Graphistes à la dérive : La dure réalité du freelance

Il y a quelques semaines, je postais un tweet pour m’offrir les services d’une personne compétente en graphisme pour effectuer le logo de mon blog gratuitement. Une cohorte de professionnels débarque instantanément, tournant très vite ma requête en dérision :« Moi j’achète mon pain qu’auprès de boulangers qui me le font gratuitement ! »

J’avais donc mis le doigt sur un point sensible. Mon esprit d’investigation m’a incité à me pencher sur cette question : Le graphisme freelance est-il victime de discrimination ? J’ai décidé de croiser le regard aguerri d’un graphiste avec celui d’un « novice ».

Je m’aventure alors sur le compte Twitter d’@InfosGraphiste, un compte parodique derrière lequel se cache un graphiste exerçant depuis une dizaine d’années. Je décide d’engager la conversation et mon interlocuteur eu la gentillesse de répondre à mes questions.

« A l’origine le but de ce compte était de partager des montages ratés, des citations, des blagues sur le thème du graphisme, toujours sur le ton de l’humour ». Son objectif était aussi de soutenir ses homologues en retweetant leurs questions (plus ou moins sérieuses). De fil en aiguille son compte s’est spécialisé dans la parodie, sans jamais dévier dans la moquerie bien entendu. Et tout en gardant cet esprit d’entraide.

« J’essaie de faire prendre conscience que le graphisme est un métier et ce n’est pas parce qu’on a installé Photoshop et mis une typographie sur un fond de couleur qu’on peut se prétendre graphiste »

Beaucoup de gens s’improvisent graphistes ou demandent des prestations gratuites. D’après lui la majorité d’entre eux ne se rendent pas compte qu’ils s’adressent à des professionnels

« Freelance » et « gratuité », un monde d’écart.

En effet, beaucoup confondent les 2 termes, au grand dam des professionnels. Alors petit rappel :

Freelancer : Graphiste à son compte. Travailleur indépendant, à la fois entrepreneur et employé. Un parallélisme peut être fait entre les médecins libéraux et ceux travaillant pour une « boite », comme une clinique ou un hôpital.

En outre, d’autres potentiels clients invoquent l’amour du métier ; selon eux le graphiste devrait exercer gratuitement au prétexte qu’il est passionné. « La encore le problème est le même. Un amateur peut effectuer des logos ou autres pour ses amis tant qu’il ne se revendique pas graphiste. A l’inverse le graphiste a des charges à payer (URSSAF, Sécurité Sociale, complément retraite…), même lorsqu’il n’a pas de client. » La blague du boulanger prend alors tout son sens : auriez-vous l’audace de demander au boulanger qui se lève tous les jours à 4h du matin de vous offrir une baguette tradition quand bien même il serait passionné par son métier ? Pas sûr. Il n’y a donc aucune raison de proposer ses prestations gratuitement à un client et pas à un autre.

De plus, bien que le métier les passionnent, le projet du client ne l’est pas forcément « détourer les photos d’évier pour le plombier du quartier n’a rien de passionnant ».

Les Gratuistes, véritable fléau

Les Gratuistes, ce sont les graphistes qui proposent leurs services gratuitement ou à prix cassés. En règle générale, ils ne sont pas graphistes de profession. Pour Mathieu (@GankaFx sur Twitter), jeune graphiste de bientôt 21 ans, les gratuistes « détruisent le métier, ils véhiculent une mauvaise image ». Cette concurrence déloyale dégrade le statut des professionnels. De facto, certains clients s’imaginent que les petits prix sont la norme et refusent de s’attacher les services d’un spécialiste.

Mathieu a arrêté ses études après le bac pour se consacrer à sa passion. Et sans études de graphisme, il est encore plus difficile d’attirer les clients ou de trouver un emploi stable. « Il est vrai que l’absence de formation est un frein, notamment pour décrocher un CDI. » L’intervention des gratuistes sur le marché de l’offre n’est donc pas propice à attirer une clientèle sans baisser ses tarifs. C’est en parti à cause d’eux que de nombreux clients de freelancers s’offusquent lorsque vient l’heure du paiement ou essayent de négocier une prestation contre « de la visibilité ». Comble de l’irrespect, cette réplique est dévalorisante pour un professionnel travaillant sans relâche pour gagner sa vie. « J’ai l’impression que certaines personnes n’ont pas conscience que graphiste est un métier, ils n’ont aucune reconnaissance. »

Le milieu du freelance graphisme n’est pas le seul touché par ce manque de légitimité, d’autres milieux artistiques comme la photographie sont aussi affectés. Le proverbe « tout travail mérite salaire » n’aura jamais eu autant de sens…

Retrouvez @GankaFx sur Twitter et ses créations sur son site https://www.behance.net/gankafx

11 réflexions sur “Graphistes à la dérive : La dure réalité du freelance

    1. Merci beaucoup ! Ca fait plaisir parce que ce fût une experience très enrichissante. Et c’est forcement un plaisir de recevoir l’avis d’une personne aussi légitime que vous

      J'aime

  1. Excellent article, superbement écrit et mit en page. Et cela fait encore plus plaisir de découvrir cette prise de conscience tout au long de la lecture.
    Merci.

    J'aime

  2. Toujours pas de logo sur votre blog? Je disais et vous avez pas compris que votre avatar qui est excellent et retrace bien votre blog pourrait également vous servir de logo pour votre site. C’était bien votre demande au début ? Un logo pour votre blog!

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s