Ça joue Messieurs !

Quand on pense football, on imagine 2 équipes, la ferveur des supporters, un stade plein à craquer, on pense aux génies du ballon rond, voire au jeu de simulation FIFA. Mais on oublie souvent de mentionner les arbitres, pourtant essentiels au bon déroulement du match.

Les arbitres sont les policiers du terrain, ils maintiennent l’ordre et sanctionnent les entorses au règlement. Sans eux, les fautes, les hors-jeux ne sont pas sifflés. Pour avoir joué de nombreux matchs de championnat universitaire, je sais de quoi je parle. L’« arbitre » est bien souvent un joueur sélectionné par l’une des 2 équipes, contre son gré. Il suit le ballon d’un pas hésitant, sans savoir où se placer. D’ailleurs, chacune de ses décisions sera remise en cause par le onze adverse. En somme, le match devient vite décousu. Mais toujours dans une ambiance festive. Au haut niveau, le corps arbitral se compose de l’arbitre central, de 2 arbitres de touches, et de 2 arbitres de surface. Dans le monde amateur, 1 arbitre central et 2 arbitres de touches suffisent amplement.

Epaulé par Romain Bénéteau, jeune arbitre breton, je vais vous faire découvrir un pan du monde arbitral. Romain a 20 ans et étudie en Licence 2 de Droit à l’Université Bretagne Occidentale de Brest. Après avoir débuté le foot à l’âge de 8 ans, il commence à passer ses examens pour devenir arbitre à partir de 14 ans avant de devenir arbitre officiel en août 2013. Il officie actuellement en National 3 (ancienne CFA 2) et également au niveau U19 National en tant que jeune arbitre fédéral.

Romain, qu’est ce qui t’a poussé à devenir arbitre ?

« C’est une question que je me pose encore aujourd’hui. La plupart de mes collègues ont choisi cette voie pour 2 principales raisons : soit à cause d’une blessure qui les empêchait de continuer à jouer, soit pour couvrir son club en manque d’arbitres pour être en règle. (en effet, en fonction du niveau dans lequel évolue l’équipe première, un club doit avoir un quota d’arbitres pour être en conformité et éviter les amendes, ndlr) Je ne rentre dans aucune de ces deux catégories et je me demande réellement ce qui m’as donné l’envie de devenir arbitre. Pour ma part, j’associe cette envie de découvrir un nouveau challenge. Je suis fan de foot, je ne jouais pas à un niveau très élevé donc j’avais envie de découvrir un aspect différent du football. »

Les entraînements d’arbitre sont différents des entraînements qu’un joueur peut faire. L’arbitre se perfectionne dans 2 domaines principaux : d’une part l’entrainement physique présent chez les joueurs, et d’autre part un entrainement technique adapté.

Le travail physique peut être similaire à celui des joueurs avec du travail de cardio, de la vitesse ou du renforcement musculaire. La condition physique est une condition sine qua non à la pratique sportive, et cette condition est d’autant plus valable plus le niveau est élevé.

A la différence d’un joueur, un arbitre ne va jamais toucher le ballon. L’aspect le plus différent est celui qui touche à la technique. Dans l’esprit, c’est comme un joueur qui travaille avec le ballon : l’arbitre va s’entraîner avec son sifflet, ses cartons. Des placements et déplacements corrects dans le jeu sont fondamentaux. Être le mieux placé c’est prendre la meilleure décision et surtout être crédible. La personnalité est aussi un aspect incontournable. Apprendre à gérer de nombreuses situations conflictuelles aidera l’arbitre à prendre des décisions plus vite, plus sereinement. Les mises en situation sont importantes. Ainsi l’entrainement s’effectue avec des « jeux de rôles » où chaque arbitre fera face à des joueurs contestataires, des réactions véhémentes, des entraîneurs qui gueulent.

Evidemment arbitrage rime avec pression. L’habitude et l’expérience aident à évacuer cette pression. Cependant, il faut savoir faire un perpétuel travail sur soi-même pour apprendre à prendre du recul. Aux entrainements, le travail mental prend de la place. « Certains de mes collègues ont un coach mental qui les aide, c’est de plus en plus courant. Personnellement, je n’en ressens pas le besoin mais je m’inspire de beaucoup de choses qui peuvent apparaître sur des sites internet ou sur les réseaux. Penser positif est la clé pour être dans les meilleures conditions sur le terrain et savoir faire face à la pression et aux comportements potentiellement hostiles que l’on peut rencontrer ».

Parfois, il est plus difficile de faire abstraction de la pression. Pour rester dans le match il est possible de se raccrocher à de petits détails : « prendre le temps de récupérer lors d’un temps de jeu, parler, rigoler avec les joueurs permet d’être beaucoup plus détendu également. Et puis nos arbitres assistants peuvent nous rassurer par un simple geste ».

Le pouvoir de l’arbitre est discrétionnaire et lui permet de prendre des décisions sans les justifier. Et cette préparation forme l’arbitre et le rend plus ferme, mieux à même de réagir aux pressions extérieures. Bien souvent, ces décisions placent l’homme en noir au cœur des critiques.

Notre jeune arbitre, en plene concentration.

 « Savoir prendre du recul malgré la faute, c’est primordial. »

Il est utile de rappeler que l’erreur fait partie de l’arbitrage. Sur le grand nombre de décisions prises dans un match, il peut arriver qu’il y ait des erreurs. Les arbitres en ont conscience, parfois dans la seconde qui suit le coup de sifflet. L’essentiel est d’évacuer et penser à l’action suivante. C’est aussi simple que ça, chaque action les unes après les autres. Comme un joueur en somme. Qui n’a jamais raté une passe, un centre, quel attaquant n’a jamais cumulé les hors-jeu, quel défenseur contrôle chacun de ses tacles ? Pour désamorcer les situations, les arbitres s’excusent souvent directement auprès des joueurs. Romain m’explique que cela facilite l’acceptation et permet d’être plus serein par la suite. Le travail mental joue encore une fois un rôle majeur. A chaque action litigieuse, l’arbitre est assailli par les joueurs de l’équipe lésée. Ou rejoint par l’équipe avantagée, pour louer sa décision.

