Bosman m’a tué

Jusqu’à la fin des années 90, des dizaines de clubs de tous horizons géographiques glanaient chaque année le trophée de la LDC et de l’Europa League. Cet éclectisme s’est soudainement atrophié, non sans raison, laissant la place à l’hégémonie d’une poignée de Superclubs.

Le 15 décembre 1995, la CJCE rend l’arrêt Bosman ; désormais, les clubs ne sont plus contraints par un quota de joueurs étrangers à ne pas dépasser.

Mais à quoi pouvait donc servir cette clause de nationalité ?

Son objectif était de préserver un vivier national au sein de chaque pays, et donc d’empêcher les clubs les plus fortunés de piller des petits clubs. Ce protectionnisme protégeait et faisait grandir un savoir-faire local, à l’abri des recruteurs étrangers aux dents longues. Ce mécanisme limitait d’abord à 2, puis à 3 le nombre de joueurs étrangers pouvant être alignés. Ainsi, la très grande majorité des joueurs restaient dans le championnat de leur pays. Qu’il est loin ce temps où s’affrontait la crème de la crème, des effectifs entièrement composés avec les joueurs de l’équipe nationale.

Parmi les effectifs légendaires ayant marqué l’Histoire du foot de manière éternelle, nous pouvons citer l’Ajax des années 70, comme le 11 alignés par Rinus Michels lors de la finale 70-71 de la LDC, opposant l’Ajax au Pana (10 titulaires battaves contre 11 grecs). Peut aussi être citée l’incroyable ossature italienne du Milan des années 90.

Aujourd’hui, le seul espoir qu’on ait de voir jouer ensemble la quintessence d’une nation est l’équipe nationale. Et encore…

 

En effet, à cette époque, tous les grands joueurs restaient dans leur pays. Les pays moins populaires, plus petits, moins aisés avaient l’opportunité de conserver leurs pépites, qui constituaient l’ossature des principaux clubs. C’est le cas de l’Ecosse, les Pays bas, la Belgique ou encore le Portugal. Et la clause de nationalité les protégeait des ogres européens, aujourd’hui à l’affut de la moindre affaire, n’hésitant pas à aller chercher de 15 ans à l’autre bout de l’Europe pour garnir le centre de formation.

La force de ces petites nations étaient la forte concentration des bons joueurs dans 1-2-3 clubs du pays. L’Ajax Amsterdam, PSV Eindhoven chez les néerlandais, le Celtic Glasgow ou les Glasgow Rangers en Ecosse, Anderlecht en Belgique, Porto et Benfica au Portugal. Ces clubs étaient donc très compétitifs. La clause de nationalité était une bénédiction car elle permettait la survie de ces championnats en termes de compétitivité à l’échelle européenne. Quand on voit qu’aujourd’hui certains clubs doivent faire des pieds et des mains pour garder leurs cadres.

D’ailleurs, en prenant comme échantillons les clubs vainqueurs de la C1 originaires d’Écosse, du Portugal et des Pays-Bas, le Celtic Glasgow, Benfica, Porto, l’Ajax, le PSV et Feyenoord cumulaient 9 victoires en 35 ans, de 1961 à 1996, soit 1 titre tous les 4 ans environ (4 pour l’Ajax, 2 pour le Benfica et 1 pour les autres). De 1996 à aujourd’hui, seul le FC Porto a gagné la LDC. À la suite de l’arrêt Bosman, certains clubs ont indéniablement disparus du haut du tableau.

L’arrêt Bosman semble avoir freiné, si ce n’est supprimé, la diversité des équipes atteignant le haut de tableaux de la LDC (anciennement Coupe des clubs champions, renommée en Ligue des Champions en 1992).

Vainqueurs_LDC
Vainqueurs et finalistes de la Ligue des Champions depuis sa création en 1956. Crédit : http://www.goal.com

Sur la période 1983 à 1994, 24 clubs différents ont pu participer à une demi-finale, sur 44 possibles (dans la mesure où sur 11 ans, en sachant qu’une demie accueille 4 clubs, 44 clubs différents auraient pu accéder à une demie). 14 des 24 clubs y sont parvenus une seule fois. Cela prouve un renouvellement de près de 6 clubs sur 10 en 11 ans.

A l’inverse, de 2007 à 2018, seul 16 clubs différents ont accédé au dernier carré. Et seuls 9 y sont parvenus entre 2 et 8 fois. Soit 2 fois plus que 20 auparavant. Évidemment, on retrouve régulièrement les cadors européens comme le Real, le Bayern ou encore le Barca, qui se partagent à tour de rôle le trophée depuis 6 ans…

Qu’est devenue cette période où s’affrontaient Feyenoord et le Celtic (finale 1970), Nottingham Forest et Malmö (finale 1979), où le Stade de Reims, Francfort, le Partizan Belgrade, Aston Villa côtoyaient le Real Madrid, le Bayern Munich.


Alors que certains clubs peinent à retrouver des couleurs face à l’Europe, il semblerait que le protectionnisme et la formation locale subissent un nouveau revers. L’agent de joueur belge Daniel Striani a décidé de s’attaquer à l’Union Belge de football (équivalent de notre FFF) en condamnant l’obligation d’inscrire au moins 6 joueurs belges sur la feuille de match des rencontres du championnat. En cas de défaite de l’Union belge lors du procès, les clubs belges auraient alors une totale liberté concernant les 18 joueurs à choisir à chaque journée du championnat.

Depuis plus de 20 ans, les supporters assistent, impuissants, au déclin de clubs historiques et populaires. Clubs remplacés par une élite indétrônable. Avec un marché des transferts qui explosent, un fair-play financier trop peu efficace, un marché chinois conquérant, le business va-t-il supplanter notre football ?

Ci-joint un tableau répertoriant les équipes ayant rejoint les demies finales de la Ligue des Champions sur les périodes 1983-1994 et 2007-2018 : Tableaux_Demi-finalistes_LDC

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