteurs des histoires inédites. Faire un compte-rendu de match est intéressant, mais quand dix autres sites font la même chose au même moment, ça perd de sa saveur… L’histoire du football féminin est encore à écrire (en français du moins), et j’aimerais y contribuer.

Peux-tu nous éclairer sur ton passage chez de Foot D’Elles ?

La création de ce média vise à promouvoir plus largement le sport pratiqué par les femmes, la mixité et l’égalité femmes-hommes : médiatiser plus largement les femmes dans le sport.

J’ai travaillé chez Foot d’Elles entre 2012 et 2015. J’étais accrédité dans les stades, je faisais des interviews de joueuses, d’entraîneurs et de personnes gravitant dans le monde du football féminin. Je m’occupais de commenter en live par écrit les matches de D1 féminine. J’ai aussi eu la chance de partir au Canada en 2014 couvrir la Coupe du monde des moins de 20 ans. J’étais le seul journaliste français sur place, j’étais un peu chouchouté du coup ! Il y avait très peu de journalistes toutes nationalités confondues d’ailleurs… Au final je faisais un travail de journaliste assez classique, mais j’en garde d’excellents souvenirs.

Pourquoi le football féminin ? D’où vient cet intérêt ?

J’ai commencé à m’intéresser au football féminin après la Coupe du monde 2011. J’aimais le football masculin et comme je voulais me lancer dans le journalisme sportif, je me suis dit que ça serait une bonne idée de me spécialiser dans le foot féminin qui était pour moi tout aussi intéressant. Comme évoqué précédemment, le milieu étant plus amateur, il était aussi plus simple de me former au métier. Il y a également énormément de choses inédites à raconter dans le foot féminin, et c’est ce qui me plait. La Coupe du Monde en France est donc tombée à point nommé. C’était l’occasion parfaite pour écrire ce livre.

As-tu rencontré des difficultés dans l’écriture du livre ?

A vrai dire, j’ai eu plus de difficultés à mettre en page le livre qu’à l’écrire ! Ce qui est génial avec le foot féminin, c’est qu’il est possible de contacter les joueuses assez facilement, ce qui n’est pas du tout possible chez les hommes… C’est génial de pouvoir entrer en contact avec des légendes de la discipline sans avoir à passer par des intermédiaires. Pour l’Italienne Feriana Ferraguzzi que j’ai interviewée pour écrire le livre, je n’ai eu aucune difficulté à entrer en contact avec elle, à l’appeler et à faire mon interview. Pourtant c’est une joueuse qui compte 99 sélections avec l’équipe nationale italienne. Ça devrait être une superstar ! Pour moi c’est un peu comme si j’interviewais Nesta ou Maldini, je trouve ça énorme !
Sans leurs témoignages, mon livre ferait dix pages… Le chapitre consacré à l’épopée de l’équipe américaine en Chine en 1984 est totalement inédit par exemple.

Forte d’un franc succès, la Coupe du Monde de foot a domicile aura rassembler la France derrière ses Bleues. Cet événement a offert au foot féminin une médiatisation et une visibilité dont il est peu coutumier. Est-ce un sursaut éphémère ? Cet engouement va-t-il se confirmer dans les années à venir ? Les acteurs du foot féminin doivent désormais œuvrer pour maintenir cette attractivité. Cela doit bien évidemment passer par la jeunesse, attirer en masse les futures championnes de demain.

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