Forcément, être hué par un public en feu nuit à la concentration. Des fois, les différents protagonistes dérapent, le contexte devient houleux, voire dangereux. Les arbitres peuvent ne plus se sentir en sécurité à cause d’une ambiance dans un stade. Lorsque les supporters prennent l’arbitre à parti du début à la fin du match, c’est normal de se sentir en danger. Le constat est d’autant plus vrai dans le monde amateur. Les supporters sont en contact direct avec l’arbitre. Il n’y a pas de tribunes, ni de maintien de l’ordre. « Quand tu les vois te regarder comme s’ils allaient te tuer, c’est effrayant ». Mais cela reste très peu courant. « Le foot est un sport de passionnés et cette passion l’emporte parfois sur la raison, c’est pourquoi il faut relativiser les comportements de certains supporters ou joueurs. » Sages paroles.

D’ailleurs un joueur de football amateur a été condamné fin mars à six mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Vesoul pour avoir violemment agressé l’arbitre lors d’une rencontre. Après avoir reçu 2 cartons jaunes, synonymes d’expulsion, l’homme a voulu en découdre en plein match. Finalement le tribunal l’a condamné à verser 1500€ de dommages et intérêts à sa victime, et 1000€ à l’Union Nationale des Arbitres (UNAF).

En revanche, avoir une connaissance dans la tribune ou un observateur qui est là pour nous noter ne change pas grand chose pour Romain. En effet, les arbitres sont eux-mêmes arbitrés par un observateur lors de certaines rencontres. L’observateur a un rapport type à remplir avec différents points : technique, physique, discipline, personnalité. L’observateur prend des notes sur le match de l’arbitre. A la fin, débrief dans le vestiaire. Les conclusions ont des conséquences directes sur l’évolution de la carrière : c’est un indicateur de niveau qui te fais accéder aux niveau supérieur ou inférieur.

On termine l’article sur de beaux souvenirs !

Tu as des modèles ? Des exemples à suivre ?

« En tant que breton, on a un modèle, c’est François Letexier qui officie actuellement en Ligue 1. Il a eu un parcours très rapide pour accéder au top niveau Français. En tant que Français, on peut citer Clément Turpin qui officie sur les meilleurs matchs de Ligue 1 mais également sur des affiches de Ligue des Champions ou de Ligue Europa. Tous les arbitres de haut niveau sont des exemples à suivre dans la carrière d’un arbitre. »

Tu peux nous faire part de tes expériences marquantes ?

« Si je dois retenir une seule expérience marquante en tant qu’arbitre, c’est mon voyage en Chine, à Shanghai. Il y a 3 ans, je faisais partie de la section sportive Arbitrage du lycée de Bréquigny (Rennes). J’ai eu la chance de me rendre à Shanghai pour officier pendant la coupe d’Asie des lycées français de la zone Asie Pacifique. La compétition dure 3 jours et regroupe les lycées français d’Asie. Au-delà de l’aspect sportif, le côté humain m’a marqué et m’a fait grandir. D’ailleurs la section sportive m’a permis de participer à de belles compétitions. : dans mon palmarès j’ai eu la chance d’arbitrer la finale de la coupe de Bretagne en U17 et U19, le festival Pitch à Cap Breton ou encore quelques tournois comme celui de Montrichard ou l’emblématique tournoi de Plougonvelin. »

Comment un arbitre regarde un match de foot, vous êtes toujours à l’affut ?

« Je suis un match de foot comme un supporter lambda. Je suis fan de foot et évidement j’adore regarder les belles affiches. C’est vrai aussi que je vais regarder ce que fait l’arbitre sur le terrain : ses postures, ses façons de réagir, ses décisions, son comportement. Cela permet sans conteste de progresser. Il m’arrive parfois de prendre quelques notes sur des points qui m’ont marqué, sur des gestions qui m’ont plu. Il est d’ailleurs fréquent qu’entre arbitres, on soit amenés à discuter de la prestation arbitrale que l’on a vue plutôt que du match en lui-même. Voir les meilleurs arbitres à la télé est élémentaire pour progresser. »

Bien trop souvent raillés, critiqués, il faut dédiaboliser l’opinion que certains supporters ont des arbitres. Non les arbitres ne sont pas de vilains personnages corrompus jusqu’à l’os.. Rencontrer, échanger un membre du corps arbitral te fait relativiser, et prendre du recul sur leurs décisions. C’est une expérience que je recommande à tous les aficionados.

Si vous voulez en savoir plus sur les coachs mentaux, je vous invite à lire cet article d’Ultimo Diez signé Maxime Mullot : http://ultimodiez.fr/2019/03/06/laurent-edriat-coach-mental-en-france-on-veut-que-lentraineur-reste-le-maitre-de-son-vestiaire/

Ici vous trouverez l’excellent papier de Liam Jones sur le plus grand arbitre de l’histoire, Monsieur Collina : https://lecorner.blog/2019/04/23/pierluigi-collina-le-justicier-au-sifflet-dor/

Enfin, je conseille à tout lemonde la lecture d’Enfin libre, écrit par Tony Charpon, pour mieux appréhender le métier d’arbitre : https://livre.fnac.com/a12646729/Tony-Chapron-Enfin-libre

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